Publié le 8 décembre 2025. Le PDG de Stena Line, Niclas Mårtensson, souligne l’importance cruciale du marché irlandais pour sa compagnie, tout en pointant du doigt les lacunes infrastructurelles qui freinent son développement et sa transition écologique sur l’île.
- La mer d’Irlande représente 50 % du chiffre d’affaires de Stena Line, avec des investissements massifs réalisés ces dernières années dans cette région.
- L’entreprise réclame des contrats portuaires à long terme à Dublin pour sécuriser ses investissements et plaide pour une amélioration urgente des infrastructures routières et électriques irlandaises.
- Stena Line explore des alternatives écologiques, comme le biodiesel et la propulsion éolienne, face au manque d’installations de connexion à l’électricité à quai en Irlande.
Pour Stena Line, l’Irlande est bien plus qu’une simple destination. Le PDG de la compagnie maritime, Niclas Mårtensson, ne cache pas son attachement à ce marché stratégique, où la société opère depuis de nombreuses années, notamment via les liaisons maritimes entre Dublin et Rosslare, et le Royaume-Uni. L’ancien port de Dún Laoghaire n’étant plus en service, Stena Line a réorienté ses activités vers Dublin et Rosslare.
« La mer d’Irlande est la mer la plus importante pour Stena Line », a affirmé Mårtensson. « C’est là que nous avons réalisé la majorité de nos investissements au cours des dernières années, et c’est pour nous la plus grande région en termes de chiffres. Cinquante pour cent de nos revenus sont réalisés à destination et en provenance du Royaume-Uni. » Il va jusqu’à suggérer, avec une pointe d’humour, que le siège social de l’entreprise devrait peut-être être déplacé à Dublin, tant l’Irlande est devenue essentielle à ses activités.
La compagnie possède des ports en Écosse et au Pays de Galles et ambitionne d’ajouter Dublin à cette liste. Bien qu’elle ne possède pas de port en Irlande, Stena Line cherche à conclure des accords à long terme pour y assurer une présence durable et, idéalement, exploiter directement un terminal.
Cependant, le développement de Stena Line en Irlande se heurte à des obstacles. Mårtensson a récemment supprimé la ligne Rosslare-Cherbourg et n’hésite pas à critiquer l’état des routes reliant Dublin à l’usine de Wexford. « Une fois dans le port, l’infrastructure est bonne, mais il faut un certain temps pour y arriver », explique-t-il. « Le paysage est fantastique, mais ce n’est pas ce que nos transporteurs demandent. Même du point de vue de la sécurité, des améliorations seraient les bienvenues à Rosslare et dans ses environs. » Il souligne la nécessité d’élargir les routes et de les adapter au passage de poids lourds, tout en tenant compte des riverains des villages traversés.
Interrogé sur les priorités en matière d’infrastructures, Mårtensson a dressé une liste de deux points. En tête de liste figurent les contrats portuaires à long terme à Dublin. « Si j’investis dans un navire, il sera là pendant 40 ans », a-t-il insisté. « C’est pourquoi je dois avoir dans le contrat portuaire la garantie d’une volonté de nous accueillir là-bas pendant 40 ans. Sinon, je prends un risque énorme. Nous avons des difficultés avec le port de Dublin pour obtenir ces engagements à long terme. C’est notre principal problème. »
Le second reproche de Stena Line concerne l’électrification des ports irlandais. « L’Union européenne exige que nous disposions d’une alimentation électrique à quai pour nos navires d’ici 2030 », rappelle Mårtensson. « Nous avons préparé nos navires, mais nous avons besoin de bornes de recharge. L’Irlande est actuellement à zéro en matière de transition verte. Nous ne voyons aucune initiative de connexion à terre. » Pour ne pas attendre passivement, Stena Line explore des solutions alternatives, comme le biodiesel, le méthanol, la propulsion éolienne et les batteries.
Mårtensson se montre également sceptique quant à l’avenir de l’énergie verte et évoque la possibilité que l’énergie nucléaire devienne une solution incontournable pour réduire les émissions de carbone dans le secteur des transports. « Je pense que dans cinq ans, les gens auront une vision totalement différente de l’énergie nucléaire, car il n’y a pas d’autres alternatives », a-t-il déclaré.
La transition vers des modes de transport plus écologiques aura inévitablement un impact sur les prix, reconnaît Mårtensson. « En général, les coûts continueront d’augmenter et nous devons être rémunérés en conséquence », a-t-il affirmé. « Nous deviendrons probablement plus chers, mais nous devons nous adapter à la croissance du PIB et de l’économie. »
Concernant l’année à venir, les réservations pour la période de Noël s’annoncent « très bonnes ». Mårtensson anticipe une croissance pour l’été prochain, estimant que les consommateurs, après avoir économisé, sont prêts à dépenser à nouveau. « J’espère donc une très bonne année 2026 », a-t-il conclu. « Nous ressentons encore les effets de la pandémie, mais la confiance des consommateurs revient progressivement. »
Enfin, Stena Line s’intéresse de près aux avancées de l’intelligence artificielle (IA). L’entreprise utilise déjà l’IA pour optimiser ses opérations, notamment en matière de marketing, de service client et de gestion du fret. L’IA permet également d’améliorer l’efficacité de la navigation et de réduire les émissions de carbone de 3 à 5 %. Mårtensson ne prévoit cependant pas de réduction des effectifs à bord des navires, mais plutôt une utilisation plus efficace des équipes.
Il ne voit pas non plus d’avenir pour les navires sans équipage, en raison des menaces géopolitiques, notamment dans la mer Baltique, où des perturbations du signal GPS sont régulièrement enregistrées. « Nous avons besoin de personnel capable de naviguer à l’ancienne, avec des cartes et des sextants, en cas de brouillage ou d’usurpation d’identité du signal GPS », a-t-il expliqué. « La flotte sombre russe utilise ces techniques pour perturber la navigation. »
