La banque centrale a réintroduit une mesure de contrôle des changes bien connue : désormais, ceux qui achètent des dollars au taux officiel ne pourront pas effectuer d’opérations de change sur les marchés financiers (dollar MEP ou comptant avec liquidation) pendant une période de 90 jours. Cette décision, formalisée par la communication “A” 8336, vise à freiner les opérations d’arbitrage et à préserver les réserves dans un contexte de liquidations de devises du secteur agro-exportateur.
Ce mécanisme, appelé « restriction croisée », oblige les particuliers et les entreprises à choisir entre l’un ou l’autre circuit de change. S’ils optent pour le dollar officiel, ils sont bloqués du marché financier pendant trois mois, et s’ils utilisent le MEP ou le comptant, ils ne peuvent pas accéder au taux officiel pendant cette période. L’objectif est de réduire ce que les analystes qualifient de « décision financière », une pratique qui s’est intensifiée ces dernières semaines.
L’économiste et analyste financier Christian Boutelier a expliqué que le gouvernement craignait que la partie des dollars réglés ces derniers jours ne se dirige vers le marché financier, créant un déséquilibre et alimentant la spéculation.
Boutelier a souligné que ce type d’arbitrage exerce une pression supplémentaire sur le dollar officiel, juste avant une période de demande saisonnière de devises.
D’un autre point de vue, Juan Manuel Scam, économiste, a déclaré que la mesure est directement liée à l’effort officiel pour renforcer les réserves sur le marché unique et libre (Mulc). Il a expliqué que la demande d’individus sur le Mulc augmente en même temps que la banque centrale tente d’acquérir des devises, et que le gouvernement souhaite éviter que ces dollars ne soient utilisés pour des opérations spéculatives.
Lucio Garay Méndez, économiste de Ecogo Consultancy, a analysé le phénomène qui a conduit à cette décision. Il a expliqué qu’un léger écart entre le dollar officiel de détail et le dollar moyen officiel a permis des opérations répétées, augmentant la demande sur le marché officiel.
Garay Méndez a souligné que ce scénario a coïncidé avec un plus grand volume de liquidations agricoles, créant une opportunité d’arbitrage que le gouvernement cherche à contrer.
Fausto Spotorno, économiste d’Orlando J. Ferreres, a convenu que la mesure vise à freiner la sortie rapide de devises due à des opérations spéculatives. Il a averti que ce type de pratiques peut accélérer l’épuisement des réserves et que le marché trouvera toujours des moyens de contourner les restrictions.
Le retour de cette restriction croisée montre que, dans un contexte de liquidations solides et de besoins en devises, le gouvernement a privilégié le renforcement de la position des réserves, même si cela implique un écart de change plus important. Les analystes estiment que la véritable cause de la mesure n’est pas de contenir l’écart, mais de garantir que les dollars provenant des exportations ne soient pas perdus dans des manœuvres spéculatives. La stratégie officielle est claire : assurer l’accès aux devises pour la banque centrale et reporter toute tension plus importante sur le marché des changes jusqu’après le processus électoral.
Enfin, Florencio Randazzo, ancien ministre de l’Intérieur, a critiqué la décision, affirmant que le gouvernement a trahi la confiance de ceux qui ont soutenu son programme en adoptant des mesures similaires à celles des gouvernements précédents.
