Publié le 7 décembre 2023 20h00. La célèbre coopérative végétarienne Quay Co-Op de Cork, en Irlande, change de mains après des décennies d’existence, assurant la pérennité d’un lieu emblématique pour les militants et les amateurs de cuisine végétale.
- La Quay Co-Op, fondée en 1984, est transmise à Virginia O’Gara, chef végétalienne, et à son mari Donal, après le départ d’Arthur Leahy.
- L’établissement a joué un rôle important dans la sensibilisation aux enjeux du végétarisme et de l’écologie, notamment à une époque où ces préoccupations étaient moins répandues.
- Ce changement de direction s’inscrit dans un contexte d’essor mondial de la cuisine végétalienne, désormais reconnue par des distinctions prestigieuses comme les étoiles Michelin.
Pour beaucoup, la Quay Co-Op est bien plus qu’un simple magasin. C’est un lieu de mémoire, un espace de revendication et un point de rencontre pour les personnes engagées. En tant que natif de Cork ayant vécu loin de sa ville pendant de nombreuses années, l’auteur de ces lignes confie que l’une de ses premières actions à chaque retour en Irlande était de se rendre dans cet espace aux hauts plafonds surplombant la rivière, un véritable havre de paix.
L’inquiétude a été de courte durée lorsqu’il a appris la nouvelle de la fermeture imminente. L’auteur craignait de voir l’établissement transformé en appartements de luxe, en restaurant de viande ou en parking. Mais la réalité est bien plus réjouissante : la coopérative est transmise à Virginia O’Gara, une chef végétalienne passionnée, et à son mari Donal. Un soulagement pour tous ceux qui ont fréquenté ce lieu unique.
L’histoire de la Quay Co-Op est intimement liée à l’histoire de l’auteur. Il se souvient de sa première visite en 1984, l’année de la visite de Ronald Reagan en Irlande. À cette époque, la menace nucléaire était omniprésente et la Campagne pour le désarmement nucléaire organisait des manifestations. L’ambiance était à la fois angoissante et stimulante, marquée par des références à des œuvres comme Où souffle le vent de Raymond Briggs, qui dépeignait de manière poignante les conséquences d’une apocalypse nucléaire. La catastrophe climatique n’était alors qu’une préoccupation lointaine.
La Quay Co-Op était un lieu de découverte et d’éveil. L’auteur se souvient avoir été frappé par la présence de tracts militants sur les droits des homosexuels et des femmes, des sujets qui lui étaient alors inconnus. Il n’a finalement pas participé à la manifestation à Ballyporeen, mais il est reconnaissant envers Ronald Reagan, indirectement, de l’avoir conduit à découvrir cet espace de liberté et de contestation.
Un souvenir marquant de cette époque est la vision d’un homme en blouse blanche, portant une demi-carcasse de vache sur son dos, lors d’un marché local. Cette image choquante a contribué à faire le lien entre la consommation de viande et la souffrance animale. La Quay Co-Op est alors devenue un lieu incontournable pour l’auteur, où il pouvait trouver des alternatives végétariennes, même si elles étaient encore rudimentaires à l’époque : pâtisseries lourdes, riz brun et protéines végétales texturées (PVT), une substance sans saveur qu’il fallait réhydrater pour la rendre comestible.
Le végétarisme était alors un choix difficile, et le véganisme était presque impensable. L’auteur se souvient de son expérience à Barcelone dans les années 1990, où il n’existait que trois petits restaurants végétariens pour une ville de 3 millions d’habitants. L’un d’eux était particulièrement austère, sans sel, sans épices, sans carte des vins, et visait à faire souffrir ses clients. Il manquait de joie, de plaisir, de gourmandise.
Aujourd’hui, la situation a radicalement changé. Les restaurants végétaliens étoilés Michelin se multiplient, comme Plates à Londres, et des chefs renommés comme Alexis Gauthier à Soho proposent une haute cuisine végétalienne. Le véganisme a parcouru un long chemin depuis le riz brun et les PVT. C’est un véritable triomphe pour la Quay Co-Op, qui a contribué à ouvrir la voie à cette révolution culinaire.
L’auteur se réjouit de ce changement de direction et salue le travail de pionnier d’Arthur Leahy. Il attend avec impatience sa prochaine visite à la Quay Co-Op, convaincu que cet établissement continuera à être un lieu de référence pour les végétariens, les véganes et tous ceux qui aspirent à un monde plus juste et plus durable.
