Publié le 2025-10-10 03:15:00. L’opérateur de télécommunications Telefónica poursuit sa stratégie de désinvestissement en Amérique latine, mais se heurte à des difficultés inattendues au Venezuela, où la situation politique et économique complique toute transaction.
- Telefónica a finalisé la vente de sa filiale uruguayenne pour 377 millions d’euros.
- Des entreprises comme América Móvil et Entel (Chili) pourraient être intéressées par les actifs de Telefónica au Venezuela.
- La filiale vénézuélienne, historiquement performante, est aujourd’hui difficile à vendre en raison de l’instabilité du pays et d’une enquête pour corruption aux États-Unis.
Telefónica accélère son retrait d’Amérique latine, après des ventes au Pérou, en Argentine et en Colombie, pour se concentrer sur le marché européen. La cession de sa filiale uruguayenne, conclue cette semaine pour 377 millions d’euros, s’inscrit dans cette logique. Parallèlement, l’opérateur espagnol observe avec intérêt les mouvements d’América Móvil, la société contrôlée par le magnat mexicain Carlos Slim, et d’Entel, l’opérateur chilien, qui pourraient se positionner pour acquérir des actifs de Telefónica au Venezuela.
Cependant, le Venezuela représente un véritable casse-tête pour Telefónica. Contrairement aux autres pays où le désinvestissement s’est déroulé sans heurts, la vente de la filiale vénézuélienne est bloquée depuis des mois, faute de repreneurs. La situation politique, marquée par les tensions entre l’administration américaine et le gouvernement de Nicolás Maduro, et le risque d’une escalade militaire, dissuade les investisseurs potentiels. De plus, les entreprises présentes sur place craignent les conséquences d’une éventuelle intervention et les difficultés à rapatrier leurs capitaux.
Les déclarations de la direction de Telefónica sont parfois contradictoires. Si Marc Murtra, le président de l’opérateur, insiste sur la nécessité d’accélérer le désinvestissement en Amérique latine, José Luis Rodríguez Zarco, le président de Telefónica Venezuela, a récemment minimisé la possibilité d’une vente.
« Personne ne m’a parlé de la possibilité de vendre l’opérateur au Venezuela. Je le dis honnêtement. Sinon, je serais le premier surpris si cela se produisait. »
José Luis Rodríguez Zarco, président de Telefónica Venezuela
Malgré les difficultés actuelles, le Venezuela reste un marché important pour Telefónica. Un ancien cadre de l’entreprise se souvient que, avec la Colombie, c’était l’une des filiales les plus rentables du groupe. « Cela a parfois été une véritable machine à cash », confie-t-il. Cependant, la dégradation de la situation économique, la dépréciation du bolivar et les problèmes de rapatriement des capitaux ont considérablement réduit la valeur de l’entreprise. « Il s’agit d’une entreprise captive, qui vaudrait bien plus si la situation politique s’améliorait. Pour l’instant, il n’est pas étonnant que sa valeur soit proche de zéro », explique-t-il.
Les chiffres, bien que datant, témoignent du potentiel passé de la filiale vénézuélienne. En 2009, Telefónica Venezuela réalisait un chiffre d’affaires de 3,7 milliards d’euros. En 2024, malgré la crise, elle a dégagé un bénéfice de 212 millions d’euros, se classant parmi les cinq filiales les plus performantes du groupe. L’année précédente, le bénéfice s’élevait à 101 millions d’euros.
Cependant, Telefónica est également confrontée à des problèmes juridiques. Fin 2024, le ministère de la Justice américain a révélé que Telefónica Venezolana avait conclu un accord pour payer une amende de 85,26 millions de dollars et mettre fin à une enquête sur un système de corruption visant à obtenir un accès privilégié aux dollars américains lors d’une vente aux enchères de devises en 2014. « Telefónica Venezolana a choisi de soutenir un régime corrompu pour éviter les difficultés liées à la conduite d’affaires légales au Venezuela », a déclaré un procureur américain.
Malgré les obstacles, Telefónica continue d’investir au Venezuela. En février dernier, l’entreprise a annoncé un investissement de 500 millions de dollars (482 millions d’euros) sur deux ans pour étendre sa couverture 4G et déployer la 5G, après avoir obtenu les licences nécessaires. Un pari qui peut sembler contradictoire avec un projet de sortie du pays, mais qui pourrait être justifié par les exigences des autorités vénézuéliennes.
Les décisions de Telefónica sont également influencées par sa structure actionnariale. Selon la Commission nationale du marché des valeurs mobilières (CNMV), les principaux actionnaires de l’opérateur sont la Sociedad Estado de Participaciones Industriales (SEPI) (10%), BBVA (5%) et Fundación La Caixa (5%). Carlos Ocaña, un administrateur nommé par le gouvernement, occupe le poste de vice-président. Il a précédemment été chef de cabinet adjoint du Bureau économique du président José Luis Rodríguez Zapatero. Marc Murtra, le président de Telefónica, a également occupé des fonctions politiques, notamment celle de chef de cabinet au ministère de l’Industrie sous Joan Clos, ancien maire de Barcelone.
La réussite des désinvestissements en Amérique latine est cruciale pour Telefónica, qui doit renforcer ses finances pour faire face aux défis posés par son nouveau plan stratégique, qui sera présenté le 4 novembre. Selon des sources proches de l’entreprise, toutes les options sont envisagées, mais l’objectif principal est de passer d’une phase de consolidation à une phase de croissance. Cela pourrait impliquer la vente d’actifs, comme une participation minoritaire au Brésil, une augmentation de capital ou une réduction du dividende.
Enfin, Telefónica a récemment renouvelé son contrat avec Huawei pour son réseau 5G, lui confiant l’administration du cœur du réseau jusqu’en 2030. Cette décision, qui pourrait susciter des inquiétudes en Europe, où Huawei est considéré comme un fournisseur à risque, est justifiée par Telefónica par le respect des recommandations des agences et des régulateurs, et par le fait que les données sont gérées par l’entreprise elle-même.
