Belgrade est sur le point de voir un symbole de son passé militaire transformé en un luxueux complexe hôtelier de la famille Trump, suscitant l’indignation de l’opposition et des nationalistes serbes. L’accord, conclu avec le président Aleksandar Vučić, prévoit la construction d’un hôtel Trump de 500 millions de dollars (environ 460 millions d’euros) sur le site de l’ancien état-major de l’armée serbe, bombardé par l’OTAN en 1999.
Le projet, qui comprendra 175 chambres d’hôtel et 1 500 appartements de luxe, a été officialisé en mars dernier lors d’une visite de Donald Trump Jr., de la Trump Organization, à Belgrade. L’accord, scellé par une poignée de main, accorde un bail de 99 ans sur le terrain et attribue 22 % des bénéfices au gouvernement serbe. Un mémorial sera érigé en hommage aux victimes des bombardements de 1999, mais cela ne suffit pas à apaiser les critiques.
L’opposition dénonce une « braderie de l’histoire » au profit de casinos et de jacuzzis, tandis que les nationalistes serbes accusent Vučić de trahison. Ils rappellent que le bâtiment du Generalštab, vestige d’un chef-d’œuvre moderniste datant de 1956, était un symbole de la résistance serbe et un rappel constant de la perte du Kosovo et des conséquences de la guerre.
Ce projet n’est pas nouveau pour Donald Trump, qui y pensait depuis 2013. Sa concrétisation a été facilitée par une loi spéciale adoptée par le Parlement serbe, permettant de contourner les restrictions liées à la préservation du bâtiment historique. La Serbie, confrontée à des sanctions américaines affectant sa seule raffinerie, a également obtenu une dérogation spéciale de la Maison Blanche, similaire à celle accordée à la Hongrie, pour faire face à l’hiver.
L’implication de la famille Trump ne s’arrête pas à Donald Trump Jr. Jared Kushner, par le biais de sa société Affinity Global Development, supervisera les travaux de construction. Les négociations ont été menées par Brad Pascale, stratège des campagnes électorales de Trump et consultant pour la réélection de Vučić en 2022. Pascale a également financé le voyage en Europe de Donald Trump Jr. et de sa compagne.
Des observateurs comparent cette affaire à celle de Hunter Biden, fils de Joe Biden, accusé d’avoir profité de la position de son père pour conclure des affaires. « Le jeune Donald est venu à Belgrade pour soutenir Vučić, qui avait besoin de se maintenir au pouvoir, et parce que les Trump voulaient faire avancer leurs affaires », a déclaré Dragan Jonic, un parlementaire de l’opposition.
L’intérêt américain pour la Serbie n’est pas récent. En 2020, les dirigeants serbes et kosovars avaient été convoqués à Washington pour signer un accord de pré-paix, et Richard Grenell, un proche de Trump, avait évoqué la possibilité de reconstruire le palais bombardé. Eric Trump avait également annoncé l’implication d’un constructeur émirati, Mohammed Alabbar, déjà présent à Belgrade.
Devant les ruines du Generalštab, une banderole de protestation a été déployée : « Sauvons notre histoire ». Certains nationalistes serbes, autrefois partisans de Vučić, l’accusent désormais de trahison, se demandant si Trump accepterait de vendre la West Point Academy à une société immobilière.
