Publié le 29 novembre 2023. Le Congrès péruvien a échoué à destituer l’ancienne Première ministre Betssy Chávez, accusée d’avoir participé à la tentative de coup d’État de l’ancien président Pedro Castillo en décembre 2022, révélant des lignes de fracture persistantes au sein du Parlement à l’approche des élections de 2026.
- Le vote de destitution n’a pas atteint la majorité qualifiée de 68 voix, avec 63 voix pour, 20 contre et quatre abstentions.
- Plusieurs partis politiques, dont Podemos Perú et Ensemble pour le Pérou, se sont opposés à la destitution, invoquant des considérations politiques et électorales.
- Betssy Chávez continue de bénéficier de l’asile politique accordé par le Mexique et attend un sauf-conduit pour quitter le Pérou.
L’échec de la tentative de destitution de Betssy Chávez met en lumière les alliances complexes et les enjeux politiques qui traversent le Congrès péruvien. Malgré les accusations portées contre elle pour son rôle dans la tentative de coup d’État de décembre 2022, l’ancienne Première ministre a conservé le soutien de plusieurs groupes parlementaires, empêchant ainsi son exclusion de la fonction publique.
Les députés de Podemos Perú, Ensemble pour le Pérou – Voix du peuple – Bloc Magistral, le Caucus Socialiste et le Bloc Démocratique Populaire ont voté contre la destitution. Des absences notables ont également été enregistrées, suggérant une hésitation au sein de certains partis à se prononcer ouvertement contre Chávez et Castillo. Podemos Perú a d’ailleurs annoncé la pré-candidature de l’avocat Raúl Noblecilla, défenseur de Chávez, au poste de vice-président de la République et sénateur.
Ensemble pour le Pérou, dirigé par le député Roberto Sánchez, envisage quant à lui de présenter Pedro Castillo comme candidat au Sénat lors des prochaines élections. Le caucus socialiste, composé d’anciens membres et alliés politiques de Castillo, a également contribué à bloquer la destitution.
Lors du débat parlementaire, les députés Alex Flores et Jaime Quito, issus du caucus socialiste, ont défendu Betssy Chávez en la présentant comme une victime de persécution politique. Leur argumentaire a fait écho aux déclarations de l’avocat Noblecilla, qui a affirmé que la proposition de destitution visait à réduire au silence une figure gênante pour la droite péruvienne.
Les députés Alejandro Aguinaga (Fuerza Popular), Digna Calle (Vamos), Augusto Reyes Cam (Perú Libre), Germán Tacuri (Ensemble pour le Pérou – Voix du peuple – Blocage magistral), José Pazo (Somos Perú), Juan Carlos Mori, Marleny Portero (Action populaire), Héctor Acuña (Honneur et démocratie), Carlos Anderson et Vivian Olivos (non regroupés) n’étaient pas présents lors du vote.
La proposition de destitution avait été présentée par le député Jorge Montoya (Honneur et Démocratie) sur la base d’une plainte constitutionnelle déposée en mars 2023 par la députée Patricia Chirinos (Renovación Popular). Montoya avait accusé Chávez d’avoir violé les articles 38, 39 et 45 de la Constitution, en raison de sa participation active à la tentative de coup d’État.
Renovación Popular et Fuerza Popular ont annoncé leur intention de demander un réexamen du vote, laissant entrevoir la possibilité d’une nouvelle tentative de destitution. Cependant, selon une source d’El Comercio, ces demandes n’ont pas été soumises au vote immédiat en raison de l’incapacité des promoteurs à réunir les 68 voix nécessaires.
Parallèlement, une procédure judiciaire est en cours contre Betssy Chávez, avec des preuves de coordination pour briser l’ordre constitutionnel. Le Ministère Public estime qu’elle a participé activement au message à la Nation dans lequel Castillo annonçait la dissolution du Congrès et la réorganisation du pouvoir judiciaire. Elle a récemment obtenu l’asile politique du gouvernement mexicain et attend un sauf-conduit pour se rendre au Mexique, afin d’éviter une éventuelle peine de 25 ans de prison pour rébellion.
L’octroi de l’asile politique par le Mexique a provoqué une crise diplomatique majeure, conduisant le gouvernement péruvien à rompre ses relations avec l’administration de Claudia Sheinbaum. Le ministre des Affaires étrangères Hugo de Zela a annoncé son intention de se rendre à Washington, aux États-Unis, en décembre pour proposer à l’Organisation des États américains (OEA) une modification des procédures d’octroi de l’asile politique.
La Commission permanente du Congrès devait également débattre ce jeudi 20 novembre d’un rapport final recommandant l’inculpation et la destitution de Castillo et Chávez pour une durée de 10 ans, pour violation de 18 articles de la Constitution. Cependant, l’audience concernant Castillo a été reportée à la semaine prochaine, à sa demande, en raison de l’absence d’avocat.
Cette accusation constitutionnelle fait suite aux plaintes déposées par les députés Alejandro Muñante (Renovación Popular) et Alejandro Cavero (Avanza País).
