Publié le 31 octobre 2025 10:56:00. Face à une crise mondiale des troubles cérébraux touchant plus de trois milliards de personnes, l’Europe s’engage dans une approche coordonnée, à travers des plans nationaux et une action de l’Union européenne, pour améliorer la prévention, le diagnostic et les soins.
- Les troubles cérébraux, incluant les maladies neurologiques et mentales, représentent le premier défi de santé mondial et coûtent entre 800 et 1 400 milliards d’euros par an à l’Europe seule.
- L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a défini un plan d’action global pour la santé mentale et un plan d’action mondial intersectoriel sur l’épilepsie et autres troubles neurologiques (IGAP) avec des objectifs à atteindre d’ici 2031.
- Plusieurs pays européens, dont la Suisse, la Finlande, l’Italie, la Norvège et l’Espagne, ont lancé des plans nationaux pour le cerveau afin d’unifier les approches de la santé neurologique et mentale.
Les troubles cérébraux constituent un fardeau croissant pour la santé publique mondiale. Affectant plus de trois milliards de personnes, ils sont la principale cause de mauvaise santé et d’invalidité à l’échelle internationale. En Europe, les maladies cérébrales imposent un coût économique et social considérable, estimé entre 800 et 1 400 milliards d’euros chaque année. Ce fardeau ne cesse d’augmenter, exacerbé par le vieillissement de la population, le stress, les conséquences de la pandémie de COVID-19, le changement climatique, les troubles du sommeil et les addictions.
La situation est particulièrement préoccupante dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, où les ressources nécessaires à la prévention, au diagnostic, au traitement et aux soins sont souvent limitées. Ce paradoxe souligne l’urgence d’une action mondiale coordonnée pour réduire les inégalités d’accès aux soins de santé cérébrale.
Le rôle central de l’OMS
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) joue un rôle de premier plan dans la lutte contre cette crise. Son Plan d’action global pour la santé mentale, adopté en 2012, et son Plan d’action mondial intersectoriel sur l’épilepsie et autres troubles neurologiques (IGAP), approuvé en mai 2022, fournissent un cadre stratégique pour améliorer la santé cérébrale à l’échelle mondiale. L’IGAP définit dix objectifs précis que les pays doivent atteindre d’ici 2031, avec le soutien de partenaires nationaux et internationaux.
Les États membres se sont engagés à améliorer l’accès aux traitements et aux soins, à améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de troubles neurologiques et de leurs familles, et à promouvoir la santé cérébrale tout au long de la vie, notamment par la mise en œuvre de stratégies nationales ambitieuses. Le temps presse : avec seulement six ans restants pour atteindre ces objectifs, une accélération des efforts est impérative.
Les plans nationaux pour le cerveau : une approche intégrée
Un plan national pour le cerveau représente une stratégie globale visant à unifier les approches des problèmes de santé neurologique et mentale. Traditionnellement, ces deux domaines ont été traités séparément, entraînant une duplication des efforts et une utilisation inefficace des ressources. L’approche holistique des plans cérébraux repose sur la reconnaissance des liens étroits entre la santé mentale et les troubles neurologiques, qui partagent souvent des mécanismes biologiques communs et nécessitent des méthodologies de recherche et des réponses cliniques coordonnées.
Plusieurs pays européens ont déjà pris l’initiative de développer des plans complets pour le cerveau. La Suisse a mis en place des cadres intégrés combinant excellence en recherche, innovation clinique et leadership politique. La Finlande, l’Italie et la Norvège ont également élaboré leurs propres plans, adaptés à leurs contextes nationaux respectifs, tout en s’alignant sur les meilleures pratiques internationales et les objectifs de l’OMS. Le lancement récent du plan national pour le cerveau en Espagne, le 28 mai 2025, constitue une étape importante dans la politique européenne en matière de santé cérébrale, soulignée par l’engagement personnel de la reine. Plusieurs autres pays de l’Union européenne travaillent actuellement à l’élaboration ou à la mise à jour de leurs propres plans.
Plaidoyer et collaboration internationale
Au-delà des plans nationaux, un plaidoyer plus large est nécessaire pour maintenir la santé cérébrale au cœur de l’agenda mondial de la santé. Des initiatives telles que OneNeurology, coordonnée par la Fédération européenne des associations neurologiques (EFNA), amplifient ce message en rassemblant des patients, des chercheurs, des professionnels de la santé et des décideurs politiques. Le Conseil européen du cerveau (EBC) joue également un rôle essentiel en soutenant le développement de stratégies nationales et en promouvant le dialogue politique aux niveaux européen et mondial. Une déclaration commune publiée début 2025 a souligné l’importance de favoriser la recherche fondamentale et translationnelle, de remédier aux pénuries de personnel et de promouvoir des modèles de soins intégrés. Ces efforts ont été renforcés lors de la 79e Assemblée générale des Nations Unies, à travers la Déclaration de Yaoundé sur l’économie du cerveau, la santé cérébrale et le capital cérébral, et lors des Journées du cerveau organisées lors du Sommet scientifique.
L’avenir de la santé cérébrale en Europe dépend d’une action unifiée et coordonnée. L’Union européenne a un rôle crucial à jouer pour faciliter le partage des connaissances, coordonner les initiatives de recherche et garantir que les États membres apprennent les uns des autres. Cette coordination est particulièrement importante pour soutenir les petits États membres qui pourraient manquer de ressources pour élaborer des plans complets de manière indépendante. Seule une telle approche permettra à l’Europe d’atteindre les objectifs ambitieux de l’OMS fixés pour 2031 et de faire face à la crise croissante des troubles cérébraux.
