Publié le 6 novembre 2025 à 13h30. Des chercheurs internationaux ont identifié une mutation génétique rare, localisée sur le gène RPS6KC1, comme étant à l’origine d’une nouvelle maladie neurodéveloppementale. Cette découverte, fruit d’une collaboration internationale, ouvre la voie à un diagnostic plus précis et à de potentielles thérapies pour les patients atteints.
- Une mutation du gène RPS6KC1 est désormais identifiée comme la cause d’une nouvelle maladie neurodéveloppementale.
- L’étude a permis d’identifier des mutations chez 13 patients issus de 8 familles différentes à travers le monde.
- La découverte facilite le diagnostic de patients souffrant de symptômes complexes depuis plus de dix ans.
Une équipe internationale de chercheurs, dirigée par la professeure Aurore Pujol de l’ICREA et travaillant à l’Institut de recherche biomédicale Bellvitge (IDIBELL) et au CIBERER, a mis en lumière le rôle du gène RPS6KC1 dans le développement de troubles neurologiques. Les résultats de cette étude, récemment publiés dans le Journal américain de génétique humaine, reposent sur le séquençage du génome et l’utilisation d’outils de génomique clinique et d’algorithmes informatiques développés par l’équipe de l’IDIBELL.
Les mutations du gène RPS6KC1 ont été détectées chez 13 individus appartenant à 8 familles non apparentées, originaires de différents pays : Espagne, États-Unis, Italie, Allemagne, Royaume-Uni, Iran, Finlande, Estonie, Pakistan et Turquie. L’un des cas identifiés concerne un patient suivi à l’hôpital universitaire de Bellvitge par le Dr Valentina Vélez de Santamaría, neurologue et co-auteure de l’étude.
La maladie se manifeste par un large éventail de symptômes, rendant difficile l’établissement d’une corrélation directe entre la mutation génétique et les manifestations cliniques observées. Les atteintes neurologiques varient considérablement, allant de formes congénitales sévères incompatibles avec la vie à des cas de paraplégie spastique associée à des troubles neurodéveloppementaux légers ou plus importants. Certains patients présentent uniquement des troubles cognitifs ou comportementaux, sans atteinte motrice.
Les chercheurs ont noté que de nombreux patients présentent des similitudes cliniques avec ceux atteints du syndrome de Coffin-Lowry, une maladie génétique rare causée par une mutation d’un autre gène de la même famille, RPS6KA3. Les deux syndromes partagent des anomalies de croissance, des particularités morphologiques et des déficiences intellectuelles de différents degrés.
Identifier le gène responsable d’une maladie rare est une avancée majeure, permettant non seulement d’améliorer le diagnostic mais aussi d’ouvrir des perspectives de recherche sur les mécanismes biologiques impliqués.
« Connaître le gène et son fonctionnement dans un organisme sain est essentiel pour comprendre ce qui ne va pas lorsqu’il est muté, et connaître cela nous rapproche de la recherche de stratégies thérapeutiques efficaces pour les patients atteints de cette maladie. »
Dr. Aurore Pujol
Le diagnostic génétique précis est particulièrement important pour les patients qui attendent une réponse depuis des années.
« Donner le nom et le prénom de la personne responsable de cette nouvelle maladie permet de poser un diagnostic génétique à des patients qui n’avaient pas eu de réponse claire depuis des années, en l’occurrence plus de 10, et c’est très gratifiant. »
Dr. Valentina Vélez de Santamaría
La professeure Pujol souligne également l’importance des programmes d’amélioration du diagnostic, tels que IMPaCT Genomics, pour garantir un accès équitable aux soins de santé.
« Les programmes visant à améliorer le diagnostic des patients qui n’en avaient pas jusqu’à présent, comme IMPaCT Genomics, nous rapprochent d’une société plus juste et plus égalitaire. Bien qu’il y ait très peu de patients dans le monde touchés par de telles maladies, les familles ont le même droit à des soins de santé de qualité que le reste d’entre nous. Et le diagnostic est la première étape. »
Dr. Aurore Pujol
Le gène RPS6KC1 code pour une protéine appartenant à la famille RSK, impliquée dans la croissance cellulaire, la prolifération et la régulation de la synthèse protéique. Les protéines RSK jouent également un rôle crucial dans le développement neurologique et la biogenèse des ribosomes, les organites responsables de la traduction de l’information génétique en protéines.
Pour mieux comprendre l’impact des mutations du gène RPS6KC1, les chercheurs ont analysé des biopsies cutanées de patients et étudié des modèles expérimentaux présentant la même altération génétique. Ces analyses ont révélé que les mutations affectent la synthèse des protéines et le métabolisme des lipides, tout en entraînant une diminution de l’abondance des ribosomes.
Cette recherche, fruit d’une collaboration étroite entre la recherche biomédicale et la clinique de l’hôpital de Bellvitge, a été financée par des fonds publics de l’Institut de santé Carlos III, du programme IMPaCT Genomics et du Marathon TV3 des maladies minoritaires.
« Je ne peux pas penser à une meilleure utilisation des fonds publics que ce type de projet, où nous répondons aux patients qui attendent depuis plus de 10 ans et en même temps nous contribuons à l’avancement de la science sur le fonctionnement du cerveau. »
Dr. Aurore Pujol
Les patients ayant des mutations dans le gène RPS6KC1 ont été identifiés grâce à la plateforme en ligne GeneMatcher, qui met en relation des cliniciens et des chercheurs du monde entier pour accélérer la découverte de nouvelles maladies.
