Publié le 21 décembre 2023 à 08h00. La pénurie d’infirmières combinée à une forte hausse des cas de grippe met le système hospitalier irlandais sous une pression extrême, alertant les syndicats qui dénoncent des conditions de travail dangereuses pour les patients et le personnel.
- Le nombre de cas de grippe a augmenté de près de 10 % en une semaine, atteignant 3 287 cas pour la semaine se terminant le 13 décembre.
- L’Organisation irlandaise des infirmières et sages-femmes (INMO) estime qu’il est actuellement impossible de garantir des soins sûrs dans les hôpitaux.
- Le HSE, l’autorité de santé irlandaise, prévoit une aggravation de la situation dans les semaines à venir, avec une possible hospitalisation de 800 à 1 100 personnes par jour en raison de la grippe.
La situation dans les hôpitaux irlandais est de plus en plus tendue, alors que la saison grippale bat son plein. L’INMO tire la sonnette d’alarme, soulignant que le manque de personnel infirmier, exacerbé par l’augmentation du nombre de patients, compromet la qualité et la sécurité des soins. Phil Ní Sheaghdha, secrétaire générale de l’INMO, a déclaré qu’il était devenu « impossible » de fournir des soins sûrs dans les hôpitaux.
Les chiffres récents sont préoccupants : 3 287 cas de grippe ont été recensés au cours de la semaine se terminant le 13 décembre, une augmentation de près de 10 % par rapport aux 2 943 cas enregistrés la semaine précédente. Depuis le début de l’hiver, 17 décès liés à la grippe ont été recensés. L’INMO regrette que les avertissements concernant la saison grippale en Australie, où l’épidémie avait été particulièrement virulente, n’aient pas été pris en compte et que des renforts n’aient pas été recrutés dans les services de santé.
« Nous suivons en permanence le taux d’occupation et l’activité des hôpitaux. Notre principale critique est que les hôpitaux fonctionnent constamment à un niveau dangereux », a affirmé Mme Ní Sheaghdha. Elle souligne que le manque de personnel infirmier est directement lié à un risque accru de complications, voire de décès, pour les patients.
« Le manque de personnel infirmier dans les hôpitaux est lié au risque de blessures et de décès des patients. »
Phil Ní Sheaghdha, secrétaire générale de l’INMO
L’INMO constate un ralentissement du recrutement de personnel infirmier, ce qui aggrave la situation. « Nous avons moins d’infirmières et de sages-femmes pour un nombre croissant de patients, ce qui est une recette pour le désastre », déplore Mme Ní Sheaghdha. Elle critique également le manque de volonté du HSE et du ministère de la Santé à maintenir un budget suffisant pour garantir un niveau de personnel adéquat.
Face à cette situation, l’INMO appelle à rendre obligatoire le port de masques faciaux dans les hôpitaux et à imposer des restrictions sur les visites, là où elles n’ont pas déjà été mises en place. Certains établissements, comme l’hôpital universitaire de Galway et l’hôpital universitaire Merlin Park de Galway, ont déjà limité le nombre de visiteurs à un par patient et par jour.
Bernard Gloster, directeur général du HSE, a reconnu dans le Independent que la grippe a porté « un coup dur » au système de santé, avec environ 600 personnes hospitalisées pour cause de grippe jeudi dernier. Il s’attend à ce que le nombre d’hospitalisations atteigne entre 800 et 1 100 par jour la semaine prochaine, lorsque le virus devrait atteindre son pic, ce qui entraînerait un impact sur les services de santé pendant environ trois semaines.
Malgré ces difficultés, M. Gloster se montre optimiste et assure que le système de santé sera en mesure de faire face à la crise, même si cela implique des absences de personnel dues à la grippe. Il souligne que la répartition des sorties sur sept jours de la semaine a été améliorée cette année, ce qui devrait réduire le nombre de patients obligés d’attendre un lit sur des brancards.
« Ce ne sont pas des gens qui ont tendance à s’asseoir et à demander : « Quelle est la chose la moins chère que nous puissions acheter ? »
Bernard Gloster, directeur général du HSE
Cependant, Mme Ní Sheaghdha reste préoccupée par le nombre de patients contraints d’attendre sur des brancards, car cela représente un risque supplémentaire pour les patients et le personnel. Les chiffres de l’INMO montrent que 1 381 patients se trouvaient sur des brancards la semaine dernière, contre 1 979 à la même période l’année précédente.
Le HSE a choisi de ne pas acquérir le vaccin amélioré contre la grippe cette année, en invoquant son coût. M. Gloster a justifié cette décision en affirmant qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves de l’efficacité supérieure de ce vaccin, préférant se fier aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, du Comité consultatif national de la vaccination et du ministère de la Santé.
« Je dirais à tous ceux qui font partie de l’un de nos groupes cibles : « Faites-vous vacciner. Cela vous aidera. Obtenez-le. Obtenez-le simplement ». C’est une vilaine grippe », a conclu M. Gloster, appelant à la vaccination.
