Publié le 8 novembre 2025 à 01h14. Un ingénieur en construction a déposé un recours en protection contre le Contrôleur général de la République (CGR) au Chili, estimant que la divulgation de son identité après avoir porté plainte pour harcèlement au travail viole la loi Karin, destinée à protéger les victimes.
- Un ingénieur travaillant pour RYQ Engineering, sous contrat avec le ministère des Travaux publics (MOP), accuse le CGR d’avoir levé le secret de son identité après avoir déposé une plainte pour harcèlement.
- Le plaignant craint des représailles sur son lieu de travail et dans sa vie personnelle suite à cette divulgation.
- L’affaire met en lumière l’application de la loi Karin, qui vise à renforcer la protection des victimes de harcèlement et de violence au travail.
Un ingénieur en construction, dont les initiales sont MVC, a saisi la justice chilienne pour dénoncer une violation de ses droits après avoir porté plainte pour harcèlement au travail. Il accuse le Contrôleur général de la République (CGR) d’avoir exigé la levée du secret sur son identité, une condition qu’il a finalement acceptée sous la contrainte pour que sa réclamation administrative soit examinée. L’ingénieur, qui exerce actuellement des fonctions de responsable de terrain chez RYQ Engineering, une entreprise prestataire de services pour le MOP, est en arrêt maladie.
Selon le recours en protection déposé auprès de la Cour d’appel de Concepción le 14 octobre 2025, le CGR a justifié sa demande de divulgation de l’identité du plaignant en invoquant la nature spécifique de la plainte, qui concerne des droits qui lui sont propres. Le CGR lui a accordé un délai de cinq jours pour donner son accord, sous peine de ne pas donner suite à sa réclamation. L’ingénieur affirme que cette exigence constitue une violation de son droit à la vie privée et à la sécurité, ainsi qu’une atteinte à son intégrité psychologique et émotionnelle, en contradiction avec les articles 19, paragraphes 1 et 7, de la Constitution chilienne.
Le plaignant avait initialement déposé une plainte auprès de la Direction du travail de Concepción, en s’appuyant sur la loi Karin (n° 21 643), promulguée en août 2024. Cette loi a pour objectif de renforcer la prévention, l’enquête et les sanctions en matière de harcèlement sexuel et de violence au travail, en garantissant des relations professionnelles fondées sur le respect de la dignité humaine et l’égalité des genres. Il a également déposé une plainte administrative auprès du Bureau du contrôleur régional de Bío Bío, visant des responsables du MOP pour harcèlement, menaces, coercition et représailles.
« Lors du dépôt de la plainte auprès du Bureau du Contrôleur, il a expressément demandé que son identité soit réservée. Cependant, elle a reçu le 20 août 2025 une communication formelle du Bureau du Contrôleur régional, qui indiquait que la plainte ne continuerait pas à être traitée si elle n’acceptait pas la levée de la réserve. »
Extrait du recours en protection
L’ingénieur affirme que la divulgation de son identité a engendré un sentiment d’angoisse, d’anxiété et une crainte légitime de subir de nouvelles représailles sur son lieu de travail et dans sa vie personnelle. Il indique également avoir constaté des actes de représailles suite à ses plaintes, notamment des signalements à son supérieur hiérarchique au sein du MOP et à un inspecteur des impôts qui faisait l’objet de l’une des accusations.
Selon le plaignant, son employeur aurait également mis en œuvre des mesures d’isolement et de blocage, lui interdisant l’accès à sa messagerie professionnelle et aux outils de travail, ce qui constitue une violation de l’article 8 de la loi Karin. Il compare sa situation à celle de « David contre Goliath ».
Contacté par BioBioChile, le MOP a indiqué n’avoir pas encore reçu de notification officielle du recours en protection, mais a précisé qu’une plainte avait été reçue par courrier électronique et qu’une enquête administrative était en cours pour vérifier la véracité des faits et l’éventuelle responsabilité administrative des personnes concernées. Site web du ministère des Travaux publics (MOP)
La Cour d’appel de Concepción a déclaré le recours recevable et a demandé un rapport au Contrôleur général de la République, qui a ensuite sollicité un délai supplémentaire pour le fournir. À ce jour, le rapport n’a toujours pas été remis, ce que le plaignant interprète comme une tentative de procrastination. Le CGR a refusé de commenter l’affaire, la qualifiant de question judiciaire.
