Publié le 12 octobre 2025 à 08h01. Sorti en 1996, Mars attaques ! de Tim Burton, comédie de science-fiction déjantée, est devenue une œuvre culte grâce à son esthétique kitsch, son humour noir et sa parodie du film catastrophe.
- Le film est une adaptation inattendue d’un jeu de cartes à collectionner controversé des années 1960.
- Sa genèse est marquée par des choix artistiques audacieux, imposés par Tim Burton face aux réticences du studio Warner.
- Un casting prestigieux, mené par Jack Nicholson, a contribué à l’identité unique du film.
Bien plus qu’une simple invasion extraterrestre, Mars attaques ! est un concentré d’absurde jubilatoire. La comédie de Tim Burton, sortie en 1996, a d’abord détonné au box-office, mais a progressivement conquis un public fidèle, séduit par son mélange détonant de satire, d’effets spéciaux volontairement cheap et de références à la culture pop des années 1950.
L’origine du projet est surprenante. Contrairement aux films d’invasion martienne à petit budget qui pullulaient dans les années 1950, Mars attaques ! ne s’inscrit pas dans une démarche de pastiche. Il est en réalité une adaptation fidèle d’un jeu de cartes à collectionner éditées par Topps en 1962. Ces cartes, représentant des extraterrestres pratiquant des actes de violence extrême envers les vaches et les humains, avaient été retirées de la vente six mois après leur lancement, suite à une vive polémique.
Une parodie née sous l’influence de substances
Tim Burton découvre ces cartes au début des années 1990 grâce au scénariste Jonathan Gems (Sur la route de Nairobi), qui lui en offre un paquet. L’idée de transformer ce cadeau en une parodie de film catastrophe prend forme lors d’une séance de visionnage particulièrement mémorable. Dans un entretien accordé à Inverse, Jonathan Gems raconte que l’idée d’une satire s’est imposée à lui et à Tim Burton après avoir regardé le classique des années 1970, La Tour infernale, « sous l’emprise de stupéfiants ». Ils ont alors réalisé que le film était « en fait vraiment drôle » dans cet état.
Ce constat improbable pose les bases d’une œuvre qui deviendra culte : un mélange audacieux de kitsch, de caricature anti-establishment et de délire psychédélique. Le scénario original de Jonathan Gems prévoyait même la destruction totale de la planète, impliquant un tournage dans le monde entier et un budget estimé à 260 millions de dollars !
Warner Bros., le partenaire historique de Burton, a rapidement mis fin à ces ambitions démesurées. Le studio a accepté de financer le projet à condition que le budget soit limité à 60 millions de dollars. Un compromis douloureux pour les deux créateurs, qui ont dû réduire de moitié le nombre de personnages et supprimer plusieurs continents du scénario.
« Tuer deux fois » Jack Nicholson
Les tensions avec le studio se sont encore intensifiées lorsque les producteurs ont refusé de montrer des vaches enflammées dans la scène d’ouverture, craignant des accusations de cruauté envers les animaux. Ils ont même menacé Jonathan Gems de licenciement si la scène n’était pas réécrite. Après onze tentatives infructueuses, la scène a finalement été conservée dans le montage final. Et le scénariste a été congédié.
Pour convaincre Warner Bros., Tim Burton a misé sur un casting prestigieux, à l’image des films catastrophes des années 1970. Jack Nicholson (Vol au-dessus d’un nid de coucous) a accepté de jouer le rôle du président américain James Dale et du promoteur immobilier de Las Vegas, Art Land, pour un cachet modeste de 100 000 dollars par semaine – une somme dérisoire pour une star de son calibre. Tim Burton a expliqué plus tard qu’il voulait ainsi pouvoir « tuer son comédien deux fois » à l’écran.
Autour de Nicholson, un véritable défilé de stars : Glenn Close (Liaison fatale), Pierce Brosnan (GoldenEye), Jack Black (High Fidelity), Natalie Portman (Léon à l’époque) et Danny DeVito (Jumeaux) ont rejoint le casting. Tom Jones a été engagé à la condition expresse de chanter. La fin mémorable du film est d’ailleurs le fruit d’une réécriture sur mesure pour l’artiste…
Même Michael J. Fox, pour son dernier rôle majeur à Hollywood, n’échappe pas à l’invasion martienne : fondu dans une flaque de gelée au milieu du film, l’acteur illustre parfaitement la règle burtonienne selon laquelle « personne n’est à l’abri ».
Lisa Marie, compagne de Tim Burton à l’époque, incarne la Femme martienne. Son costume en latex intégral, sans fermeture, l’obligeait à être cousue dedans chaque jour, l’empêchant même de s’asseoir. Sa perruque, lourde comme un casque de guerre, lui a laissé une cicatrice à vie. Un rôle culte, mais une « torture instantanée », reconnaîtra-t-elle plus tard.
« Ack ! Ack ! Ack ! » et bras de fer de l’absurde
Sur le plan technique, on aurait pu s’attendre à ce que Tim Burton, fidèle à ses premières amours, utilise des Martiens en pâte à modeler filmés en stop-motion. C’était même sa première idée. Mais le studio a une fois de plus imposé le numérique, jugeant l’animation traditionnelle « trop coûteuse ». ILM (Lumière Industrielle et Magie), la société de George Lucas, s’en est chargée, tout en parvenant à conserver des mouvements saccadés et un aspect vintage, clin d’œil aux séries B des années 1950.
Même bataille sur le son : Warner voulait des sous-titres pour rendre intelligible le langage des Martiens. Tim Burton leur a renvoyé les fameux (et crétins) « Ack ! Ack ! Ack ! » scandés à cor et à cri par les extraterrestres. Mieux encore : les bruitages sont inspirés du cri des geais bleus qui hantaient le jardin de Jonathan Gems. L’arme fatale des humains face à ces créatures venues d’ailleurs ? Une chanson yodel des années 1950. Les producteurs ont hurlé au sabotage. Le metteur en scène a menacé de quitter le film. Pour lui, ce détail absurde était l’âme du projet. Il avait raison : le morceau a relancé la carrière du chanteur Slim Whitman et est devenu un gag immortel.
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Sorti cinq mois après Jour de l’indépendance, Mars attaques ! a fait pâle figure au box-office, rapportant 37 millions de dollars aux États-Unis contre plus de 300 millions pour son rival. Furieux, Warner a même suspendu le développement de La vie de Superman, la relecture des aventures de l’homme d’acier prévue par Burton (qui ne verra jamais le jour). Mais à l’étranger, notamment en France et au Japon, le film a trouvé son public. Mieux encore : avec le temps, son humour noir, son esthétique pop et sa satire du patriotisme américain lui ont valu un statut de film culte, y compris aux États-Unis.
« Mars Attaques ! » de Tim Burton. 1 h 50. Avec Jack Nicholson, Glenn Close, Pierce Brosnan, Tom Jones, Jack Black, Natalie Portman, Lisa Marie et Michael J. Fox, diffusé sur 6ter dimanche 12 octobre à 21 h 10.
