Publié le 2024-02-29 10:00:00. Une nouvelle forme de prêt usuraires, originaire de Colombie et liée à des réseaux de narcotrafic, se répand en Espagne, ciblant notamment les commerçants et petites entreprises de la région de Madrid.
- Des prêts à court terme, présentés comme des solutions de financement rapides, se transforment rapidement en dettes impayables en raison de taux d’intérêt exorbitants.
- Cette pratique illégale s’accompagne de menaces, d’extorsion et de violence, rappelant les méthodes utilisées par les organisations criminelles en Colombie.
- Les autorités espagnoles s’inquiètent de l’implantation de ces réseaux et mettent en garde contre les dangers de ces offres de crédit.
Des hommes d’affaires colombiens installés en Espagne alertent sur la dangerosité de ces pratiques, évoquant des cas de commerces détruits et de personnes agressées dans leur pays d’origine. Ils décrivent un système où un petit emprunt initial, par exemple 300 euros, peut rapidement se transformer en une dette de plusieurs milliers d’euros, avec des intérêts journaliers atteignant 20 %. Ces prêts, appelés « pagodiario » ou « prêts au compte-goutte », piègent les emprunteurs dans un cycle infernal.
Des enquêteurs ont déjà identifié des offres de ce type à Madrid et dans les environs de Tolède, notamment à Seseña. Les démarcheurs, souvent originaires de Medellín, distribuent des cartes publicitaires vantant des « services d’investissement » et des « crédits personnels », promettant un accès rapide à l’argent sans garantie ni justificatifs. Ils insistent pour rencontrer les potentiels emprunteurs en personne, dans leurs locaux, avant de dévoiler les conditions réelles du prêt.
Un journaliste d’ABC a pu contacter l’un de ces « bureaux » en se faisant passer par un commerçant ayant besoin de liquidités. L’interlocuteur, parlant avec un accent typique de Medellín, a proposé un prêt avec des « taux bas et des paiements quotidiens ». Il a rapidement insisté pour obtenir l’adresse de l’établissement, affirmant que « ces choses sont personnelles et ne se discutent pas au téléphone ». Il a ensuite présenté un tableau d’exemple de remboursement : 18 euros par jour pour un prêt de 300 euros, 30 euros pour 500 euros, 60 euros pour 1 000 euros.
« Ils sont très dangereux. Je les connais dans mon pays : ils détruisent des magasins, ils tabassent, ils extorquent et ils ont toujours été étroitement liés au trafic de drogue et même aux meurtres. »
Homme d’affaires colombien installé en Espagne
Les autorités colombiennes mettent en garde contre ce type de prêt, soulignant que les usuriers utilisent souvent des informations personnelles pour faire pression sur les emprunteurs et gonfler les intérêts. Ce fléau s’étend désormais à d’autres pays d’Amérique latine, comme le Pérou et le Salvador.
Parallèlement, l’Espagne est en train de réformer sa législation sur les prêts à la consommation afin de lutter contre les abus des microcrédits et des prêts rapides, dont les taux annuels effectifs globaux (TAEG) peuvent atteindre 22 % et dépasser les seuils de l’usure. La loi limite également le montant des prêts en espèces accordés par des particuliers ou des prêteurs non conventionnels à 10 000 euros.
La crainte est désormais que ces organisations illégales ne mettent en place un réseau d’extorsion en Espagne, comme elles l’ont fait en Colombie, menaçant les entreprises et les individus. La Surintendance financière colombienne appelle à la vigilance : Superintendencia Financiera de Colombia.
