Publié le 26 octobre 2025 18h34. Microsoft ressuscite Clippy, l’assistant virtuel emblématique de ses anciens logiciels, mais cette fois propulsé par l’intelligence artificielle émotionnelle. Cette renaissance soulève autant d’enthousiasme que des questions éthiques sur la manipulation et la confidentialité.
- Microsoft réintroduit un avatar animé, Mico, basé sur l’IA émotionnelle, pour son assistant Copilot.
- Mico analyse le ton de la voix, la vitesse de frappe et même la cadence des clics de souris pour adapter son aide et sa personnalité.
- Le retour de Clippy, sous forme d'”œuf de Pâques”, est possible via Copilot, suscitant la nostalgie des utilisateurs.
Pour toute une génération d’utilisateurs familiers avec les premières versions de Microsoft Word, Clippy évoque un mélange de souvenirs, entre la nostalgie et la frustration. Cet assistant animé, souvent plus intrusif qu’utile, avait la fâcheuse tendance d’interrompre le travail des utilisateurs.
Ce pince-papier virtuel aux yeux exorbités, surgissant dans les documents avec sa phrase culte « On dirait que vous écrivez une lettre » (même quand ce n’était pas le cas), est rapidement devenu un mème et un symbole de technologie bien intentionnée mais maladroite.
Officiellement présent pendant une décennie, de Microsoft Office 97 à 2007, Clippy disparaît ensuite par défaut. Mais dix-huit ans après son retrait, Microsoft a décidé de lui donner une seconde vie grâce à l’intelligence artificielle (IA).
Le nouveau venu, Mico, est en réalité une version modernisée de l’ancien assistant, intégré à Copilot. Il se distingue par sa capacité à réagir avec de véritables expressions faciales, qui évoluent en fonction du ton de la voix ou du contenu de la conversation.
Mico analyse divers signaux, tels que le ton de la voix (lors des interactions verbales), la vitesse de frappe, le contenu du texte (pour détecter la frustration ou l’enthousiasme) et même la cadence des clics de souris. Grâce à cette interprétation, il offre une assistance contextuelle et ajuste sa propre personnalité pour présenter l’information de manière plus appropriée.
Outre son expressivité, Mico fait partie des améliorations prévues pour Copilot à l’automne 2025, avec notamment :
- Un mode « Real Talk » : un paramètre de conversation plus naturel, voire critique, qui ajuste le ton, suggère des corrections ou pose des questions pertinentes.
- Des chats de groupe au sein de l’IA : Copilot permettra des sessions collaboratives entre utilisateurs, facilitant le travail d’équipe.
- Une mémoire contextuelle améliorée : Mico se souviendra des problèmes rencontrés par les utilisateurs entre les sessions, offrant ainsi une continuité et une personnalisation accrues.
Pour les nostalgiques, l’ancien Clippy peut être réactivé en utilisant Copilot en mode vocal. Un simple « œuf de Pâques » caché, accessible en tapant « /clippy » dans le chat ou en appuyant plusieurs fois sur l’icône Mico, permet de retrouver brièvement l’apparence originale de l’assistant.
Microsoft mise donc sur la nostalgie numérique pour créer un lien émotionnel plus fort avec les utilisateurs, tout en offrant des fonctionnalités utiles.
« Les machines peuvent-elles vraiment ressentir ? La réponse technologique est non. Clippy n’a pas de « vraies émotions » au sens biologique du terme, mais utilise plutôt des modèles prédictifs pour simuler une réponse empathique. »
MIT Technology Review
Cependant, le retour d’un assistant doté de « vraies émotions » – ou du moins de leur simulation – soulève des questions éthiques et sociales importantes. Des experts cités par le MIT Technology Review soulignent que, si cette technologie peut rendre l’interaction homme-machine plus humaine, elle présente également un risque de manipulation émotionnelle.
Un assistant capable de détecter votre stress pourrait être tenté de prolonger une interaction ou de vous orienter vers une solution qui vous « calme » plutôt que la plus efficace, créant ainsi une dépendance aux logiciels. La question de la sincérité se pose également : les machines peuvent-elles réellement ressentir de l’empathie ?
De plus, l’utilisation de la mémoire personnalisable dans l’IA suscite des inquiétudes concernant la confidentialité : quelles informations un assistant doit-il mémoriser ? Qui contrôle ces données ? Bien que Microsoft assure que l’utilisateur conserve le contrôle sur les données stockées, la frontière entre utilité et intrusion virtuelle reste floue.

