La mort de soldats cubains à Caracas, le 3 janvier dernier lors d’une opération visant à neutraliser le président Nicolás Maduro, révèle l’ampleur de l’engagement militaire de La Havane au Venezuela et soulève des questions sur le coût humain de cette alliance pour Cuba. La veuve de l’un des militaires décédés a témoigné de la détermination de son mari, tout en confirmant le rôle direct de l’armée cubaine dans la protection du pouvoir chaviste.
« Je ne sais pas comment exprimer ce que je ressens », a confié la veuve du colonel Orlando Osoria López lors d’une interview télévisée. Son mari, âgé de 49 ans et originaire de Baire, dans la municipalité de Contramaestre (Santiago de Cuba), était diplômé de l’École des cadets des troupes spéciales des FAR, avec une spécialisation en commandement tactique. Il résidait à Jagüey Grande, à Matanzas, et laisse derrière lui un fils et une petite-fille d’un peu plus d’un an.
« La seule chose que je peux vous dire, c’est qu’il est mort comme il le voulait. Il était très déterminé. Il n’a jamais reculé », a-t-elle insisté, soulignant le courage de son époux. Au moment de son décès, le colonel Osoria López faisait partie de la Direction de la sécurité personnelle, une unité chargée d’assurer la protection des hauts responsables vénézuéliens.
Ce rôle confirme, selon les observateurs, que l’armée cubaine n’avait pas à Caracas une mission secondaire ou symbolique, mais qu’elle constituait un élément essentiel du dispositif de sécurité du régime de Nicolás Maduro. La veuve a également insisté sur les qualités de combattant de son mari : « Je suis sûre que l’un de ceux qui se sont le plus battus là-bas était lui. (…) Il n’avait pas peur », a-t-elle affirmé.
Malgré la douleur de la perte, elle a réaffirmé sa fierté : « Je suis fière de lui. Fière, même si ça me fait mal de l’avoir perdu. »
Si la couverture officielle présente les soldats cubains décédés comme des héros, les témoignages recueillis révèlent une autre réalité : ces militaires étaient déployés au Venezuela pour protéger le pouvoir politique de Nicolás Maduro, et non pour défendre Cuba ou répondre à un appel humanitaire.
Cette semaine, le colonel Pedro Yadín Domínguez, blessé lors de l’opération du 3 janvier à Caracas, a brisé le silence et a témoigné à la télévision cubaine. Il a confirmé qu’il se trouvait au Venezuela « pour accomplir une mission » au moment de l’attaque. Selon son récit, lui et d’autres soldats cubains se trouvaient au repos lorsqu’ils ont été pris pour cible lors d’une opération aérienne à grande échelle. « L’attaque a entraîné la mort de 11 de mes camarades là-bas », a-t-il déclaré, décrivant une offensive « totalement disproportionnée ».
Le colonel Domínguez a précisé que son groupe disposait de peu d’armes et que leur fonction principale était de soutenir la sécurité présidentielle. « Nous n’avions pratiquement aucun armement », a-t-il expliqué. Il a été blessé et a subi une intervention chirurgicale dans un hôpital militaire vénézuélien, avec l’aide des forces armées locales.
Bien que le gouvernement cubain qualifie l’opération de « agression impérialiste », le témoignage du colonel blessé démontre clairement que les militaires cubains étaient directement impliqués dans des tâches liées à la protection du président vénézuélien. Au-delà du discours officiel, les témoignages apportent des éléments que le régime cubain gère avec prudence. Ils confirment la présence d’officiers cubains directement impliqués dans la sécurité du pouvoir vénézuélien, et non dans une simple mission de conseil ou de coopération.
Dans ce contexte, la phrase de la veuve – « il est mort comme il le voulait » – prend une dimension particulière, oscillant entre la douleur personnelle d’une femme qui honore la mémoire de son mari et la réalité politique d’une mort inscrite dans un récit qui tente de justifier une intervention visant à protéger un régime controversé. L’engagement militaire de Cuba au Venezuela et les vies cubaines perdues dans ce contexte continuent de susciter des interrogations.
