La musique locale peine à percer sur les plateformes de streaming en Australie et en Nouvelle-Zélande, malgré une consommation globale de musique en hausse. Selon une étude récente, le poids de la création musicale locale a chuté de manière significative au cours des cinq dernières années, soulevant des questions sur le rôle des algorithmes des plateformes.
L’Australasian Performing Rights Association et Australasian Mechanical Copyright Owners Society (APRA AMCOS), organisme de gestion des droits d’auteur, a publié ses chiffres clés de l’année, révélant une baisse alarmante de la part de marché de la musique australienne et néo-zélandaise. La musique écrite ou composée localement représente désormais seulement 9,5 % des écoutes enregistrées entre 2024 et 2025, contre plus de 10 % il y a cinq ans – une diminution de 31 %.
Ce recul s’opère pourtant dans un contexte de forte croissance de la consommation musicale. L’étude d’APRA AMCOS indique une augmentation de 50 % de l’écoute de musique sur les plateformes de streaming et les plateformes de contenu généré par les utilisateurs (UGC) au cours de la même période. Cette dynamique positive se traduit par une hausse des revenus de l’organisation, qui ont atteint 787,9 millions de dollars australiens (513,3 millions de dollars américains) en 2024, soit une augmentation de 6,5 % par rapport à l’année précédente. Les distributions aux ayants droit ont également progressé, de 7,8 % à 683,4 millions de dollars australiens (445,3 millions de dollars américains).
Dean Ormston, PDG d’APRA AMCOS, pointe du doigt les algorithmes des plateformes de streaming comme principal responsable de cette tendance. « Les Australiens et les Néo-Zélandais sont parmi les plus grands amateurs de musique au monde. Nous consommons plus de musique par habitant que presque partout ailleurs sur la planète, pourtant il devient de plus en plus difficile pour nos membres d’être vus et entendus chaque année », a-t-il déclaré. « Ce n’est pas parce que notre musique n’est pas de qualité. Au contraire, nos revenus d’exportation en hausse prouvent que nos artistes sont parmi les meilleurs au monde. Ils écrivent des tubes, remplissent des salles à l’international et sont en compétition au plus haut niveau. Le talent est indéniable. Nos plateformes sont sans frontières, mais les algorithmes favorisent l’échelle et le répertoire international domine par défaut. »
Cette problématique n’est pas propre à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande. Denis Ladegaillerie, fondateur et PDG de Believe, a récemment suggéré que les législateurs européens devraient examiner les raisons pour lesquelles les recommandations algorithmiques créent une « monoculture anglo-américaine » sur les marchés européens.
L’économiste musical Will Page a également publié des recherches soulignant que des pays comme la France, l’Allemagne et l’Italie bénéficient de la présence de leurs artistes en tête des classements locaux. Cependant, cette observation est nuancée : si les artistes locaux dominent les premières places, ils sont quasiment absents du reste du top 1 000. Selon les données de Luminate, huit des dix artistes les plus populaires en Allemagne l’année dernière étaient locaux, mais ils ne représentaient que 43 % des 1 000 titres les plus écoutés.
