La série médicale « Best Medicine », diffusée en avant-première ce dimanche sur Fox avant son lancement officiel les mardis, revisite le concept de « Doc Martin », un succès télévisuel britannique déjà adapté à plusieurs reprises en Europe. Cette nouvelle version américaine se démarque-t-elle de son modèle original, très populaire auprès du public français ?
L’adaptation de séries étrangères est une pratique courante. « Une famille formidable » s’inspirait de la série britannique « Till Death Us Do Part », tout comme « Sanford and Son » reprenait les codes de « Steptoe and Son ». Plus récemment, la sitcom « Ghosts » de CBS est une déclinaison de la série britannique « U.K. Ghosts », disponible sur Netflix. Les mystères britanniques « Professor T » et « Patience », issus de productions belges et franco-belges, ont également trouvé leur public sur PBS. Et comment oublier « The Office », dont la version américaine a largement dépassé la durée de vie et le nombre d’épisodes de sa version originale ? Si toutes les adaptations ne rencontrent pas le succès escompté – citons « Life on Mars », « Viva Laughlin » (adaptation de « Blackpool » qui n’a duré qu’un seul épisode malgré la présence de Hugh Jackman), ou encore les tentatives infructueuses d’adaptation de « Fawlty Towers » avec « Payne » et « Amanda’s » – le principe reste pertinent.
Dans « Best Medicine », le rôle principal est tenu par Josh Charles, qui incarne Martin Best, un chirurgien londonien brillant frappé de phobie du sang. Il choisit alors de devenir médecin généraliste dans le village côtier de Port Wenn, dans le Maine, où il passait ses étés enfant. Son personnage est décrit comme taciturne, rigide et peu sociable, mais il parvient à sauver les habitants de Port Wenn de situations médicales critiques, voire de leur propre imprudence. L’intrigue est également marquée par une relation amoureuse complexe et intermittente avec Louisa Gavin (Abigail Spencer), une institutrice.
Les noms des personnages ont été en grande partie conservés, avec quelques modifications. Martin Ellingham est devenu Martin Best, tante Joan est désormais tante Sarah (Annie Potts), une pêcheuse à la place d’une agricultrice. Sally Tishell, la pharmacienne, est renommée Sally Mylow (Clea Lewis), et Elaine Denham, la réceptionniste distraite, devient Elaine Denton (Cree). Seuls Bert (John DiMaggio) et Al Large (Carter Shimp), le père et le fils bricoleurs, ainsi que Mark Mylow (Josh Segarra), l’officier de police, conservent leur nom complet. Portwenn est devenu Port Wenn, et les homards sont de nouveau au menu.
Comme dans la série originale, le personnage de Martin est constamment harcelé par des chiens. Mark Mylow est quant à lui présenté comme l’ex-fiancé récemment abandonné de Louisa. Liz Tuccillo, la créatrice de cette adaptation, a introduit un couple homosexuel, George (Jason Veasey) et Greg (Stephen Spinella), qui tiennent un restaurant et une auberge, ainsi que Glendon Ross (Patch Darragh), un personnage arrogant qui a intimidé Martin dans sa jeunesse. Si Josh Charles et Abigail Spencer sont au centre de l’intrigue, les autres acteurs ont un rôle plus limité, à l’exception de Josh Segarra, qui apporte une touche d’humour à son personnage, et de Cree, qui offre une interprétation charmante.
Le premier épisode reprend fidèlement l’intrigue du pilote de « Doc Martin », de la rencontre antagoniste entre Martin et Louisa – où il l’offense en se penchant pour examiner son œil sans prévenir – au mystère médical principal de l’épisode (la gynécomastie). Les scénaristes ont toutefois cherché à donner à « Best Medicine » une identité propre et à développer des intrigues originales.
Dans l’ensemble, « Best Medicine » se présente comme une série plus légère, plus douce et plus accessible que « Doc Martin ». Les angles vifs ont été adoucis, et le ton rappelle davantage « Northern Exposure » que la série dont elle est issue. Port Wenn, représenté par Cornwall, dans l’État de New York, apparaît également comme un lieu plus aisé, avec un cabinet médical et des logements plus luxueux que dans la version originale. Josh Charles adopte une attitude rigide et un visage impassible, mais son interprétation est moins abrasive et moins énigmatique que celle de Martin Clunes. Là où le Dr Ellingham restait un personnage indéchiffrable, Liz Tuccillo a donné au Dr Best un traumatisme d’enfance pour expliquer sa phobie du sang et le rendre plus sympathique.
Il est indéniable que la connaissance approfondie de « Doc Martin » influence le jugement porté sur « Best Medicine ». Cependant, considérée comme une œuvre indépendante, cette nouvelle série apparaît comme une adaptation classique, célébrant les valeurs et les traditions de la vie en communauté, et promettant de transformer le caractère excentrique de son nouveau résident, à mesure que les habitants de Port Wenn l’acceptent ou le tolèrent. Les quatre premiers épisodes mettent en scène une célébration des haricots cuits, un championnat de baseball qui mobilise toute la ville, et une journée annuelle où les femmes de Port Wenn se parent de leurs plus beaux atours pour aller à la rencontre d’un homme musclé et solitaire, tout droit sorti d’un roman d’amour, qui les initie à la survie en pleine nature.
En définitive, « Best Medicine » s’inscrit pleinement dans le paysage télévisuel actuel, plutôt que de créer une réalité propre. Certains téléspectateurs apprécieront sans doute cette approche.
