Publié le 20 décembre 2025 à 03h56. La Cour suprême indienne a rendu un jugement historique, affirmant que l’attente d’une procédure judiciaire ne peut justifier une interdiction prolongée de renouvellement de passeport, même en cas de poursuites pénales, pour autant que les tribunaux compétents aient donné leur accord sous conditions.
- La Cour a ordonné la délivrance d’un passeport ordinaire de dix ans à l’homme d’affaires Mahesh Kumar Agarwal, dont la demande avait été bloquée malgré l’absence d’objection des tribunaux chargés de son dossier.
- Le jugement réaffirme le droit fondamental de voyager et de détenir un passeport, garanties essentielles de la liberté personnelle en Inde.
- La Cour a mis en garde contre le risque de transformer des mesures provisoires en restrictions permanentes, soulignant que la liberté est un droit inhérent, et non une faveur accordée par l’État.
La Cour suprême indienne a statué que le simple fait d’être impliqué dans une procédure pénale ne saurait constituer un motif suffisant pour refuser indéfiniment le renouvellement d’un passeport. Cette décision intervient dans l’affaire de Mahesh Kumar Agarwal, un homme d’affaires dont la demande de nouveau passeport avait été rejetée en raison de poursuites en cours devant la National Investigation Agency (NIA) et dans le cadre d’une affaire traitée par la Haute Cour de Delhi.
Malgré l’accord des tribunaux compétents – le tribunal de la NIA de Ranchi et la Haute Cour de Delhi – qui avaient levé leurs objections au renouvellement sous réserve de conditions strictes (notamment l’obligation d’obtenir une autorisation préalable pour tout voyage à l’étranger et, dans le cas de la NIA, de redéposer le passeport après son utilisation), les autorités compétentes avaient refusé de renouveler le passeport d’Agarwal, invoquant l’article 6(2)(f) de la loi indienne sur les passeports de 1967. Cet article permet de refuser un passeport si une procédure pénale est en cours.
La Haute Cour de Calcutta avait confirmé cette décision, estimant que l’autorisation de voyager à l’étranger devait être explicitement mentionnée dans la décision du tribunal pénal pour que le renouvellement du passeport soit possible. La Cour suprême a jugé cette interprétation erronée.
Selon le jugement, rédigé par le juge Vikram Nath, l’objectif principal de l’article 6(2)(f) est de garantir que l’accusé reste à la disposition de la justice, et non de l’empêcher définitivement de voyager. La Cour a souligné que cet article ne doit pas être interprété comme un obstacle absolu et doit être lu en conjonction avec d’autres dispositions de la loi, notamment l’article 22 et la notification GSR 570(E), qui prévoient des exceptions.
« La liberté, dans notre système constitutionnel, n’est pas un don de l’État mais sa première obligation. La liberté d’un citoyen de se déplacer, de voyager, de rechercher des moyens de subsistance et des opportunités, sous réserve de la loi, est un élément essentiel de la garantie de l’article 21 de la Constitution indienne. L’État peut, lorsque la loi le prévoit, réglementer ou restreindre cette liberté dans l’intérêt de la justice, de la sécurité ou de l’ordre public, mais cette restriction doit être étroitement limitée à ce qui est nécessaire, proportionnée à l’objectif recherché et clairement ancrée dans la loi. Lorsque les garanties procédurales se transforment en barrières rigides, ou que les incapacités temporaires se transforment en exclusions indéfinies, l’équilibre entre le pouvoir de l’État et la dignité de l’individu est perturbé et les promesses de la Constitution sont mises en péril. »
Juge Vikram Nath
La Cour a rappelé que le droit de voyager à l’étranger et de détenir un passeport sont des composantes essentielles du droit à la liberté personnelle, garanti par l’article 21 de la Constitution indienne. Toute restriction à ce droit doit être justifiée, raisonnable et proportionnée. Elle a également insisté sur le fait que la liberté est un droit fondamental, et non une faveur accordée par l’État.
Le passeport de M. Agarwal avait expiré en août 2023. La décision de la Cour suprême ordonne au ministère des Affaires étrangères et au bureau régional des passeports de Calcutta de lui délivrer un nouveau passeport ordinaire valable dix ans.
Avocats :
Pour les requérants : M. Gopal Subramaniam, avocat senior, M. Anup Kumar, AOR, Mme Gauri Subramanian, avocat, Mme Shruti Singh, avocat, Mme Neha Jaiswal, avocat, M. Shivam Kumar, avocat, M. Abhisek Kumar, avocat, Mme Vartika Vaishnavi, avocat, M. Raghav Kohli, avocat, M. Adnam Yousaf, avocat.
Pour les défendeurs : Mme Aishwarya Bhati, ASG, M. Raj Bahadur Yadav, AOR, Mme Chitrangada Rastravara, avocat, M. Gopi Chand, avocat, M. Ashok Kumar B, avocat, M. Arun Kumar Yadav, avocat, M. Raghav Sharma, avocat.

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