Publié le 28 septembre 2025 12:29:00. Le football équatorien est secoué par une vague de violence liée aux paris sportifs et au crime organisé, après l’assassinat d’un joueur de deuxième division et la mort de deux autres joueurs dans des circonstances suspectes.
- Jonathan Gonzalez, milieu de terrain de 31 ans, a été abattu par des hommes à moto après avoir reçu des menaces et constaté des tirs sur sa voiture.
- Des enquêtes suggèrent que des groupes mafieux liés aux paris sportifs demandent aux joueurs de truquer les matchs, avec des conséquences mortelles pour ceux qui refusent.
- Un rapport de l’ONU alerte sur le blanchiment d’argent sale via les paris sportifs et le football.
L’assassinat de Jonathan Gonzalez, survenu il y a une semaine à Esmeraldas, à la frontière colombienne, est le dernier épisode d’une série d’événements troublants qui mettent en lumière l’infiltration croissante du crime organisé dans le football équatorien. Selon des informations rapportées par le club 22 de Julio, « Speedy », comme on le surnommait, « était un garçon sain et il est mort à cause des paris ».
Neuf jours avant sa mort, Gonzalez aurait été contacté par des groupes mafieux impliqués dans les paris sportifs en ligne, qui lui auraient demandé de s’assurer que son équipe perde un match. La rencontre s’est soldée par un match nul (1-1), un résultat qui s’est avéré fatal pour le joueur. Des proches, souhaitant rester anonymes, confirment cette version des faits.
Ce drame s’inscrit dans un contexte plus large de violence croissante dans le football équatorien. Quelques jours auparavant, Maicol Valencia et Leandro Yépez, joueurs du club de troisième division Exapromo Costa, avaient été abattus dans un hôtel, comme l’a rapporté RMC Sport. La police équatorienne a ouvert des enquêtes, mais se contente pour l’instant de ce constat.
Selon des experts, les équipes de deuxième division sont particulièrement vulnérables, en raison des faibles salaires de leurs joueurs. Une fois qu’un joueur cède à la pression, il est difficile d’échapper à l’engrenage. Un ancien footballeur témoigne :
« Les parieurs sont des intermédiaires, ils sont dirigés par des bandes criminelles, et vous disent quel match tu dois perdre »
L’Organisation des Nations unies (ONU) a récemment publié un rapport mettant en garde contre l’ingérence du crime organisé dans le football et d’autres sports, utilisée comme moyen de blanchir de l’argent sale. Fernando Carrion, expert en sécurité, souligne que les paris sportifs « deviennent un mécanisme intéressant pour blanchir de l’argent, car il y a peu de contrôle ».
Une enquête préliminaire de la Ligue équatorienne de football (Ligapro) a révélé qu’au moins cinq matchs de deuxième division ont été truqués cette année. Le club de Chacaritas a été cité dans ce rapport, un dirigeant ayant reconnu avoir reçu une offre de 20 000 dollars pour que son équipe perde un match. En 2024, une vidéo montrant des joueurs de ce même club menacés avec des armes avait déjà circulé sur internet.
Nelson Tapia, ancien gardien international chilien (73 sélections) qui a entraîné en Équateur pendant cinq ans, a dû quitter le pays en raison de « pressions ». Il affirme :
« Je ne me suis jamais vendu ni n’ai truqué de matches »
Il évoque notamment les pressions subies face à l’équipe du Fijalan FC, aujourd’hui rebaptisée Exapromo Costa, qu’il accuse d’être sous l’influence d’Adolfo Macías, alias Fito, chef du gang narco Los Choneros, récemment extradé aux États-Unis. Fijalan est le nom du restaurant d’un frère de Fito, poursuivi pour blanchiment de capitaux.
L’inquiétude est palpable chez les joueurs. Enner Valencia, l’attaquant international équatorien, meilleur buteur de l’équipe nationale avec 47 buts, avait exprimé en 2023 son appréhension à l’idée de retourner à l’Emelec de Guayaquil, son club formateur :
« J’aimerais aller à Emelec (…) mais je n’amènerais pas ma famille en Équateur et je n’irais pas en Équateur moi-même maintenant »
. Un an plus tôt, sa sœur Elsy Valencia avait été séquestrée pendant une semaine avant d’être libérée par la police.
