Publié le 17 octobre 2025 11h46:00. Une étude menée à l’hôpital régional de référence de Jinja, en Ouganda, révèle une prévalence élevée de la tuberculose chez les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère (MAS), soulignant l’importance de renforcer les programmes de vaccination et de diagnostic.
- Près d’un quart (23,4 %) des enfants admis pour MAS à l’hôpital de Jinja étaient également atteints de tuberculose.
- Le statut vaccinal incomplet, notamment en ce qui concerne le vaccin BCG, est un facteur de risque majeur.
- L’infection par le VIH et un faible niveau socio-économique, en particulier dans les zones rurales, sont également associés à un risque accru de tuberculose.
La tuberculose reste un problème de santé publique majeur, en particulier chez les enfants vulnérables. Une nouvelle étude, réalisée auprès de patients souffrant de malnutrition aiguë sévère (MAS) dans un hôpital de référence en Ouganda, met en lumière une prévalence alarmante de la maladie. Les résultats, qui dépassent ceux observés dans d’autres pays comme l’Inde, le Népal, l’Éthiopie et le Congo, soulignent la nécessité d’une approche proactive pour la prévention et la prise en charge de la tuberculose infantile.
L’étude a révélé que 23,4 % des enfants âgés de 6 mois à 59 mois admis pour MAS à l’hôpital régional de référence de Jinja étaient également infectés par la tuberculose. Ce taux élevé pourrait être lié à une couverture vaccinale insuffisante, le vaccin BCG offrant une protection contre la maladie. Les chercheurs notent que la majorité des enfants inclus dans l’étude n’avaient pas un statut vaccinal à jour. Ils soulignent également que le diagnostic de tuberculose reposait principalement sur des critères cliniques, ce qui pourrait entraîner des erreurs de classification, car l’étude n’a pas systématiquement recherché d’autres infections pulmonaires bactériennes.
En comparaison, des études menées en Inde (13 %) 17, au Népal (4,67 %) 18, en Éthiopie (10,39 %) 13 et au Congo (8,4 %) 19 ont rapporté des prévalences plus faibles. Cependant, la prévalence observée à Jinja était légèrement inférieure à celle signalée en Afrique du Sud (25,6 %) 20. Les différences observées pourraient s’expliquer par des variations dans les populations étudiées, la charge de la tuberculose dans différentes régions géographiques et les critères diagnostiques utilisés.
L’analyse des radiographies pulmonaires a révélé des schémas typiques de la tuberculose infantile, tels que des consolidations et une adénopathie hilaire ou médiastinale. L’absence de lésions cavitaires dans l’étude suggère une forme moins sévère de la maladie, bien que d’autres études aient rapporté une prévalence plus élevée de ces lésions. La prédominance des lésions unilatérales droites est également conforme aux observations précédentes. Ces éléments radiologiques constituent des marqueurs diagnostiques importants, mais leur interprétation doit tenir compte du contexte clinique et géographique.
En ce qui concerne les facteurs de risque, l’étude a mis en évidence un lien significatif entre la tuberculose et l’origine rurale. Les enfants issus de zones rurales avaient un risque accru de 1,205 fois supérieur d’être atteints de tuberculose par rapport à ceux vivant en milieu urbain, probablement en raison de conditions socio-économiques plus précaires. Une étude menée dans des communautés rurales de l’est de l’Ouganda a d’ailleurs confirmé une forte prévalence de la tuberculose infantile dans ces régions 27. L’infection par le VIH est également un facteur de risque majeur, les enfants séropositifs étant 1,619 fois plus susceptibles de développer une tuberculose 28. Enfin, des anomalies du nombre de plaquettes, qu’il s’agisse d’une thrombocytopénie (diminution) ou d’une thrombocytose (augmentation), ont été associées à un risque accru de tuberculose.
Les chercheurs soulignent certaines limites de l’étude, notamment l’absence de radiographies pulmonaires chez tous les patients et le manque de recherche systématique de pneumonies bactériennes. Ils recommandent également de réaliser des études de suivi, telles que des études cas-témoins, pour mieux comprendre les relations de cause à effet entre les différents facteurs de risque et la tuberculose. Enfin, ils reconnaissent que les résultats de cette étude, menée sur une courte période dans un seul établissement, ne peuvent pas être généralisés à l’ensemble de la population ougandaise, mais qu’ils peuvent servir de base à des recherches plus vastes.
