Publié le 31 octobre 2025. Une équipe de chercheurs japonais a identifié un acide aminé, l’arginine, capable de freiner l’accumulation de protéines amyloïdes associées à la maladie d’Alzheimer, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques potentiellement accessibles et peu coûteuses.
- L’administration orale d’arginine a démontré une efficacité à réduire l’accumulation de la protéine bêta-amyloïde (Aβ) dans des modèles animaux de la maladie d’Alzheimer.
- Cette approche pourrait offrir une alternative plus sûre et abordable aux traitements actuels, souvent coûteux et présentant des effets secondaires.
- L’arginine, déjà disponible en complément alimentaire, pourrait être rapidement testée en essais cliniques.
La maladie d’Alzheimer (MA), une maladie neurodégénérative progressive, représente un défi majeur de santé publique à l’échelle mondiale. Bien que des traitements ciblant la protéine amyloïde β (Aβ) aient été développés récemment, leur efficacité clinique reste limitée et leur coût élevé constitue un frein à leur large diffusion. Cette situation souligne l’urgence de trouver des alternatives thérapeutiques plus accessibles et mieux tolérées.
Dans une étude publiée le 30 octobre 2025 dans la revue Neurochimie Internationale, des chercheurs de l’Université Kindai et d’institutions partenaires ont révélé que l’administration orale d’arginine, un acide aminé naturel, permet de supprimer efficacement l’agrégation de la protéine Aβ et de limiter ses effets toxiques dans des modèles animaux de la maladie d’Alzheimer. L’équipe de recherche, menée par l’étudiant diplômé Kanako Fujii, le professeur Yoshitaka Nagai du département de neurologie de la faculté de médecine de l’université Kindai d’Osaka, et le professeur agrégé Toshihide Takeuchi de l’institut de recherche en sciences de la vie de l’université Kindai d’Osaka, a précisé que le protocole de dosage utilisé dans l’étude est spécifique à la recherche et diffère des formulations disponibles en vente libre.
Les chercheurs ont d’abord démontré in vitro que l’arginine inhibe la formation d’agrégats Aβ42 en fonction de sa concentration. Forts de ces résultats, ils ont ensuite évalué l’efficacité de l’arginine administrée par voie orale dans deux modèles animaux établis de la MA : un modèle de Drosophile (mouche du vinaigre) exprimant l’Aβ42 avec la mutation Arctique (E22G) et un modèle de souris knock-in AppNL-GF porteur de trois mutations familiales de la MA.
Dans les deux modèles, l’administration d’arginine a significativement réduit l’accumulation d’Aβ et atténué sa toxicité. Selon le professeur Nagai,
« Notre étude démontre que l’arginine peut supprimer l’agrégation d’Aβ in vitro et in vivo. Ce qui rend cette découverte particulièrement intéressante, c’est que l’arginine est déjà connue pour être cliniquement sûre et peu coûteuse, ce qui en fait un candidat prometteur pour un repositionnement en tant qu’option thérapeutique pour la MA. »
Professeur Yoshitaka Nagai, Département de neurologie, Université Kindai d’Osaka
Dans le modèle murin, l’arginine orale a diminué de manière significative le dépôt de plaques amyloïdes et réduit les niveaux d’Aβ42 insoluble dans le cerveau. De plus, les souris traitées à l’arginine ont présenté une amélioration de leurs performances comportementales et une diminution de l’expression des gènes codant pour des cytokines pro-inflammatoires, des marqueurs clés de la neuroinflammation, une caractéristique pathologique majeure de la MA. Ces résultats suggèrent que les effets bénéfiques de l’arginine vont au-delà de la simple inhibition de l’agrégation, incluant des propriétés neuroprotectrices et anti-inflammatoires.
Les chercheurs estiment que leurs découvertes ouvrent de nouvelles perspectives pour le développement de stratégies thérapeutiques basées sur l’arginine, non seulement pour la maladie d’Alzheimer, mais également pour d’autres maladies neurodégénératives liées à un mauvais repliement et à l’agrégation des protéines. Le professeur Nagai ajoute :
« Nos résultats ouvrent de nouvelles possibilités pour développer des stratégies basées sur l’arginine pour les maladies neurodégénératives causées par un mauvais repliement et une agrégation des protéines. Compte tenu de son excellent profil de sécurité et de son faible coût, l’arginine pourrait être rapidement utilisée pour des essais cliniques sur la maladie d’Alzheimer et potentiellement d’autres troubles connexes. »
Professeur Yoshitaka Nagai, Département de neurologie, Université Kindai d’Osaka
Cette recherche met en lumière le potentiel du repositionnement de médicaments – l’utilisation de composés existants et sûrs pour de nouvelles indications thérapeutiques – comme une voie efficace pour développer des traitements accessibles contre la maladie d’Alzheimer. L’arginine, déjà utilisée en clinique au Japon et présentant une bonne sécurité et une perméabilité cérébrale élevée, pourrait ainsi surmonter certains des obstacles initiaux rencontrés lors du développement de médicaments conventionnels.
Les chercheurs soulignent la nécessité de mener d’autres études précliniques et cliniques pour confirmer ces résultats chez l’homme et déterminer les dosages optimaux. Néanmoins, ces premiers résultats constituent une preuve de concept encourageante, suggérant qu’une simple supplémentation nutritionnelle ou pharmacologique pourrait atténuer la pathologie amyloïde et améliorer les résultats neurologiques. Cette étude contribue ainsi à une meilleure compréhension des mécanismes d’agrégation de l’Aβ et propose une stratégie potentiellement simple et économique pour lutter contre la maladie d’Alzheimer, qui touche une population mondiale de plus en plus nombreuse.
