Publié le 19 novembre 2025, 16h39. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) se trouve à un carrefour, entre ambitions de modernisation et incertitudes géopolitiques, alors qu’une transition dynastique se profile et que les relations avec les États-Unis sont à nouveau en jeu.
- Les États-Unis envisagent de renforcer leur coopération militaire avec l’Arabie saoudite, notamment par la vente de chasseurs F-35, malgré les préoccupations liées à la supériorité militaire israélienne dans la région.
- MBS conditionne une éventuelle reconnaissance d’Israël à des progrès significatifs vers la création d’un État palestinien, tout en cherchant des garanties de sécurité américaines.
- La santé fragile du roi Salmane et la perspective d’une succession dynastique ajoutent une couche de complexité à la situation, avec des risques de dissension interne.
La récente visite de Mohammed ben Salmane à Washington, et plus particulièrement son entretien avec l’ancien président Donald Trump, soulève des questions cruciales sur l’avenir de l’Arabie saoudite et son rôle au Moyen-Orient. Au-delà des accords commerciaux et des promesses d’investissements, se profile la question de la stabilité du régime saoudien et des conséquences potentielles d’un éventuel changement de pouvoir.
L’ombre du passé plane sur les relations américano-saoudiennes. Le rôle de Riyad dans les attentats du 11 septembre 2001, dont les pirates de l’air étaient saoudiens, reste une blessure ouverte. Pendant des décennies, des fonds saoudiens ont alimenté des mosquées et des écoles fondamentalistes prônant la haine envers l’Amérique et le jihad. Malgré cela, aucun président américain – ni George W. Bush, Barack Obama, ni Joe Biden – n’a souhaité entraver les tentatives des familles de victimes de traduire l’Arabie saoudite en justice.
Aujourd’hui, le contexte a changé. MBS a marginalisé le clergé wahhabite, rompu les liens avec le fondamentalisme et cessé de financer la haine anti-américaine. Il a également joué un rôle dans l’incitation de Trump à prendre ses distances avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur la question des droits des Palestiniens à Gaza. Lors de sa récente réunion à la Maison Blanche, le prince a clairement indiqué que l’Arabie saoudite ne rejoindrait les Accords d’Abraham – reconnaissant formellement Israël – qu’à condition de voir des progrès concrets vers la création d’un État palestinien.
Cependant, la question de la pérennité du virage laïc, modernisateur et modéré entrepris par MBS reste ouverte. La mémoire historique rappelle que l’Iran du Shah, autrefois allié indéfectible des États-Unis, a basculé dans la révolution islamique en 1979, laissant un arsenal militaire sophistiqué entre les mains de l’ayatollah Khomeini. Un scénario similaire pourrait-il se reproduire en Arabie saoudite ?
Selon Karen Elliott House, experte en Arabie saoudite et lauréate du prix Pulitzer, MBS a mûri et est désormais conscient des défis qui l’attendent.
« Ce qui était autrefois un jeune Saoudien impétueux et impatient est désormais prêt à devenir un monarque mûr avec une mission. »
Karen Elliott House, auteure et experte en Arabie saoudite
Elle souligne que le royaume est en pleine transition, avec des difficultés économiques liées à la diversification de l’économie et à la baisse des prix du pétrole. Les investissements directs étrangers, bien qu’en hausse (25 milliards de dollars au deuxième trimestre 2025), restent en deçà des objectifs fixés (100 milliards de dollars pour 2030).
Les défis ne se limitent pas à l’économie. Les performances éducatives saoudiennes restent médiocres, et le pays doit attirer des étrangers qualifiés et former ses propres citoyens pour atteindre ses objectifs de développement, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle. Parallèlement, les menaces à la sécurité régionale, notamment la situation au Yémen et les tensions avec l’Iran, occupent une place croissante dans les préoccupations de MBS.
La question de l’armement est également au cœur des discussions. Trump promet de gros investissements saoudiens dans la défense américaine en échange de la vente de chasseurs F-35. Cependant, une loi du Congrès américain exige que les États-Unis veillent à ce qu’Israël conserve sa supériorité militaire dans la région. Plus d’informations sur la visite de MBS à la Maison Blanche.
Enfin, l’Arabie saoudite souhaite obtenir l’autorisation des États-Unis pour enrichir de l’uranium sur son territoire, afin de l’utiliser dans ses futurs réacteurs nucléaires. Retour sur les promesses de MBS aux États-Unis.
Alors que le roi Salmane approche de son 90e anniversaire et que sa santé est fragile, le royaume est entré dans une phase de transition dynastique délicate. Des craintes de dissension interne se font jour, et certains membres de la famille royale pourraient tenter de contester la succession de MBS. Souvenirs de l’élimination d’Oussama ben Laden.
19 novembre 2025, 16h39 – modifié le 19 novembre 2025 | 16h39
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