Publié le 7 décembre 2023. L’acquisition de Warner Bros Discovery par Netflix, finalisée pour 72 milliards de dollars, suscite des inquiétudes dans le monde du cinéma, notamment en France, où l’on craint une réduction des sorties en salles et une nouvelle pression sur les distributeurs.
- La France exprime ses réserves quant à la domination de Netflix sur le secteur audiovisuel.
- Les exploitants de salles craignent une diminution du nombre de films destinés à la diffusion en cinéma.
- L’acquisition pourrait stimuler la production cinématographique indépendante dans la région.
L’annonce de l’acquisition de Warner Bros Discovery par Netflix a fait l’objet de discussions lors du Festival du cinéma de la mer Rouge, à Djeddah, en Arabie Saoudite. Initialement, le royaume saoudien était pressenti pour participer à une offre conjointe avec Paramount Skydance, mais c’est finalement Netflix qui a remporté l’enchère avec une proposition de 72 milliards de dollars (environ 66,7 milliards d’euros).
Gaëtan Bruel, président du Centre National du Cinéma et de l’Image Animée (CNC), n’a pas caché son scepticisme face à cette opération. La France entretient en effet une relation complexe avec la plateforme de streaming, soumise à une fenêtre médiatique de 15 mois en échange d’investissements dans la production locale. Cette contrainte implique également une exclusion de la compétition officielle du Festival de Cannes, qui privilégie les films bénéficiant d’une sortie en salles garantie.
« Je ferai mon commentaire du point de vue théâtral car comme vous le savez, des milliers d’exploitants aux États-Unis, en France et dans le monde entier expriment leur profonde inquiétude quant aux conséquences potentielles de cette acquisition. »
Gaëtan Bruel, président du CNC
M. Bruel craint que cette acquisition ne reproduise le scénario observé lors du rachat de Fox par Disney, avec une réduction du nombre de films destinés aux salles obscures. Il souligne également la relation ambiguë de Netflix avec le cinéma et le déclin de la fréquentation des salles, qui a chuté de 40 % entre 2019 (8 milliards de billets vendus dans le monde) et 2022 (moins de 5 milliards).
Selon lui, Netflix considère la sortie en salles davantage comme un outil marketing, capable de générer du prestige, de l’engagement communautaire et une couverture médiatique favorable pour sa plateforme. Cependant, il estime que Netflix n’a pas suffisamment soutenu le secteur cinématographique en adoptant des fenêtres de diffusion trop courtes.
« Quand tu libères Frankenstein avec seulement une semaine dans les salles de cinéma aux États-Unis, comment pouvez-vous vous attendre à ce que les salles de cinéma survivent en ce moment ? »
Gaëtan Bruel, président du CNC
M. Bruel a rappelé une déclaration de Ted Sarandos, co-PDG de Netflix, qui avait affirmé que « les fenêtres évolueront pour être beaucoup plus conviviales pour le consommateur ». Il a rétorqué que l’industrie cinématographique a également besoin de conditions favorables, notamment une fenêtre de diffusion minimale et une exclusivité préservée.
D’autres participants au festival ont nuancé ces inquiétudes. Julie La’Bassière, directrice de la stratégie chez DDA, a estimé que cette consolidation pourrait stimuler la créativité et l’indépendance des cinéastes. Ali Jaafar, responsable de la division cinéma chez MBC Studios, a souligné qu’il était encore trop tôt pour évaluer l’impact réel de cette acquisition.
« J’espère qu’avec cette perturbation, le cinéma indépendant commencera en quelque sorte à prendre de l’ampleur et que les cinéastes indépendants seront un peu plus décousus… un peu plus créatifs, et fourniront en quelque sorte une voix alternative à ce que nous pensons être ce monstre consolidé de contenu. »
Julie La’Bassière, directrice de la stratégie chez DDA
M. Jaafar a également souligné les opportunités potentielles pour les plateformes de streaming régionales, telles qu’OSN, qui pourraient combler le vide laissé par la disparition de certains contenus HBO. Il a insisté sur l’importance de soutenir la production de contenu local pour répondre aux besoins du public.
