Publié le 24 septembre 2025. Des chercheurs ont utilisé l’intelligence artificielle pour reconstituer le passé lointain de nos ancêtres, révélant que l’Homo habilis, une des premières espèces humaines, était régulièrement chassé par des léopards en Afrique de l’Est il y a près de deux millions d’années.
- L’analyse par intelligence artificielle de fossiles d’Homo habilis a permis d’identifier avec précision des marques de morsures de léopard.
- Deux fossiles spécifiques, OH 7 et OH 65, découverts dans les gorges d’Olduvai en Tanzanie, présentent des preuves de consommation par des prédateurs.
- Cette découverte souligne la vulnérabilité de nos ancêtres face aux prédateurs et la dureté de la vie à l’aube de l’humanité.
L’étude, publiée dans les Annals of the New York Academy of Sciences, marque une avancée significative dans la paléoanthropologie. Jusqu’à présent, les scientifiques suspectaient que l’Homo habilis, apparu il y a environ 2,4 millions d’années, était la proie d’animaux sauvages tels que les lions, les crocodiles et les léopards. Cependant, l’identification précise de l’agresseur restait difficile en raison de la nature des traces laissées sur les fossiles.
Les méthodes traditionnelles d’analyse osseuse ne permettaient pas de distinguer avec certitude les empreintes de morsures entre les différentes espèces. En conséquence, les conclusions étaient souvent générales et manquaient de preuves définitives. L’arrivée de l’intelligence artificielle (IA) a changé la donne, offrant une précision sans précédent dans l’étude des vestiges du passé.
L’équipe de recherche, dirigée par le professeur Manuel Domínguez-Rodrigo, archéologue préhistorique de l’Université d’Alcalá en Espagne et professeur invité à l’Université Rice au Texas, a concentré ses efforts sur deux fossiles particulièrement bien conservés : OH 7, un jeune individu datant d’environ 1,85 million d’années, et OH 65, un adulte âgé d’environ 1,8 million d’années. Ces spécimens ont été mis au jour dans les gorges d’Olduvai, en Tanzanie, un site archéologique majeur pour la compréhension de l’évolution humaine.
Les chercheurs ont découvert des traces de morsures de prédateurs sur la mâchoire inférieure du jeune individu (OH 7) et sur la mâchoire supérieure de l’adulte (OH 65). Pour confirmer leurs observations, ils ont utilisé un modèle d’IA entraîné sur des centaines d’exemples de marques de morsures d’animaux carnivores modernes, tels que les hyènes, les crocodiles et les léopards. Ce modèle a démontré une précision supérieure à 90 % lors de tests aveugles.
L’analyse a révélé que les marques de morsures sur les fossiles provenaient bien de léopards. Selon le professeur Domínguez-Rodrigo, cette découverte, corroborée par d’autres éléments physiques, suggère que les deux individus d’Homo habilis ont non seulement été attaqués, mais ont également servi de repas à leurs prédateurs.
« Le fait qu’il ne reste que quelques parties du squelette indique un niveau de dégâts très élevé. Si un autre prédateur s’en prend en premier, le léopard ne sera plus intéressé, car cet animal ne mange que de la viande fraîche. »
Manuel Domínguez-Rodrigo, archéologue préhistorique, Université d’Alcalá
L’étude suggère que le léopard a pu arracher une grande partie des tissus mous et de la langue du jeune Homo habilis (OH 7) pour accéder à la mâchoire inférieure. Cette action témoigne d’une attaque visant à consommer l’ensemble du corps de la proie, et non simplement à la neutraliser.
« C’est une preuve évidente de consommation, pas seulement d’une bouchée à tuer. »
Manuel Domínguez-Rodrigo, archéologue préhistorique, Université d’Alcalá
Ces découvertes rappellent que, bien avant que l’homme ne devienne le dominant de la planète, nos ancêtres étaient confrontés à une existence précaire, constamment menacés par les prédateurs. Chaque sortie d’un abri représentait un risque mortel. Grâce aux avancées technologiques, notamment l’IA, les scientifiques peuvent désormais lever le voile sur ce passé lointain et mieux comprendre les défis auxquels nos ancêtres ont été confrontés.
