Une enquête est ouverte après la divulgation potentiellement illégale de dossiers militaires confidentiels appartenant à la députée démocrate du New Jersey, Mikie Sherrill, candidate au poste de gouverneur. Cette affaire relance les inquiétudes concernant une tactique politique récurrente visant à discréditer les anciens combattants.
L’affaire a été révélée cette semaine par Politico, qui a rapporté que l’inspecteur général des Archives nationales enquêtait sur la publication non autorisée des documents de Sherrill, suite à une demande du représentant Robert Garcia (D-Calif.). Ces dossiers contenaient des informations personnellement identifiables, notamment son numéro de sécurité sociale et son adresse personnelle, mettant Sherrill et potentiellement d’autres anciens combattants en danger.
Sherrill, ancienne procureure fédérale et pilote d’hélicoptère de la marine, est actuellement en tête des sondages face au républicain Jack Ciattarelli dans la course au poste de gouverneur du New Jersey. Elle a accusé l’administration Trump d’utiliser les dossiers des anciens combattants comme arme politique pour la cibler, qualifiant l’acte de « méprisable ». Une publicité diffusée par sa campagne affirme : « Ils ont enfreint une loi pour attaquer une vétérane. »
Cet incident rappelle des campagnes diffamatoires antérieures menées contre des vétérans se présentant à des élections. L’auteur de l’article, ancien commandant d’une grande organisation de services aux anciens combattants, se souvient de l’attaque subie par le sénateur Max Cleland, un vétéran décoré du Vietnam qui a perdu trois membres au combat. En 2002, ses adversaires, menés par Karl Rove, ont diffusé des publicités remettant en question son patriotisme en raison de ses désaccords avec la politique de sécurité post-11 septembre du président George W. Bush. Des images de Cleland ont même été associées à celles d’Oussama ben Laden et de Saddam Hussein.
Un schéma similaire s’est produit en 2004 lors de la campagne présidentielle opposant le sénateur John Kerry, également vétéran du Vietnam, à George W. Bush. Les républicains, toujours sous la direction de Karl Rove, ont financé un groupe appelé « Swift Boat Veterans for Truth » dont le seul objectif était de discréditer le service militaire de Kerry. Leurs allégations, basées sur des distorsions et des mensonges, ont semé le doute sur son bilan, malgré leur manque de fondement.
« Quand les républicains ne peuvent pas gagner sur les idées, ils essaient de salir l’honneur du service », affirme l’auteur. Il souligne que, selon son expérience de 25 ans au sein du gouvernement et de son aide à de nombreux anciens combattants pour obtenir leurs dossiers, une erreur administrative ne peut expliquer cette divulgation.
L’auteur conclut que cette tactique n’est pas seulement une manœuvre politique sale, mais qu’elle est corrosive pour la démocratie. En transformant le service militaire en une cible de désinformation, on envoie un message dangereux aux générations futures : leur sacrifice pourrait être utilisé contre elles si elles osent se présenter en politique. « Cela ne blesse pas seulement les candidats – cela nuit à l’institution du service elle-même », avertit-il. « Quand les républicains ressortent le manuel Swiftboat, cela nous dit qu’ils savent qu’ils perdent. Et quand ils attaquent les anciens combattants qui ont risqué leur vie pour ce pays, cela nous dit autre chose : ils ne méritent pas de le diriger. »
