Publié le 6 janvier 2026 à 11h55. Face à l’évolution rapide des virus et à l’augmentation des contacts entre humains et animaux, un infectiologue tire la sonnette d’alarme sur le risque accru de nouvelles pandémies d’ici 2026, notamment liées à la grippe aviaire et au virus Mpox.
- La grippe aviaire (H5N1) est particulièrement surveillée en raison de sa capacité à se propager aux mammifères et de son potentiel de transmission interhumaine.
- Le virus Mpox, bien que sous contrôle, continue de circuler et présente un risque accru avec l’émergence de variants plus dangereux.
- Le virus Oropouche, transmis par les moustiques, se propage en Amérique du Sud et pourrait atteindre l’Amérique du Nord, suscitant des inquiétudes en l’absence de vaccin ou de traitement spécifique.
L’inquiétude monte parmi les experts en maladies infectieuses. Le changement climatique, la mobilité mondiale et le rapprochement entre les populations humaines et animales créent un terrain fertile pour l’émergence et la propagation de nouveaux agents pathogènes. Les virus évoluent constamment, trouvant de nouveaux hôtes et se propageant à une vitesse sans précédent.
Patrick Jackson, infectiologue à l’Université de Virginie, met en garde contre une complaisance face à ces menaces. Dans un article publié par le Washington Post, il détaille les virus qu’il juge prioritaires à surveiller en 2026 et explique pourquoi.
En tête de liste figure la grippe aviaire. Les virus de la grippe sont connus pour leur imprévisibilité, évoluant rapidement et infectant de nombreuses espèces animales. La pandémie de 2009, causée par le virus H1N1 (grippe porcine), avait fait plus de 280 000 morts dans le monde. Aujourd’hui, c’est un autre sous-type qui suscite l’attention : le H5N1, plus communément appelé grippe aviaire. L’Institut Pasteur a récemment émis une alerte concernant une potentielle pandémie de grippe aviaire particulièrement grave.
Jusqu’à récemment, le H5N1 infectait principalement les oiseaux et la volaille sauvage. Mais en 2024, la situation a radicalement changé avec la détection du virus dans des troupeaux de vaches laitières aux États-Unis. Ce passage du virus des oiseaux aux mammifères inquiète particulièrement les spécialistes. Selon Jackson, des études indiquent qu’il y a eu « de nombreuses transmissions du bétail aux humains », souvent sans manifestation de symptômes.
L’élément crucial à surveiller, selon l’infectiologue, est la capacité du virus à franchir la dernière barrière : une transmission efficace d’une personne à l’autre. « En 2026, les scientifiques observeront attentivement si le H5N1 évolue pour permettre une transmission interhumaine – une condition préalable à une nouvelle pandémie de grippe », explique Jackson. Les vaccins actuels contre la grippe pourraient ne pas offrir une protection suffisante, mais des vaccins spécifiques sont en cours de développement.
Le virus Mpox, anciennement connu sous le nom de variole du singe, reste également une source de préoccupation mondiale. Ce virus, étroitement lié à la variole, provoque de la fièvre et des éruptions cutanées douloureuses qui peuvent persister pendant plusieurs semaines.
Découvert en 1996, le virus Mpox s’est propagé de manière continue. Longtemps confiné aux régions d’Afrique, il a connu une épidémie mondiale en 2022. La variante la plus bénigne, le Clade II, s’est propagée dans plus de 100 pays par contact physique étroit, souvent lors de rapports sexuels. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait alors déclaré une urgence sanitaire internationale.
L’urgence sanitaire de l’OMS est désormais levée, mais le virus n’a pas disparu, prévient Jackson. « Le Clade II Mpox s’est implanté à l’échelle mondiale », souligne l’infectiologue. Parallèlement, plusieurs pays d’Afrique centrale signalent depuis 2024 une augmentation des infections par le variant Clade I, considéré comme plus dangereux. Des cas en dehors de l’Afrique ont également été recensés. L’évolution du virus Mpox en 2026 reste incertaine, d’autant qu’il existe une vaccination mais pas de traitement ciblé.
Une augmentation rapide des maladies sexuellement transmissibles est également observée en Europe, un phénomène qui nécessite une vigilance accrue.
Moins connu, mais de plus en plus pertinent, le virus Oropouche est transmis par les moustiques et les petites mouches (moucherons piqueurs) et provoque des symptômes pseudo-grippaux sévères pouvant durer plusieurs semaines. Découvert dans les années 1950, ce virus est aujourd’hui l’une des maladies infectieuses les plus répandues au Brésil, touchant des dizaines de milliers de personnes chaque année.
« De nombreuses questions restent sans réponse concernant le virus Oropouche et la maladie qu’il provoque », écrit Jackson. Pendant des décennies, on a cru que les infections humaines étaient limitées à la région amazonienne. Mais depuis les années 2000, le virus se propage en Amérique du Sud, en Amérique centrale et dans les Caraïbes.
« Le moustique qui transmet le virus est présent partout en Amérique du Nord et du Sud, y compris dans le sud-est des États-Unis », précise Jackson. Les voyageurs pourraient donc être de plus en plus exposés en 2026. À ce jour, il n’existe ni vaccin ni médicament spécifique contre ce virus.
Jackson mentionne également d’autres risques potentiels : des épidémies de chikungunya, transmises par les moustiques, pourraient affecter les voyageurs, et la rougeole est en recrudescence dans le monde entier en raison de la baisse des taux de vaccination. Le VIH pourrait également redevenir plus répandu, notamment en raison de réductions des programmes d’aide internationale. Enfin, l’expert souligne que la menace de nouveaux virus, issus d’interventions dans les écosystèmes, demeure une inconnue.
La conclusion de Jackson est sans appel : les humains, les animaux et l’environnement sont intrinsèquement liés. La vigilance, la surveillance mondiale et le développement de nouveaux vaccins et thérapies sont essentiels pour contenir de futures épidémies. « Seule une prise de conscience des virus connus et émergents permettra d’éviter que des infections locales ne se transforment en crises mondiales. » (Hedvig Nyarsik)
Cet article a été publié pour la première fois sur ntv.de
