Publié le 7 novembre 2024 à 13h05. L’Asie-Pacifique, région la plus touchée par les catastrophes naturelles liées au changement climatique, voit ses populations de plus en plus vulnérables et contraintes à la migration. La prochaine COP30 devra traduire les engagements climatiques en actions concrètes pour faire face à cette crise.
- Entre 2023 et 2024, des centaines de milliers de familles ont été affectées par des catastrophes naturelles en Asie-Pacifique.
- Depuis 1970, plus de deux millions de décès dans le monde sont liés à des catastrophes, dont 60 % se sont produits en Asie-Pacifique.
- En 2024, au moins 2 514 migrants ont perdu la vie sur les routes migratoires périlleuses de la région.
Le changement climatique, les conflits pour l’accès aux ressources et les catastrophes environnementales continuent de frapper le monde, mais c’est la région Asie-Pacifique qui en porte le poids le plus lourd. Les inondations, les cyclones, les vagues de chaleur et les tremblements de terre se multiplient, exacerbant les inégalités et alimentant les tensions dans des zones déjà fragilisées par la faiblesse des institutions et les troubles sociaux.
Au cours des dix premiers mois de 2024, près de 6 000 décès ont été recensés suite à plus de 140 catastrophes. Historiquement, entre 1970 et 2022, la région a été confrontée à une moyenne de 132 millions de personnes touchées chaque année, un chiffre qui contraste fortement avec les 22 millions enregistrés dans le reste du monde. Cette région, qui abrite 4,8 milliards d’habitants – soit 60 % de la population mondiale – est devenue une source majeure de migration internationale, représentant plus de 40 % du total des migrants dans le monde.
L’année 2024 a été particulièrement tragique pour les migrants en Asie, avec au moins 2 514 morts le long des routes migratoires, touchant principalement des populations vulnérables telles que les Rohingyas fuyant le Myanmar et les Afghans fuyant les conflits et l’instabilité.
La 30e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP30) aura pour objectif principal d’accélérer l’action climatique et de passer des promesses à la mise en œuvre. Il s’agira de renforcer le multilatéralisme, de lier l’action climatique à la vie des populations et de respecter les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris. Le sommet devra aborder le défi mondial du changement climatique en appelant à une coopération internationale renforcée, tout en donnant aux communautés locales les moyens de renforcer leur résilience.
Plusieurs pistes s’offrent à l’Asie-Pacifique pour progresser en matière de résilience climatique, d’équité et de développement durable. L’amélioration de l’adaptation et de la résilience des communautés est primordiale. L’intégration d’une adaptation menée par les communautés, comme la restauration des écosystèmes de mangroves et des zones riveraines, contribue à protéger les côtes, à réduire les risques de catastrophe et à préserver la biodiversité. Ces initiatives sont souvent portées par des groupes de femmes, des collectifs de jeunes et des communautés autochtones.
Il est également crucial de développer les systèmes d’alerte précoce pour les communautés vulnérables face aux risques naturels tels que les cyclones, les tsunamis et les crues glaciaires. Les populations doivent être averties suffisamment à l’avance, car de nouvelles zones deviennent vulnérables en raison du changement climatique. Des abris adéquats, dotés de nourriture et d’autres produits essentiels, sont également nécessaires pour faire face aux crises.
Investir dans des secteurs résilients au climat, tels que l’agriculture résistante aux inondations, les moyens de subsistance, les infrastructures d’énergies renouvelables et l’amélioration de la planification urbaine, est également impératif. Une attention particulière doit être accordée aux moyens de subsistance traditionnels et durables, comme le pastoralisme, la pêche et l’agriculture, dont les services écosystémiques doivent être reconnus et équitablement rémunérés.
Enfin, le renforcement du financement climatique sera essentiel au développement durable de la région. Les négociations en amont de la COP30 se concentrent sur la feuille de route de Bakou-Belém pour opérationnaliser le nouvel objectif de financement climatique, visant à mobiliser au moins 1 300 milliards de dollars par an pour les pays en développement d’ici 2035.
L’Asie-Pacifique joue un rôle central dans l’élaboration de l’agenda climatique mondial, en éclairant les priorités de la COP30 et en accélérant les progrès vers les objectifs de développement durable. La COP30 offre une occasion unique aux pays de présenter des plans climatiques plus ambitieux pour 2035, en accord avec l’objectif de limitation du réchauffement à 1,5°C fixé par l’Accord de Paris. Les initiatives régionales aident les pays à intégrer les priorités d’adaptation, notamment dans le secteur agricole, dans leurs plans.
