Publié le 20 décembre 2025 à 22h00. Les fêtes de fin d’année, traditionnellement synonymes de convivialité et d’abondance, sont souvent le théâtre d’une lutte intérieure entre nos instincts biologiques ancestraux et les injonctions de la culture minceur contemporaine. Une spécialiste explore les raisons pour lesquelles il est si difficile de résister aux plaisirs de la table en hiver.
- Nos corps sont biologiquement programmés pour accumuler des réserves énergétiques en hiver, un héritage de périodes où la nourriture était rare.
- La diminution de l’exposition à la lumière en hiver perturbe nos hormones et peut entraîner une envie accrue d’aliments réconfortants.
- La culture du bien-être moderne, avec ses restrictions et ses « jours de triche », peut créer une relation malsaine avec la nourriture.
Pourquoi, malgré tous nos efforts pour adopter une alimentation saine tout au long de l’année, succombons-nous si facilement aux tentations gourmandes dès l’arrivée du froid ? La question taraude de nombreuses personnes, qui se sentent coupables après les repas de fête et se promettent une « détox » en janvier. Pourtant, derrière cette apparente faiblesse se cachent des mécanismes biologiques et culturels bien plus complexes.
Pour beaucoup, le souvenir d’une tarte trop sucrée, achetée en magasin, dégustée sans faim, pieds nus dans la cuisine, en est la preuve. Un acte presque inconscient, motivé par autre chose que la simple faim : la mémoire, l’instinct, une forme de permission sociale.
L’histoire nous enseigne que les célébrations hivernales ont toujours été associées à la nourriture et à la générosité. Les Romains célébraient les Saturnales, une période de festivités où l’abondance était de mise. Les sociétés germaniques honoraient le solstice d’hiver avec des banquets et des offrandes. Dans les Caraïbes, la tradition du Parang trinidadien, datant du XVIIIe siècle, est ponctuée de festins et de spécialités locales comme le lait de poule au citron vert et les pastelles à la viande. Le festival de Yule, célébré par les anciens peuples germaniques, marquait le retour progressif de la lumière après le solstice.
Pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, l’hiver n’était pas seulement une saison froide, mais aussi une période de danger et de pénurie. La nourriture était difficile à trouver et il fallait économiser son énergie. Lorsque les ressources étaient disponibles, il était vital de les consommer pour survivre. Nous avons évolué dans un environnement de « festin ou famine », où l’accumulation de réserves était essentielle. Des études scientifiques confirment cette adaptation biologique.
Malgré l’abondance alimentaire de notre époque, notre biochimie n’a pas eu le temps de s’adapter. La diminution de l’exposition à la lumière pendant les mois d’hiver perturbe notre horloge biologique, modifie nos hormones, notre humeur et notre sommeil. La sérotonine, un neurotransmetteur associé au bien-être, diminue, ce qui peut entraîner une baisse de moral et une envie accrue d’aliments réconfortants. Ce phénomène est connu sous le nom de trouble affectif saisonnier (TAS), ou dépression saisonnière.
Une étude de 2023 a révélé que notre apport alimentaire et énergétique augmente au printemps et en hiver, mais diminue en été, en raison de facteurs environnementaux et sociaux.
La température ambiante joue également un rôle. Les températures froides augmentent les niveaux de ghréline (l’hormone de la faim) et diminuent la leptine (l’hormone de la satiété), ce qui nous donne plus faim. Au contraire, la chaleur augmente la production de leptine et réduit notre appétit.
Ces réponses biologiques, combinées à nos besoins émotionnels, peuvent expliquer pourquoi il est si difficile de résister aux plaisirs de la table en hiver. Notre corps ne nous trahit pas, il se souvient simplement de son histoire.
Cependant, la culture moderne du bien-être a tendance à diaboliser l’indulgence. Le « jour de triche », par exemple, promet une liberté illusoire, mais repose sur l’idée que le plaisir est dangereux s’il n’est pas strictement contrôlé. Un bilan de 2025 suggère que cette pratique peut nuire à notre relation avec la nourriture.
Christy Harrison, diététiste et auteure de Le Piège du Bien-Être, souligne que la culture du bien-être et de l’alimentation se croisent souvent, privant les individus de leur bien-être. Notre insatisfaction corporelle et notre relation toxique avec la nourriture sont alimentées par une culture qui considère la nourriture comme quelque chose à gagner, à craindre ou à justifier. Ce qui ressemble à une permission n’est souvent qu’un contrôle déguisé.
Il est essentiel de changer notre regard sur la nourriture et de la considérer non pas comme un ennemi à combattre, mais comme une source de plaisir et de réconfort. Au lieu de nous culpabiliser après chaque repas de fête, nous devrions nous rappeler pourquoi la fête a existé en premier lieu : pour célébrer la vie, la communauté et la générosité.
Des recherches montrent que manger en commun augmente la satisfaction et améliore le bien-être émotionnel. À l’inverse, une étude de 2021 a révélé que manger seul, en particulier lorsque l’on ne le souhaite pas, peut aggraver la dépression.
Kelly McGonigal, psychologue de la santé et auteure de La Joie du Mouvement, écrit que la nourriture est souvent notre moyen le plus immédiat de nous apaiser. Mais la honte, en particulier en ce qui concerne la nourriture, nous coupe de ce qui nous nourrit émotionnellement. « La honte nous isole des autres et de nous-mêmes », explique-t-elle. « Mais la joie renoue. Le mouvement, la musique, les repas partagés, ce sont des choses qui nous ramènent. »
En communauté, nous oublions d’avoir peur de la nourriture. Lorsque nous partageons des histoires autour d’une table, sans nous soucier de chaque calorie, l’anxiété diminue et la fête retrouve son sens originel : un retour vers nous-mêmes.
Il est temps d’abandonner la culpabilité et de célébrer la nourriture comme un élément essentiel de notre bien-être physique et émotionnel. Il est temps de se rappeler pourquoi la fête a existé en premier lieu.
