Publié le 9 novembre 2023. Lucie Bílá, figure emblématique de la chanson tchèque, se confie sur son évolution artistique, son équipe actuelle et sa vision de l’industrie musicale, loin des codes des années 90.
- Lucie Bílá affirme que son équipe actuelle comprend pleinement sa vision artistique, contrairement à ses collaborations passées.
- Elle explique que ses goûts ont évolué et que les chansons qui fonctionnaient dans les années 90 ne résonnent plus forcément aujourd’hui.
- L’artiste, désormais impliquée dans divers projets entrepreneuriaux, trouve une nouvelle forme de créativité au-delà de la musique.
Lucie Bílá se sent aujourd’hui entourée d’une équipe qui la comprend et lui fait confiance. Elle souligne un contraste frappant avec les années 90, où ses projets musicaux étaient davantage le fruit de collaborations collectives. « Aujourd’hui, j’ai des gens autour de moi qui savent ce que je veux, ce dont j’ai besoin et qui me font confiance. Parce qu’il s’est avéré que mes pas musicaux précédents étaient corrects, donc plus personne ne discute avec moi », explique-t-elle. Elle insiste sur l’importance de chanter des chansons auxquelles elle croit sincèrement, pour rester crédible auprès de son public.
L’artiste ne renie pas son passé, mais elle estime que le contexte a changé. Elle répond ainsi à ceux qui lui demandent pourquoi elle ne reprend pas ses anciens succès : « Parfois, quelqu’un me demande pourquoi je ne chante pas les chansons que je chantais dans les années 90. Je réponds à cela probablement parce que nous ne sommes plus dans les années 90. À l’époque, les chansons convenaient à leur époque, mais aujourd’hui, elles ne fonctionnent peut-être plus du tout. »
Au-delà de la musique, Lucie Bílá s’est diversifiée dans d’autres domaines, notamment la gestion de son théâtre à Prague, d’un centre culturel et d’un restaurant à Otvovice, ainsi que dans l’immobilier. Elle affirme que cette nouvelle orientation lui permet d’exprimer sa créativité et son énergie différemment. « De plus, ma version adulte utilise déjà de l’énergie au-delà des frontières de la musique. J’aime faire des affaires, produire dans mon théâtre de Prague, gérer un centre culturel et un restaurant à Otvovice et m’occuper de l’immobilier qui m’intéresse. J’ai de la férocité, je l’utilise juste ailleurs », précise-t-elle.
Son équipe créative actuelle, composée de Pokáč, Patricie Kaňok, Tomáš Sehnal, des membres du groupe O5 et Radeček, ainsi que du producteur Martin Šrámek, est plus jeune qu’elle. Lucie Bílá apprécie cette dynamique et souligne la compréhension mutuelle qui règne au sein de cette équipe. Elle raconte une anecdote lors de l’enregistrement de son nouvel album : « Lors de l’enregistrement du nouvel album, le producteur Martin Šrámek et moi nous sommes retrouvés dans une situation où il a donné à deux chansons essentielles un son et un arrangement si modernes que je l’ai immédiatement arrêté. C’était incroyable, absolument intemporel, mais pour une génération différente, pas pour moi et ceux avec qui et pour qui je vieillis. »
L’album, intitulé “Fille ordinaire sur les choses ordinaires”, est pour elle une sorte de journal intime musical. Elle souhaite offrir à son public un équilibre entre maturité et authenticité. « Je n’ai aucune envie de trouver un nouveau genre ou de jouer un enfant musical sauvage. Je ressens la même chose à propos de mes chansons que de mes tournées. Je ne veux pas que les gens disent après les concerts qu’ils n’ont jamais vu ou entendu quelque chose de pareil auparavant. J’ai juste besoin qu’ils rentrent à la maison et disent qu’ils vont bien. Mon nouvel album devrait être comme ça. Équilibré, mature et terreux », explique-t-elle.
La chanson titre de l’album, “Fille ordinaire”, reflète sa vision actuelle de la vie et de sa place dans le monde. « Il dit aux gens ce que je ressens maintenant. C’est de cela que parle la chanson titre. Je suis une fille ordinaire qui n’a qu’un métier plus visible. La chanson parle aussi du fait que ce n’est pas amusant d’être une femme aujourd’hui. Le tout est cependant présenté avec une vue d’ensemble, comme peut le faire Pokáč, qui est l’auteur de la composition », précise-t-elle.
La chanson “Amen” est une prière sincère, une conversation avec Dieu. « Surtout, c’est une belle chose. C’est urgent, c’est fort et ça me permet de crier de tout mon cœur. C’est ma conversation avec Dieu. Je le supplie de ne pas m’abandonner même si je fais encore tant d’erreurs. Je peux tout pardonner à n’importe qui, mais je n’ai pas encore trouvé comment me pardonner », confie-t-elle. Elle ajoute : « Nous avons tous beaucoup de questions auxquelles il serait probablement préférable de répondre par quelqu’un qui maîtrise tout. Même si j’aime aussi beaucoup l’idée que la tête a beaucoup de questions mais pas de réponses, tandis que le cœur ne demande rien et sait tout. À mon avis, Dieu est amour, on peut donc dire que la chanson Amen est aussi une conversation avec elle. »
L’importance de son partenaire, Radek Filipi, dans sa vie est également soulignée. « Nous sommes ensemble depuis dix ans et avec lui le ciel s’est littéralement ouvert pour moi. Rien ne vaut la rencontre de son âme sœur. Peu importe ce qu’une personne fait, elle a besoin de bras dans lesquels elle se sent bien, elle a besoin d’un nid sûr dans lequel elle peut se détendre, inventer de nouvelles choses et créer », témoigne-t-elle. Elle se dit reconnaissante d’avoir trouvé un partenaire qui lui apporte stabilité et confiance.
Quant au concours de popularité “Český slavík”, Lucie Bílá exprime son désir de laisser la place à la nouvelle génération. « Vous le savez. Dans le texte de la chanson Good Coffee, je chante : Je ne veux plus crier, je préfère chanter, regarder les étoiles et boire du bon café », dit-elle. Elle préfère désormais observer et encourager les jeunes artistes. « Il ne s’agit pas des étoiles au-dessus de moi, mais de celles qui m’entourent. Je ne veux plus chanter à l’annonce du scrutin de Český slavík, je veux m’asseoir dans la salle en tant que spectateur, applaudir, croiser les doigts et encourager les autres. Bravo à la nouvelle génération. »

