Publié le 20 novembre 2025 à 13h20. La 30e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP30), qui se tient à Belém, au Brésil, met en lumière les contradictions entre les ambitions affichées par le pays en matière de protection de l’Amazonie et sa politique énergétique actuelle, marquée par une forte dépendance aux énergies fossiles.
- Le Brésil, qui se présente comme un champion de l’action climatique, est confronté à des critiques concernant son soutien continu aux énergies fossiles, notamment l’exploration pétrolière en Amazonie.
- La COP30 a placé l’intégrité de l’information et la lutte contre la désinformation au cœur des discussions, appelant à vaincre les négationnistes du changement climatique.
- Malgré des progrès en matière de réduction de la déforestation, le Brésil reste confronté à des défis majeurs, notamment l’exploitation illégale de l’or et l’impact des biocarburants sur les émissions de carbone.
Accueillir la COP30 représente une opportunité cruciale pour le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva de consolider le retour de son pays sur la scène internationale en tant que leader en matière de diplomatie climatique. Après avoir promis de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, de mobiliser des financements mondiaux et de freiner la destruction de l’Amazonie, Lula da Silva cherche à se positionner comme un dirigeant respecté capable de guider la communauté mondiale face à l’urgence climatique, à moins d’un an des prochaines élections au Brésil.
L’Amazonie, qui s’étend sur plus de 5,5 millions de km² à travers neuf États, est un écosystème vital pour la planète. Elle abrite environ un dixième de toutes les espèces biologiques connues, stocke d’importantes quantités de carbone et influence les cycles des précipitations en Amérique du Sud et au-delà. Bien que souvent appelée le « poumon de la planète », cette appellation est en partie un mythe : la forêt amazonienne consomme en réalité presque tout l’oxygène qu’elle produit, mais son rôle dans la régulation du climat mondial reste primordial.
Cependant, le bilan de Lula da Silva est pour le moins contrasté. La conférence de Belém est marquée par la présence de plus de 1 600 lobbyistes issus de l’industrie des énergies fossiles – soit environ un participant sur vingt-cinq. Un nouvel autoroute à quatre voies, construite pour faciliter l’accès au centre de conférence, traverse une zone protégée de la forêt amazonienne, fragmentant l’écosystème local et perturbant la faune. Ces éléments suscitent des accusations d’« ambivalence climatique » voire d’« hypocrisie climatique ».
Cette année, la COP30 a mis l’accent sur l’intégrité de l’information et la lutte contre la désinformation sur le changement climatique. Dans son discours d’ouverture, Lula da Silva a appelé les dirigeants du monde à vaincre les négationnistes :
« Nous vivons à une époque où les obscurantistes rejettent les preuves scientifiques et attaquent les institutions. Il est temps d’infliger une nouvelle défaite aux négationnistes. »
Luiz Inácio Lula da Silva, président du Brésil
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a également souligné la nécessité d’une action concertée contre la désinformation, le harcèlement en ligne et le greenwashing.
La contradiction entre le discours et la réalité se manifeste également dans la politique énergétique du Brésil. Malgré son engagement en faveur des énergies renouvelables, le pays continue d’investir massivement dans l’extraction pétrolière, notamment en Amazonie. En juin dernier, alors que se tenaient des négociations préparatoires à la COP30 à Bonn, l’Agence nationale brésilienne du pétrole, du gaz naturel et des biocarburants a organisé une vente aux enchères de concessions pour 172 blocs de pétrole et de gaz, dont 68 situés en Amazonie et 47 à l’embouchure du fleuve.
Cette situation est dénoncée par les organisations environnementales et les communautés autochtones, qui estiment que l’industrie des combustibles fossiles s’infiltre dans le biome amazonien. La vente aux enchères s’est déroulée sans le consentement libre, préalable et éclairé des populations locales, en violation de la Convention relative aux peuples autochtones (OIT 169). Des manifestants indigènes ont protesté devant la conférence, exigeant le respect de leurs droits et de leur mode de vie traditionnel.
Gisela Hurtado Barboza, avocate de Stand.earth, a déclaré :
« Cette vente aux enchères de la mort menace non seulement les territoires autochtones, mais elle nie les principes de l’Accord de Paris. Il n’y a pas de justice climatique sans les droits des peuples autochtones, il n’y a pas de transition juste sans laisser les énergies fossiles dans le pays. »
Gisela Hurtado Barboza, avocate de Stand.earth
Le Brésil, deuxième pays le plus riche en pétrole d’Amérique du Sud après le Moyen-Orient, a vu sa production pétrolière augmenter ces dernières années. Le pétrole est devenu, en 2024, le principal produit d’exportation du pays, dépassant le soja. Lula da Silva, tout en reconnaissant l’importance de la transition énergétique, défend l’exploitation pétrolière comme un moyen de créer des emplois et de stimuler le développement dans le nord du Brésil, se souvenant avoir déclaré : « Dieu est brésilien ! » lors de la découverte d’un important gisement sous la couche de sel.
Malgré ces contradictions, des progrès sont notables. La déforestation en Amazonie a diminué de moitié entre 2022 et 2025, atteignant son niveau le plus bas depuis 11 ans, et les émissions de gaz à effet de serre du pays ont diminué de 12 % en 2024. Le gouvernement brésilien met en œuvre des politiques de renforcement des organismes chargés de l’application des lois et de récompense des communautés qui protègent la forêt.
Cependant, la situation reste préoccupante. En 2025, 30,86 millions d’hectares de nature ont été détruits par les incendies, une superficie supérieure à celle de l’Italie. Les experts attribuent cette situation au changement climatique induit par l’homme. Par ailleurs, la promotion des biocarburants par le Brésil, bien que présentée comme une solution durable, est remise en question par des études qui démontrent qu’ils peuvent émettre jusqu’à 16 % plus de dioxyde de carbone que les combustibles fossiles qu’ils remplacent. Une étude de Transport & Environment le confirme.

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Les champs de soja remplacent à grande échelle la forêt tropicale.
