Publié le 17 janvier 2024 23:29:00. Une startup malaguène, Bioherent, a développé un système de diagnostic in vitro révolutionnaire capable de détecter les allergies aux antibiotiques avec une fiabilité nettement supérieure aux méthodes actuelles, ouvrant la voie à une utilisation plus précise des traitements et à la lutte contre l’antibiorésistance.
- BioExplorer, le système de Bioherent, affiche un taux de diagnostic de 88 % pour les allergies à l’amoxicilline, contre 53 % pour les tests existants.
- Les faux diagnostics d’allergies aux antibiotiques sont un problème majeur, touchant jusqu’à 10 % de la population et contribuant à la résistance bactérienne.
- Bioherent vise un lancement commercial de son produit en 2028, après des essais cliniques prévus en 2027.
Les allergies aux antibiotiques représentent un défi clinique de taille pour les hôpitaux. Lorsqu’un patient souffrant d’une infection grave ne peut pas recevoir de pénicilline ou d’autres bêta-lactamines – une famille d’antibiotiques largement utilisée – les options thérapeutiques se réduisent considérablement. Ce problème est aggravé par un nombre important de diagnostics erronés. Selon les estimations, entre 1 et 3 % de la population est réellement allergique aux antibiotiques, tandis que jusqu’à 10 % sont injustement étiquetés comme tels. Cette confusion peut résulter de la confusion entre allergies et simples effets indésirables, faute d’un outil de diagnostic précis.
Ces erreurs de diagnostic ont des conséquences directes sur la santé publique, notamment en alimentant la crise de l’antibiorésistance. En 2023, les infections résistantes aux antibiotiques ont été liées à 24 000 décès en Espagne et à plus de 4,5 millions dans le monde. Les projections sont alarmantes : le cancer pourrait devenir la première cause de décès d’ici 2050 si des mesures efficaces ne sont pas prises. Une utilisation judicieuse des antibiotiques, basée sur des diagnostics fiables, est donc essentielle pour freiner cette tendance.
C’est dans ce contexte que Bioherent propose une solution innovante : BioExplorer. Cet appareil, conçu pour être installé dans les hôpitaux et les laboratoires d’analyse, est à la fois rapide, automatisé et relativement abordable (le prototype coûte actuellement 25 000 euros, avec un potentiel d’optimisation). Il fonctionne avec des cartouches jetables intégrant une puce biocapteur photonique miniaturisée et un système microfluidique. Un simple échantillon de sang du patient suffit pour obtenir un résultat en quelques minutes.
Les premiers tests précliniques, menés sur 30 patients concernant l’amoxicilline, sont très encourageants.
« La capacité de diagnostic de nos biocapteurs est de 88 %, contre 53 % des solutions existantes »,
Yara Aceta, PDG de Bioherent
L’entreprise poursuit son développement avec un plan précis. D’ici 2026, elle prévoit d’étendre l’étude préclinique à 150 patients et d’améliorer l’ingénierie de l’appareil. L’objectif est d’obtenir la certification du dispositif d’ici la fin de l’année et de lancer les essais cliniques en 2027, en vue d’obtenir le marquage CE IVD (applicable aux dispositifs de diagnostic in vitro). Si les résultats sont positifs, Bioherent pourra commercialiser sa technologie dès 2028.
« Nous commencerons par des cartouches axées sur la détection des allergies à l’amoxicilline, à la pénicilline G et à la pénicilline V »,
Yara Aceta, PDG de Bioherent
Le modèle économique de Bioherent repose sur la vente récurrente de consommables (les cartouches) plutôt que sur la plateforme de diagnostic elle-même. L’entreprise espère vendre 50 unités et environ 3 000 cartouches par unité et par an au cours des trois premières années. La commercialisation débutera en Espagne et au Portugal, avant une expansion en Europe via des distributeurs.
Cependant, la détection des allergies aux antibiotiques n’est qu’une des applications potentielles de la technologie BioExplorer. L’entreprise travaille déjà sur des cartouches pour le suivi des traitements d’immunothérapie et envisage d’autres applications, telles que la détection d’allergies à d’autres médicaments (anti-inflammatoires, myorelaxants) ou de biomarqueurs.
« La technologie que nous avons développée est très polyvalente »,
Yara Aceta, PDG de Bioherent
Bioherent propose également de transférer sa technologie à des tiers souhaitant développer des applications pour le diagnostic médical (cardiologie, oncologie) ou la biotechnologie. Son appareil peut également être utilisé pour étudier des réactions moléculaires, facilitant ainsi le développement de nouveaux médicaments.
Fondée en juillet 2021, Bioherent est le fruit de la collaboration entre des chercheurs de l’Université de Malaga : Iñigo Molina, professeur d’ingénierie des communications ; Ezequiel Pérez-Inestrosa, professeur de chimie organique ; et María José Torres, chef du service d’allergologie de l’hôpital régional de Málaga et professeur de médecine. Cette combinaison unique d’expertises – ingénierie, chimie et médecine – est un atout majeur pour l’entreprise.
L’entreprise maintient une collaboration étroite avec l’Université de Malaga, notamment avec le Laboratoire de Recherche Photonique et RF de l’École Technique Supérieure d’Ingénierie des Télécommunications de Malaga.
« Du groupe de recherche, nous continuons à collaborer à travers des bourses de doctorat. Nous menons des recherches appliquées axées sur le développement de la prochaine génération de technologie Bioherent, qui sera moins chère et plus précise »,
Iñigo Molina, co-fondateur de Bioherent
Bioherent est un exemple de « deep tech », ces entreprises innovantes basées sur des découvertes scientifiques ou une ingénierie avancée pour résoudre des problèmes complexes. Ce type de startup nécessite des investissements importants et un long processus de développement. L’investissement de 2,9 millions d’euros reçu du fonds Bullnet Capital, spécialisé dans la « deep tech », et du CDTI a été crucial pour Bioherent.
