Publié le 01/11/2025 19:45. Des scientifiques britanniques ont réussi pour la première fois à visualiser et à mesurer des agrégats de protéines cérébrales liés à la maladie de Parkinson, ouvrant la voie à un diagnostic plus précoce et à de nouvelles pistes thérapeutiques.
- Une nouvelle méthode de microscopie ultrasensible, ASA-PD, permet de détecter ces agrégats protéiques, appelés oligomères d’alpha-synucléine, dans le cerveau humain.
- Les chercheurs ont constaté que ces oligomères sont plus nombreux et plus importants chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson.
- Cette découverte pourrait permettre d’identifier des marqueurs précoces de la maladie, potentiellement des années avant l’apparition des symptômes.
La maladie de Parkinson, l’une des maladies neurologiques à la croissance la plus rapide au monde, est souvent diagnostiquée tardivement, après l’apparition des premiers signes cliniques. Or, des recherches suggèrent que les dommages cérébraux liés à la maladie débutent bien avant ces manifestations. Pendant longtemps, les scientifiques ont suspecté que de petits amas de protéines, les oligomères d’alpha-synucléine, jouaient un rôle clé dans ce processus initial, mais leur détection s’avérait extrêmement difficile.
Une équipe de chercheurs de l’Université de Cambridge, de l’UCL, de l’Institut Francis Crick et de Polytechnique Montréal a annoncé avoir franchi une étape décisive. Grâce à une technique de microscopie innovante, baptisée ASA-PD (pour Alpha-Synuclein Aggregation – Parkinson’s Disease), ils ont pu visualiser, compter et comparer directement ces oligomères dans des tissus cérébraux post-mortem.
A Parkinson’s Disease primer. https://t.co/u7xCuoDxXJ pic.twitter.com/yNEZLbbslE
– Dr Stanu Subramanian (@drsthanus) 23 octobre 2025
« Les corps de Lewy sont la signature de la maladie de Parkinson, mais ils indiquent surtout où la maladie a progressé, pas où elle en est dans son développement », explique le professeur Steven Lee, qui a participé à ces travaux. « Si nous pouvions observer la maladie de Parkinson à ses premiers stades, nous pourrions mieux comprendre comment elle se développe dans le cerveau et comment la traiter. »
La méthode ASA-PD amplifie le signal faible émis par ces agrégats nanométriques tout en éliminant le bruit de fond, permettant ainsi de révéler pour la première fois des grappes de protéines individuelles. Dans les échantillons provenant de personnes décédées atteintes de la maladie de Parkinson, les oligomères étaient significativement plus grands, plus lumineux et plus nombreux que chez les témoins du même âge. Ces résultats suggèrent un lien direct entre la croissance et l’accumulation de ces protéines et le développement de la maladie.

L’équipe a également identifié un sous-ensemble spécifique d’oligomères présents uniquement dans les tissus des patients atteints de la maladie de Parkinson. Ce marqueur pourrait constituer un signe précoce détectable de la maladie, apparaissant potentiellement des années avant les premiers symptômes.
« Cette méthode ne nous donne pas seulement un instantané, mais un véritable atlas des modifications protéiques dans tout le cerveau », souligne Lucien Weiss, un autre chercheur impliqué dans l’étude. « Des technologies similaires pourraient être appliquées à d’autres maladies neurodégénératives, telles que la maladie d’Alzheimer et la maladie de Huntington. »
Selon Weiss, cet atlas pourrait servir de base à un diagnostic plus précoce, faciliter la sélection des patients pour les essais cliniques et guider les développeurs de médicaments vers les cibles thérapeutiques les plus prometteuses au début de la maladie.
« Nous espérons que le franchissement de cette barrière technologique nous permettra de comprendre pourquoi, où et comment ces amas de protéines se forment, et comment cela modifie l’environnement cérébral et conduit à la maladie », a conclu le Dr Rebecca Andrews, une des chercheuses principales.
Référence scientifique
Visualisation à grande échelle des oligomères d’α-synucléine dans les tissus cérébraux de la maladie de Parkinson, publié dans Nature Biomedical Engineering, octobre 2025.
