Une vague de mélasse, haute de plusieurs mètres et se déplaçant à près de 60 km/h, a déferlé sur le quartier North End de Boston le 15 janvier 1919, faisant 21 morts et plus de 150 blessés. Cette catastrophe industrielle, survenue quelques heures avant l’adoption du 18e amendement sur la prohibition, a révélé les dangers d’une infrastructure mal contrôlée et a laissé des traces olfactives pendant des années.
L’incident s’est produit lorsque l’un des réservoirs de la Purity Distilling Company, situé au 529 Commercial Street, a cédé. Cette immense cuve cylindrique, mesurant 27 mètres de diamètre pour 15 mètres de haut, contenait près de 8,7 millions de litres de mélasse. Des témoins ont décrit un bruit assourdissant, comparable à une rafale de mitrailleuse, avant l’effondrement. La structure a commencé à se disloquer, provoquant des vibrations ressenties comme le passage d’un train.
La vague de mélasse a dévasté plusieurs rues, atteignant une hauteur de 60 à 90 centimètres dans certains endroits. Des bâtiments ont été déracinés de leurs fondations, et un camion a même été projeté dans le port. Les piliers des lignes de chemin de fer à proximité ont également été brisés par la force de l’impact.
Les opérations de sauvetage ont duré quatre jours, mobilisant d’importantes équipes pour extraire les victimes de la mélasse gluante. Au-delà du bilan humain, le nettoyage des quartiers touchés a nécessité plus de 87 000 heures de travail. Les habitants ont rapidement intenté une action collective contre l’United States Alcohol Company, propriétaire de la distillerie.
Initialement, la compagnie a tenté de justifier la catastrophe en suggérant un acte de sabotage, arguant que la mélasse était destinée à la production d’alcool utilisé pour fabriquer des munitions. Cependant, elle a finalement reconnu sa responsabilité et a conclu un accord à l’amiable, versant 600 000 dollars (environ 11,4 millions de dollars actuels) en dommages et intérêts aux victimes.
L’enquête a mis en évidence un manque de contrôles rigoureux lors de la construction et de la maintenance du réservoir, notamment en ce qui concerne les inspections et les tests de remplissage. De plus, une forte variation de température, passant de -17 °C à 4 °C en quelques heures, aurait contribué à augmenter la pression interne de la cuve, fragilisant ainsi sa structure. Le réservoir n’a jamais été reconstruit, et pendant des années, les habitants ont continué à percevoir l’odeur persistante de la mélasse.
Ce désastre, survenu à la veille de l’entrée en vigueur de la prohibition, prend une dimension particulière. La mélasse, ingrédient essentiel à la fabrication de l’éthanol, était alors une matière première précieuse pour la production de spiritueux.