Cependant, sans des politiques nationales fortes axées sur la justice climatique, la résilience et une indemnisation adéquate des pertes et dommages, la fixation d’objectifs ambitieux risque de rester vaine.
La justice climatique redéfinit le changement climatique comme une question multidimensionnelle, englobant des aspects sociaux, éthiques et juridiques, et non plus seulement environnementaux. Cette approche met l’accent sur la protection des droits de l’homme, en particulier pour les populations les plus vulnérables touchées par le changement climatique. Des discussions récentes ont mis en lumière les difficultés liées aux accords de transition juste, soulignant que les intérêts des entreprises ont souvent sapé ces efforts, en négligeant des facteurs essentiels tels que la classe sociale, la caste, le genre et l’origine ethnique.
Les communautés marginalisées sont touchées de manière disproportionnée, subissant des pressions accrues de la part d’industries qui perpétuent des pratiques énergétiques polluantes. Pour parvenir à une transition équitable vers une économie décarbonée, il est essentiel d’inclure les groupes ethniques minoritaires et les peuples autochtones dans les processus décisionnels, en veillant à ce que leurs besoins et les conséquences de la transition soient pris en compte.
Les gouvernements, les organisations et les militants devraient plaider pour les résultats suivants lors de la COP30 :
- Augmenter le financement climatique et le fournir sous forme de subventions plutôt que de prêts coûteux, en ciblant les communautés les plus vulnérables, notamment les femmes rurales productrices de produits alimentaires, les éleveurs, les pêcheurs et les travailleurs informels urbains.
- S’engager clairement à réparer les pertes et dommages, en tenant les principaux pollueurs responsables de leurs responsabilités historiques et en fournissant une compensation équitable aux communautés autochtones et locales.
- Reconnaître le lien entre le changement climatique et les conflits, en tenant compte des facteurs tels que la mauvaise gouvernance, les inégalités et la rareté des ressources.
- Promouvoir la souveraineté alimentaire en soutenant l’agroécologie paysanne et d’autres modèles de production et de distribution alimentaires durables.
- Améliorer les budgets agricoles et préserver les systèmes semenciers locaux, en respectant le principe du consentement libre, préalable et éclairé des petits producteurs et consommateurs.
- Renforcer l’adaptation communautaire en impliquant les jeunes, les femmes et les dirigeants communautaires des zones vulnérables dans la restauration de la santé écologique des écosystèmes fragiles.
- Augmenter le financement de la réduction des risques de catastrophe (RRC) dans les budgets publics et internationaux et intégrer les évaluations des risques dans tous les investissements de développement.
- Mettre fin à toute nouvelle exploration de combustibles fossiles et donner la priorité à un programme de souveraineté axé sur l’élimination progressive des combustibles fossiles et sur une transition énergétique juste, en respectant le droit au consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones et en prévoyant une compensation équitable.
Pour permettre une transition rapide vers une société plus équitable et plus respectueuse de l’environnement, il est nécessaire d’adopter des concepts tels que la suffisance énergétique pour tous, la souveraineté énergétique et la démocratie énergétique. Promouvoir les technologies énergétiques gratuites, considérer l’énergie comme un bien commun et lutter pour une énergie 100 % renouvelable grâce à des initiatives communautaires sont des étapes essentielles de cette transformation.
Les pays du Nord doivent mettre fin au colonialisme des déchets en stoppant l’exportation de déchets vers le Sud et en excluant l’incinération des déchets en énergie des plans d’action climatique. Il faut également stopper l’expansion de la pétrochimie, réduire la production de plastique et éliminer progressivement les plastiques et emballages à usage unique. Les investissements devraient se concentrer sur la réduction des déchets et les systèmes d’économie circulaire zéro déchet, en tenant les entreprises polluantes responsables de leurs contributions à la pollution plastique et au réchauffement climatique, conformément au principe du « pollueur-payeur ».
Debabrat Patra est directrice associée et responsable humanitaire chez ActionAid Association India. Les opinions exprimées sont personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles de l’organisation ou de Terre à terre.
