Publié le 2024-02-29 10:00:00. Les nouvelles recommandations nutritionnelles américaines, qui mettent l’accent sur les aliments complets, les protéines et la limitation des produits ultra-transformés, marquent un tournant majeur dans la politique de santé publique et pourraient influencer les directives alimentaires australiennes actuellement en révision.
- Les États-Unis privilégient désormais un régime riche en protéines, en graisses saines et en grains entiers, tout en déconseillant les aliments ultra-transformés et les glucides raffinés.
- Pour la première fois, les directives reconnaissent les bénéfices potentiels d’un régime pauvre en glucides pour les personnes atteintes de maladies chroniques.
- L’Australian Metabolic Health Society (AMHS) appelle l’Australie à aligner ses propres directives sur ces nouvelles données scientifiques.
Un changement de cap significatif s’opère dans le domaine de la nutrition. Cette semaine, les États-Unis ont dévoilé leurs directives diététiques pour la période 2025-2030, un moment charnière qui pourrait redéfinir les politiques nutritionnelles à l’échelle mondiale. Bien que ces recommandations soient initialement destinées aux Américains, leurs implications dépassent largement les frontières américaines, notamment en Australie, où les directives alimentaires nationales sont actuellement en cours de révision.
Ces directives ne se limitent pas à guider les choix individuels en matière d’alimentation. Elles façonnent les pratiques des professionnels de santé, les campagnes de santé publique, l’approvisionnement alimentaire des institutions, les priorités agricoles et le financement de la recherche. Un changement de direction de la part d’un pays aussi influent que les États-Unis a donc des répercussions considérables.
Les recommandations nutritionnelles modernes, apparues à la fin du XXe siècle, mettaient fortement l’accent sur la réduction des graisses et la consommation accrue d’aliments à base de céréales. La pyramide alimentaire des années 1990, par exemple, privilégiait le pain, le riz et les pâtes, tout en limitant les aliments naturellement riches en protéines et en graisses. Or, pendant cette même période, les taux d’obésité, de diabète de type 2, de stéatose hépatique et d’autres maladies chroniques ont grimpé en flèche dans les pays occidentaux. Les conseils alimentaires de l’époque n’ont pas réussi à enrayer, voire ont peut-être contribué à, la détérioration de la santé métabolique sur plusieurs générations.
Les nouvelles directives américaines marquent une rupture nette avec cet héritage. Elles reconnaissent qu’il est crucial de considérer que des décennies de preuves scientifiques démontrent que de nombreuses maladies chroniques peuvent être améliorées, voire inversées, grâce à une alimentation adaptée. Elles soulignent également la réalité selon laquelle la majorité des adultes souffrent désormais de problèmes de santé métabolique et que les politiques alimentaires doivent être adaptées en conséquence.
Concrètement, les nouvelles directives américaines mettent en avant :
- Une consommation accrue de protéines ;
- Des graisses saines ;
- Des grains entiers et non transformés ;
- Des fruits, des légumes et une bonne santé intestinale.
Elles conseillent également de réduire :
- Les aliments ultra-transformés ;
- Les collations et les boissons sucrées ;
- Les glucides raffinés.
Un point important est soulevé concernant les régimes végétariens et végétaliens, pour lesquels les directives reconnaissent des risques potentiels de carences nutritionnelles, un problème souvent documenté dans la littérature scientifique mais rarement abordé dans les politiques publiques.
Le message central est clair : privilégiez les aliments complets et nutritifs, accordez une place importante aux protéines et limitez les produits hautement transformés. Il ne s’agit pas d’une révolution scientifique, mais d’une correction de cap et d’une réinitialisation attendue.
L’un des changements les plus notables est la reconnaissance formelle des approches alimentaires à faible teneur en glucides pour les personnes atteintes de maladies chroniques. Les directives stipulent :
« Les personnes atteintes de certaines maladies chroniques peuvent constater une amélioration de leur état de santé en adoptant un régime pauvre en glucides. »
Directives diététiques pour les Américains 2025-2030
Cette reconnaissance est d’autant plus importante que les directives s’adressent explicitement aux quelque 240 millions d’adultes américains qui présentent des problèmes de santé métabolique, tels que la résistance à l’insuline, l’obésité, le diabète, l’hypertension artérielle et la stéatose hépatique. Pour la première fois, la politique nationale en matière de nutrition reconnaît qu’une approche unique ne convient pas à tous et qu’un régime pauvre en glucides peut être une stratégie thérapeutique légitime.
L’Australie, confrontée à un profil de santé similaire – une majorité d’adultes en mauvaise santé métabolique, une augmentation des maladies chroniques et une tendance à privilégier les traitements pharmaceutiques – devrait accorder une attention particulière à ces nouvelles directives. Les médicaments peuvent être essentiels, mais il est crucial de ne pas priver les patients du pouvoir d’agir et de la possibilité d’une rémission, voire d’une inversion de leur maladie chronique.
La politique nutritionnelle est importante car elle légitime les recommandations des cliniciens et encourage les patients à adopter des changements positifs. Avec la révision des directives alimentaires australiennes en cours, l’Australie a l’opportunité et la responsabilité d’aligner ses orientations sur les données scientifiques les plus récentes, plutôt que sur les hypothèses du passé.
L’Australian Metabolic Health Society (AMHS), une organisation multidisciplinaire regroupant des cliniciens, des chercheurs et des professionnels de la santé, plaide depuis longtemps pour des conseils alimentaires fondés sur des preuves solides et des résultats cliniques réels. L’AMHS se tient prête à soutenir :
- Les décideurs politiques dans l’examen des directives nationales en matière de nutrition ;
- Les organismes de santé dans la modernisation des cadres de santé publique ;
- Les professionnels de la santé dans la recherche d’approches de soins pratiques et fondées sur des données probantes.
Les organismes de santé et les décideurs politiques australiens doivent désormais prendre en compte les données scientifiques en matière de nutrition lors de la réforme des directives alimentaires, afin de répondre à l’ampleur et à l’urgence de la crise de santé métabolique que connaît le pays. La science est claire, l’expérience clinique est riche et le coût de l’inaction est incommensurable en termes de vies humaines, de qualité de vie et de dépenses de santé.
Les aliments complets sont de retour au centre de l’assiette, et la science de la nutrition retrouve sa place dans les politiques publiques. L’Australie ne doit pas rester à la traîne.
Ces directives représentent un retour décisif à une alimentation saine, à la santé métabolique et aux preuves cliniques. C’est pour cela que l’AMHS s’est engagée à œuvrer pour que des vies ne soient pas perdues à cause de maladies évitables.
Les prochaines étapes devraient inclure :
- Des directives alimentaires australiennes qui donnent explicitement la priorité à la santé métabolique, et pas seulement aux objectifs nutritionnels ;
- Une reconnaissance et un soutien formels des approches alimentaires pauvres en glucides comme options thérapeutiques pour les maladies chroniques ;
- Un découragement clair des aliments ultra-transformés dans les messages de santé publique ;
- Des directives qui soutiennent la flexibilité des cliniciens, leur permettant d’adapter les conseils nutritionnels aux besoins métaboliques individuels ;
- Des plans de mise en œuvre rapides pour garantir que les orientations se traduisent en changements concrets dans les systèmes de santé, d’éducation et alimentaires institutionnels.
Claire McDonnell est la directrice exécutive de l’Australian Metabolic Health Society. Le Dr James Muecke et le Dr Penny Figtree sont des membres seniors de l’AMHS.
