Publié le 2025-12-06 23:19:00. Les déclarations récentes du Premier ministre japonais Sanae Takaichi concernant une possible implication du Japon en cas d’attaque chinoise contre Taïwan ont suscité une vive réaction de Pékin, qui dénonce une résurgence du militarisme japonais. Pourtant, une analyse des capacités militaires japonaises révèle un contraste saisissant avec la puissance militaire croissante de la Chine.
- La Chine accuse le Japon de renouveau militariste, mais les capacités militaires japonaises sont limitées.
- La Force d’autodéfense japonaise (JSDF) est confrontée à des difficultés de recrutement et à un manque d’effectifs.
- L’écart entre les forces navales, aériennes et terrestres chinoises et japonaises est considérable.
Depuis que Sanae Takaichi a évoqué la possibilité d’une implication japonaise en cas d’agression chinoise contre Taïwan, Pékin n’a cessé de dénoncer ce qu’elle considère comme une résurgence du militarisme japonais. Cependant, cette critique semble largement déconnectée de la réalité des capacités militaires du Japon.
Loin de représenter une menace, le Japon dispose d’une capacité de projection de puissance quasi inexistante. Même en supposant une opération sans incident, la Brigade de déploiement rapide amphibie (environ 3 000 soldats) pourrait être entièrement débarquée sur la côte près de Shanghai sans que cela ne suscite la moindre attention.
Les difficultés de recrutement sont un problème chronique pour la JSDF. Il y a quelques années, l’armée a manqué ses objectifs de recrutement de 50 %. Depuis des années, elle accuse un déficit de 20 à 25 % par rapport aux objectifs fixés, ce qui signifie qu’elle ne représente que la moitié des effectifs nécessaires pour mener à bien toutes ses missions, y compris la défense du Japon contre la Chine, la Russie et la Corée du Nord.

En comparaison, la marine chinoise (PLAN) dispose de plus de 350 navires et en construit rapidement d’autres, avec l’objectif d’atteindre plus de 400 navires. Elle possède également plus de 60 sous-marins, dont une douzaine à propulsion nucléaire. La marine japonaise compte environ 60 navires de combat de surface et 24 sous-marins.
En matière de porte-avions, l’écart est encore plus frappant. Le Japon dispose de deux navires qui peuvent être considérés comme des porte-avions légers, capables d’opérer des chasseurs F-35B, mais ils ne sont pas comparables aux porte-avions de l’US Navy. La Chine, quant à elle, possède trois porte-avions et en construit d’autres, avec des capacités similaires à celles des États-Unis.

La Garde côtière chinoise surpasse également largement ses homologues japonais en termes de nombre et de capacités. De nombreux navires de la Garde côtière chinoise sont conçus pour le combat, contrairement aux navires japonais qui sont principalement utilisés pour la patrouille et la lutte contre la pêche illégale.
La milice maritime chinoise, armée et à double coque, représente une menace supplémentaire. Elle est intégrée à la police armée populaire, ce qui renforce la puissance militaire de la Chine. La vaste flotte de pêche chinoise a également été utilisée pour exercer une pression sur le territoire maritime japonais.
L’armée de l’air japonaise d’autodéfense ne représente qu’environ un tiers de la taille de l’armée de l’air chinoise en termes de nombre d’avions. La Chine dispose également de bombardiers à longue portée, dont certains sont capables de transporter des armes nucléaires, alors que le Japon ne possède ni bombardiers ni armes nucléaires.
Enfin, l’armée de terre japonaise compte 150 000 soldats, contre environ 965 000 pour l’Armée populaire de libération (APL).
La Chine mène des opérations militaires incessantes autour de Taïwan, encerclant l’île et menaçant d’une invasion. Elle a également pris de facto le contrôle de la mer de Chine méridionale, construisant des bases militaires sur des îles artificielles et revendiquant la souveraineté sur l’ensemble de cette zone maritime, plus vaste que la mer Méditerranée. Les navires chinois harcèlent régulièrement les navires philippins dans cette région, occupant notamment le récif de Scarborough depuis 2012.

Le Japon est également confronté à des pressions chinoises, avec la présence constante de navires de la Garde côtière chinoise et de la flotte de pêche chinoise autour de ses côtes, notamment près des îles Senkaku, dont la souveraineté est contestée par Pékin. La Chine conteste également la propriété japonaise de l’ensemble de la chaîne de l’île Ryukyu.
Les menaces verbales contre le Japon sont quotidiennes dans les médias chinois. Aucun responsable japonais n’a jamais évoqué l’idée d’attaquer la Chine. Au contraire, le Japon a apporté un soutien financier considérable à la Chine pendant des décennies.
Avec des investissements dans de nouveaux équipements, une meilleure coordination interarmées et un renforcement des liens opérationnels avec les forces américaines, le Japon pourrait construire une défense solide, bien que localisée, et jouer un rôle essentiel dans une stratégie globale de défense régionale dirigée par les États-Unis, notamment en soutenant Taïwan.
Le Japon d’aujourd’hui est une nation démocratique et responsable qui contribue positivement à la communauté internationale. Contrairement aux affirmations chinoises, les pays asiatiques ne craignent pas le Japon. Le Premier ministre de Singapour a récemment déclaré que les pays d’Asie du Sud-Est souhaitaient que le Japon joue un rôle plus important dans la région, y compris en matière de sécurité. L’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Inde entretiennent déjà des relations étroites avec le Japon, tant sur le plan diplomatique que militaire. Le tourisme chinois et sud-coréen au Japon est également en plein essor.
La Chine, en revanche, semble revenir à la mentalité de la Révolution culturelle. Xi Jinping évoque même la guerre de Corée comme une période glorieuse. Alors, le Japon représente-t-il une menace militaire ? Il serait plus juste de poser la question en remplaçant « Japon » par « Chine ».
Auteur: Grant Newsham
Grant Newsham est un officier de la Marine américaine à la retraite et un ancien diplomate américain. Il est l’auteur du livre Quand la Chine attaque : un avertissement pour l’Amérique. Retrouvez ses articles sur JAPON Avant.
