Publié le 6 novembre 2025 à 12h00. Une figure influente de l’organisation musulmane Nahdlatul Ulama (NU) s’oppose fermement à l’éventuelle reconnaissance de l’ancien président indonésien Soeharto comme héros national, invoquant un bilan répressif envers la communauté musulmane et les oulémas durant son régime.
- KH Ahmad Mustofa Bisri, alias Gus Mus, critique ouvertement le projet gouvernemental.
- Il rappelle des cas d’intimidation et de répression visant les internats islamiques et les membres de NU sous le Nouvel Ordre.
- Gus Mus estime que l’attribution de ce titre à Soeharto témoignerait d’un manque de compréhension de l’histoire.
Le directeur général de Nahdlatul Ulama (PBNU), KH Ahmad Mustofa Bisri, connu sous le nom de Gus Mus, a exprimé son désaccord avec la proposition du gouvernement indonésien de conférer le titre de héros national à Soeharto, deuxième président de la République d’Indonésie. Gus Mus estime que cette reconnaissance serait inappropriée compte tenu des événements survenus durant le règne de Soeharto.
« Je suis au moins d’accord sur le fait que Soeharto est devenu un héros national. »
KH Ahmad Mustofa Bisri (Gus Mus), directeur général de Nahdlatul Ulama (PBNU)
Gus Mus a souligné que de nombreux internats islamiques et oulémas de NU avaient subi des traitements injustes sous le Nouvel Ordre. Il a évoqué des incidents où des panneaux identifiant les établissements NU étaient démantelés par les autorités locales, et où des membres de la communauté étaient contraints de rejoindre le parti Golkar, au pouvoir à l’époque. Son propre frère cadet, Kiai Adib Bisri, avait d’ailleurs été forcé de quitter la fonction publique pour cette raison.
Il a également mentionné les pressions exercées sur des figures religieuses respectées. Kiai Sahal Mahfudh, par exemple, avait reçu une proposition de la direction régionale de Golkar en Java central pour devenir conseiller du parti, une offre qu’il avait refusée.
Gus Mus a expliqué qu’il existe de nombreux oulémas et combattants pour l’indépendance qui ont rendu d’immenses services à la nation, mais dont les familles n’ont jamais sollicité de reconnaissance officielle. Il a justifié cette attitude par le désir de préserver la sincérité de leurs actions et d’éviter toute forme d’ostentation.
« Il y a beaucoup de kiai qui luttaient, mais leurs familles ne veulent pas postuler pour le titre de héros. La raison est que leurs bonnes actions ne diminuent pas aux yeux d’Allah. En d’autres termes, ils évitent la riya’. »
KH Ahmad Mustofa Bisri (Gus Mus), Rais Aam PBNU 2014-2015
Le gardien du pensionnat islamique Raudlatut Thalibin, à Leteh, Rembang, dans le centre de Java, estime que ceux au sein de NU qui soutiennent l’idée de Soeharto comme héros national font preuve d’un manque de connaissance de l’histoire. Selon lui, cette position ignore les nombreuses tragédies qui se sont produites durant l’ère du Nouvel Ordre, où des membres de NU, des étudiants et des oulémas ont été victimes de violence et de répression.
Il a rappelé l’incident de Losarang, dans le district d’Indramayu, en 1971, où des partisans de NU avaient été intimidés, terrorisés et maltraités lors des élections. Un rapport détaillé de cet événement, publié par Panda Nababan dans le journal Sinar Harapan Daily sous le titre Quatre-vingt-quinze personnes fortes, décrivait des mosquées incendiées et des maisons détruites. Nababan, accompagné de KH Yusuf Hasyim et de Zamroni, avait constaté par lui-même la désolation sur les lieux.
Il a également évoqué le meurtre de Kiai Hasan Basri à Brebes, dans le centre de Java, en 1977. Le journal Pelita Daily avait rapporté que la porte de sa maison avait été enfoncée et que Kiai Hasan Basri et son fils avaient été agressés. Le gouvernement avait initialement affirmé que Kiai Hasan Basri était mort en se jetant dans un puits, mais cette version des faits avait été contestée par les médias.
D’autres incidents, tels que l’incendie de 140 maisons à Asembagus, Situbondo, dans l’Est Java, avant les élections de 1977, témoignent également de la répression exercée par le Nouvel Ordre à l’encontre de NU et de ses membres.
Enfin, Gus Mus a rappelé les tensions lors du 29e congrès de NU à Cipasung en 1994, où le Nouvel Ordre avait tenté de coopter l’organisation en soutenant la candidature d’Abu Hasan, qui avait distribué des fonds importants aux internats islamiques et aux oulémas. Cette tentative avait été contestée par Gus Dur, qui avait finalement remporté le congrès.
En 1996, le ministre de la Recherche et de la Technologie, BJ Habibie, avait même demandé à Gus Dur de démissionner de son poste de président général de Nahdlatul Ulama (PBNU), une demande confirmée par Soetjipto Wirosardjono, cité par Anam dans son livre Conflit d’élite PBNU à propos du sommet (2010).
