Le photographe américain Quil Mitchell explore avec une esthétique somptueuse et une sensibilité particulière la représentation de la beauté noire, s’inscrivant dans une démarche artistique à la fois personnelle et engagée. Ses images, empreintes d’une élégance rappelant l’âge d’or de la photographie de mode, interrogent l’histoire et l’identité à travers une mise en scène idyllique et souvent érotique.
Mitchell, dont le travail a notamment été exposé en couverture de Vogue, puise son inspiration dans les archives photographiques de la beauté noire, remontant au XIXe siècle. Il cite en particulier l’influence de Deborah Willis, artiste et historienne de la photographie qui fut son mentor à l’Université de New York (N.Y.U.). Les recherches de Willis lui ont fourni un cadre pour son propre art, et il s’inspire également du travail de Kwame Brathwaite, pionnier du mouvement « Black Is Beautiful ».
L’artiste s’est ainsi engagé dans une démarche d’affirmation de la splendeur noire, visible dans ses œuvres récentes comme les séries « Ghost Images » (Images fantômes) et les photographies de 2021 et 2022, « Family Tree » (Arbre généalogique), « Chrysalis » (Chrysalide) et « Simply Fragile » (Simplement fragile). Même dans ses projets personnels, Mitchell met en scène des sujets athlétiques et séduisants, souvent torse nu, conférant à certaines images une dimension érotique assumée.
Lors d’une récente conversation dans son studio à Brooklyn, Mitchell a expliqué que ce style était en partie une stratégie pour capter l’attention du spectateur : « J’ai toujours pensé la beauté et la photographie comme un appât pour attirer le regard, pour aborder toutes sortes de sujets, qu’il s’agisse de l’identité, de la mémoire, de la présence, de l’histoire ou du paysage », a-t-il déclaré.
Mitchell évoque souvent une vision qu’il appelle « une utopie noire », où ses sujets évoluent dans un univers qui rappelle ses jeunes années en Géorgie. Il se souvient des moments passés à faire du skateboard avec ses amis, à nager dans un étang près de la maison de ses parents, ou à se promener seul dans la nature. Une image en particulier, où un homme allongé sur le sable berce un enfant dont la salive coule sur sa poitrine nue, illustre parfaitement cette atmosphère.
De nombreuses photographies mettent en scène des personnes noires nageant ou jouant dans l’eau, une manière subtile de s’approprier une activité de loisirs qui leur a historiquement été refusée, et un hommage à la sombre histoire du commerce transatlantique des esclaves. Bien que ses scènes apparaissent idylliques, elles suscitent une réflexion sur les raisons pour lesquelles elles semblent si novatrices.
Dans une autre image, un groupe multigénérationnel est rassemblé sur les rives d’une rivière, une composition qui rappelle « La Grande Jatte » de Seurat. Pour souligner cette référence, l’un des personnages est représenté en train de peindre en plein air.
