Publié le 18 novembre 2025 à 14h57. Les bourses mondiales sont en chute libre pour la quatrième journée consécutive, plombées par des inquiétudes croissantes concernant la conjoncture économique, les tensions géopolitiques et la fragilité du secteur technologique.
- L’Ibex 35 a perdu 4,8 % en quatre séances, chutant sous la barre des 16 000 points.
- Les investisseurs se détournent des actifs risqués, favorisant les valeurs refuges comme le yen japonais et le franc suisse.
- Les doutes grandissent quant à la pérennité de la bulle spéculative autour de l’intelligence artificielle.
La mauvaise passe des marchés financiers s’accentue ce mardi, avec une quatrième journée consécutive de pertes pour l’Ibex 35. L’indice phare de la bourse espagnole accuse un recul de 4,8 % en quatre séances, atteignant son plus bas niveau depuis avril, date de l’imposition de lourds droits de douane par les États-Unis. L’ouverture de Wall Street a confirmé les craintes des investisseurs : le Nasdaq a débuté la séance en baisse de 1 %, tandis que le S&P 500 a cédé 0,5 %. L’Ibex 35 a accéléré sa chute, dépassant les 2 % et abandonnant les 16 000 points.
Ce mouvement de panique s’observe à l’échelle mondiale. Le Japon a enregistré une baisse de 3 %, tandis que les marchés européens ont perdu un peu moins de 2 %. Les investisseurs fuient les actifs risqués face à une accumulation de facteurs d’incertitude. Les tensions géopolitiques entre la Chine et le Japon, l’effondrement du marché des cryptomonnaies et les difficultés rencontrées par le secteur du capital-investissement viennent s’ajouter aux préoccupations concernant une éventuelle fin du cycle de baisse des taux d’intérêt aux États-Unis.
Le secteur technologique est particulièrement touché. Nvidia, Amazon, Microsoft et Meta perdent plus de 2 %. Les investisseurs s’interrogent sur la capacité de ces entreprises à rentabiliser leurs investissements massifs dans les centres de données. Les gestionnaires de fonds soupçonnent de plus en plus que les valorisations actuelles du secteur sont injustifiées. Une récente étude suggère que ces entreprises investissent trop dans l’intelligence artificielle.
Sur le marché espagnol, seuls trois titres parviennent à limiter leurs pertes : Solaria, Redeia et Endesa. Les banques subissent de lourdes baisses, les trois principaux établissements financiers perdant plus de 3 %, tandis qu’Amadeus chute de plus de 5 % (les entreprises liées au tourisme sont particulièrement affectées). Seuls Iberdrola et Inditex parviennent à se maintenir à flot parmi les valeurs les plus importantes.
La semaine à venir s’annonce riche en événements susceptibles d’influencer les marchés. Mercredi, les minutes de la dernière réunion de la Réserve fédérale américaine seront publiées, et jeudi, les chiffres de l’emploi de septembre seront dévoilés. Ces données seront cruciales pour anticiper la décision de la banque centrale américaine concernant les taux d’intérêt en décembre. Nvidia publiera également ses résultats demain, suscitant de grandes attentes, compte tenu de sa valorisation boursière de cinq milliards de dollars. Selon Wolf von Rotberg de J. Safra Sarasin Sustainable AM, Nvidia devra présenter des résultats solides pour relancer le cours des actions des entreprises spécialisées dans l’intelligence artificielle.
Par ailleurs, Home Depot a mis en garde contre une baisse de la demande pour les achats importants, un signal négatif pour l’économie américaine, fortement dépendante de la consommation. Vincezo Vedda, directeur des investissements chez DWS, met en garde contre l’interdépendance croissante des entreprises du secteur de l’IA, qui rend difficile l’identification de leurs rôles respectifs (client, partenaire stratégique, investisseur ou concurrent). Il ajoute que les actions allemandes, qui n’ont pratiquement pas bougé depuis fin mai, présentent une alternative intéressante.
L’aversion croissante au risque des investisseurs profite aux valeurs refuges traditionnelles. Les taux d’intérêt sur les marchés obligataires diminuent : l’obligation américaine à 10 ans a perdu quatre points de base, atteignant 4,09 %, l’obligation allemande trois points et l’obligation espagnole deux points. Le yen japonais et le franc suisse se renforcent également. En revanche, l’euro reste stable, à 1,16 dollar pour un euro, et le pétrole chute de moins de 1 %, à 64 dollars le baril. L’or, habituellement considéré comme une valeur refuge, évolue à l’équilibre, bien qu’il ait perdu 4 000 dollars au cours de la séance.
Chutes au Japon et crise des cryptomonnaies
La fuite vers les actifs sûrs se manifeste également en Asie, où les obligations japonaises ont atteint leur plus haut niveau depuis 17 ans. Le Nikkei a clôturé en baisse de 3,17 %, en raison des tensions diplomatiques entre la Chine et le Japon. Parallèlement, le bitcoin a perdu 90 000 points, avec une baisse de 2,8 %, particulièrement marquée pour les cryptomonnaies les plus spéculatives. Certains analystes mettent en garde contre le risque d’interconnexion entre les baisses boursières et les cryptomonnaies, qui pourrait entraîner des ventes croisées de ces actifs.
Selon Nick Twidale, analyste de marché en chef chez AT Global Markets à Sydney,
« Nous pourrions assister à de nouvelles baisses des cryptomonnaies à mesure que les portefeuilles sont ajustés, soit par choix, soit pour couvrir les pertes sur actions. »
Les problèmes sur les marchés du crédit privé inquiètent également les investisseurs. Le gestionnaire d’investissement alternatif Blue Owl a perdu 6 % lors de la séance d’hier après avoir gelé les remboursements d’un de ses produits de crédit privé. Ces fonds prêtent de l’argent à des entreprises en dehors des circuits traditionnels, et le marché craint que ce marché opaque ne cache des problèmes de défaut. Oracle, qui avait grimpé de 36 % en septembre après avoir annoncé un accord avec Nvidia pour la construction de centres de données évalués à 300 milliards de dollars, a perdu tout le terrain gagné en raison des incertitudes entourant cette opération, qui sera financée par la dette.
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