Publié le 14 octobre 2025 à 00h38. Une vaste étude britannique révèle une prévalence insoupçonnée de troubles du comportement alimentaire chez les adolescents, remettant en question les idées reçues sur les populations à risque et soulignant un besoin urgent d’amélioration de la prise en charge.
- Près de 18 % des adolescents britanniques présentent des symptômes évoquant des troubles du comportement alimentaire.
- Les jeunes femmes et les personnes d’identité de genre diverse sont particulièrement touchées.
- L’étude met en évidence des disparités socio-économiques et ethniques dans l’expression de ces troubles.
Les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont des affections psychiatriques graves, associées à une morbidité physique et psychologique importante, et à un taux de mortalité élevé. Au Royaume-Uni, on observe une augmentation de leur incidence depuis deux décennies, particulièrement depuis la pandémie de COVID-19 et chez les jeunes adolescents, entre 11 et 16 ans, période où les TCA se manifestent le plus souvent.
Une enquête menée en 2022 au Royaume-Uni estimait que 13 % des jeunes de 11 à 16 ans présentaient des signes probables de TCA. Cependant, ces chiffres étaient basés sur un outil d’évaluation sensible aux faux positifs et peu fiable pour établir un diagnostic clinique précis. De plus, la plupart des études existantes se concentraient sur des patients déjà pris en charge, ce qui limitait la possibilité de généraliser les résultats à l’ensemble de la population.
Pour pallier ces lacunes, des chercheurs ont mené une étude transversale approfondie, en utilisant les données de la cohorte « Born in Bradford Age of Wonder », qui comprend un grand nombre d’élèves âgés de 12 à 15 ans, dont une proportion significative d’origine sud-asiatique. Les données ont été collectées entre septembre 2023 et juillet 2024 à l’aide de questionnaires standardisés, notamment le Eating Disorder Examination Questionnaire Short (EDE-QS), qui permet d’évaluer la fréquence des comportements liés aux TCA, tels que les crises de boulimie, les restrictions alimentaires et les préoccupations concernant le poids et la silhouette.
Un score EDE-QS supérieur ou égal à 15 a été utilisé pour définir la probabilité de TCA, seuil validé auprès d’adultes. Des analyses complémentaires ont été réalisées avec un seuil légèrement inférieur (≥ 13) afin de vérifier la robustesse des résultats. Les chercheurs ont également pris en compte des facteurs sociodémographiques tels que le sexe, l’âge, l’origine ethnique, le niveau de défavorisation socio-économique et l’identité de genre.
L’étude a révélé que 17 % des participants présentaient un score EDE-QS supérieur ou égal à 15. La prévalence probable de TCA était plus élevée chez les filles (23,5 %) que chez les garçons (10,7 %) et chez les personnes d’identité de genre diverse (37,9 %) que chez les personnes cisgenres (17,1 %). Les filles et les personnes d’identité de genre diverse obtenaient également des scores EDE-QS plus élevés que les garçons et les personnes cisgenres, respectivement.
Les participants d’origine asiatique affichaient des scores EDE-QS inférieurs à ceux des participants blancs. Cependant, chez les filles, la prévalence probable de TCA était la plus élevée chez les participantes blanches, tandis que chez les garçons, elle était la plus élevée chez ceux d’autres origines ethniques. La prévalence probable de TCA était plus faible dans les zones les moins défavorisées.
Les symptômes les plus fréquemment rapportés étaient l’insatisfaction par rapport à la forme ou au poids et le désir de perdre du poids. L’activité physique excessive était le symptôme le plus souvent signalé chez les garçons, tandis que l’insatisfaction par rapport à la forme ou au poids était le plus courant chez les filles. L’utilisation de laxatifs ou les vomissements provoqués étaient les symptômes les moins fréquents, tant chez les garçons que chez les filles. Les participants d’identité de genre diverse déclaraient une plus grande fréquence de tous les symptômes que leurs pairs cisgenres.
Les analyses statistiques ont confirmé que le sexe, l’identité de genre, l’origine ethnique et le niveau de défavorisation socio-économique étaient associés à des scores EDE-QS différents. Ces résultats remettent en question l’idée reçue selon laquelle les TCA ne touchent principalement que les femmes blanches issues de milieux aisés, et soulignent la nécessité de prendre en compte les inégalités sociales et culturelles dans la prévention et la prise en charge de ces troubles.
En conclusion, cette étude met en évidence une prévalence élevée de symptômes de TCA chez les adolescents britanniques, et souligne l’importance de développer des stratégies de prévention et de traitement adaptées aux différents groupes de population, en tenant compte de l’interaction entre l’origine ethnique, le sexe et le niveau socio-économique. Les auteurs précisent que la validité psychométrique de l’EDE-QS n’a pas été entièrement établie chez les jeunes adolescents issus de milieux ethniques divers, et que la composition de la cohorte peut limiter la généralisation des résultats.

*Avis important : Prépublications avec The Lancet / SSRN publie des rapports scientifiques préliminaires qui ne sont pas évalués par des pairs et, par conséquent, ne doivent pas être considérés comme concluants, guider la pratique clinique/le comportement lié à la santé, ni être traités comme des informations établies.
