Publié le 13 octobre 2025 02:38:00. Une étude révèle que la prise en charge des violences faites aux femmes représente un défi pour les internes en obstétrique et gynécologie, confrontés à un manque de formation et à des obstacles structurels qui entravent leur capacité à agir efficacement.
- Les internes en obstétrique et gynécologie se sentent souvent mal préparés à aborder la question des violences domestiques (VD) avec leurs patientes.
- Un modèle de soins axé sur le traitement plutôt que sur la prévention complique la prise en charge de ces situations.
- Des formations plus complètes et une meilleure coordination avec les services sociaux sont nécessaires pour améliorer la réponse du système de santé.
La prise en charge des femmes victimes de violences domestiques est une source de souffrance pour les internes en obstétrique et gynécologie, selon une étude récente. Les professionnels de santé interrogés soulignent les difficultés rencontrées pour intégrer cette problématique dans leur pratique quotidienne, souvent perçue comme relevant davantage du domaine social que médical.
Les internes se heurtent à plusieurs obstacles. Un modèle de soins biomédical, centré sur l’aspect curatif, limite l’attention portée à la prévention et à la promotion de la santé, rendant difficile l’intervention précoce dans les cas de VD. De plus, le manque de préparation spécifique, tant sur le plan technique que psychologique, est fréquemment évoqué. Les professionnels se sentent parfois dépassés par l’intensité émotionnelle de ces situations et manquent d’outils pour y faire face.
Les participantes et participants à l’étude expriment une conscience de l’importance de la VD, mais la considèrent souvent comme extérieure à leurs activités professionnelles. Ils attendent une résolution rapide des demandes des patientes, ce qui est rarement possible dans les cas de violence, générant anxiété et frustration. Cependant, il est à noter que la prise de conscience de ce problème peut également mobiliser les professionnels et les inciter à agir. Des études antérieures ont souligné que la VD suscite des émotions fortes chez les soignants, mais que ces émotions peuvent aussi être un moteur de changement. Référence 27, Référence 28.
Plusieurs initiatives ont été mises en place pour améliorer la formation des professionnels de la santé à la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) et les violences domestiques (VD). Référence 7, Référence 15, Référence 18. Certaines structures ont organisé des sessions éducatives pour augmenter le taux de détection des VD, mais les résultats sont variables. Dans certains cas, ces interventions n’ont pas entraîné d’augmentation significative du nombre de cas identifiés, tandis que dans d’autres, davantage de femmes ont déclaré avoir subi des violences. Néanmoins, il n’a pas été démontré que ces actions aient permis de réduire la VD elle-même. Référence 19.
Les internes expriment également des inquiétudes quant au manque de formation pour accompagner les victimes de VD et gérer cette problématique complexe. Ils ont l’impression que la VD n’est pas spontanément abordée lors des consultations de suivi de grossesse. Cependant, une étude menée au Royaume-Uni a montré que la majorité des femmes se sentent à l’aise lorsqu’on les interroge sur les violences domestiques et considèrent que cette question est pertinente. Référence 29. La perception de la VD comme une affaire privée reste un obstacle majeur à sa reconnaissance comme un problème de santé publique. Référence 15, Référence 20, Référence 29, Référence 30.
Des obstacles structurels, tels que le manque de temps, l’absence d’intimité, les lacunes en matière de formation et le manque de soutien de la direction, peuvent également limiter l’action des professionnels de la santé. Référence 31. Il est donc essentiel que les systèmes de santé garantissent des conditions favorables à la prise en charge de la VD, notamment en assurant la coordination des services, la formation du personnel, le financement et l’accès aux infrastructures nécessaires. Référence 13. Il est également important de lutter contre les tabous et les stéréotypes sexistes qui persistent dans de nombreuses sociétés.
L’hôpital Woman’s Hospital a mis en œuvre plusieurs actions stratégiques pour lutter contre la violence domestique. Ces initiatives ont pu sensibiliser les internes à cette problématique et améliorer leurs connaissances. Des discussions de cas, des cours de résidence et des réunions formelles ont été organisés. La formation continue, suivie par les internes sur leur propre initiative, peut également contribuer à approfondir leur compréhension du sujet.
L’absence de différence significative entre les résultats avant et après l’intervention souligne la nécessité de mettre en place des stratégies systématiques pour améliorer les connaissances, les attitudes et les pratiques des internes en obstétrique et gynécologie. Des interventions ponctuelles peuvent être utiles pour sensibiliser les professionnels aux enjeux psychosociaux, mais un programme de formation longitudinal sur la violence domestique serait plus efficace. Référence 32, Référence 33, Référence 34.
La combinaison de plusieurs interventions semble plus efficace qu’une seule pour améliorer la pratique professionnelle. Référence 35. Il est donc nécessaire de promouvoir des changements de comportement à long terme par des interventions globales.
L’utilisation par les internes de termes tels que « aider » ou « conseiller » révèle une approche parfois trop personnelle de la question, témoignant d’un manque de délimitation des rôles professionnels. Des études ont montré que les interventions peuvent être motivées par des attitudes personnelles plutôt que par des recommandations scientifiques. Référence 15. Les contraintes organisationnelles, telles que le nombre limité de professionnels réalisant le dépistage, la durée des consultations et le manque d’intimité, peuvent également affecter la prise en charge de la VD.
La crainte de « poser un problème pour rien » peut également inciter les professionnels à ne pas aborder la question des violences, surtout s’ils estiment que les structures institutionnelles et les réseaux de soutien sont insuffisants pour répondre aux besoins des femmes.
Le manque de formation spécifique à la VD est un obstacle majeur à la pratique des internes. Référence 36. Bien que cet obstacle soit fréquemment souligné, peu d’études proposent des interventions concrètes pour améliorer les compétences des internes en obstétrique et gynécologie. Référence 34. Il est donc crucial de combler ces lacunes en matière de formation, compte tenu des faibles taux de dépistage de la VD et de la forte prévalence de ce phénomène chez les femmes enceintes.
Si des changements au niveau du système de santé sont nécessaires pour améliorer le dépistage et la prise en charge des victimes de VD, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour évaluer l’impact de la formation des professionnels de la santé sur leur pratique clinique et sur les taux de dépistage.
L’étude présente certaines limites, notamment la petite taille de l’échantillon et le fait qu’il ne représente qu’un seul service, ce qui limite la généralisation des résultats. L’utilisation de questionnaires à questions fermées peut également introduire un biais. De plus, le questionnaire n’a pas été validé et il existe un risque de biais de désirabilité sociale dans les réponses des participants. Cependant, des mesures ont été prises pour minimiser ce risque, telles que l’auto-administration du questionnaire, l’utilisation de méthodes mixtes et la garantie de la confidentialité.
L’absence d’interaction en face-à-face limitée ou de témoignages de survivantes pourrait également limiter l’impact de l’intervention. L’intégration de tels témoignages dans la formation des professionnels de la santé pose des défis éthiques, notamment en termes de revictimisation et de respect de la vie privée.
L’étude a toutefois des points forts, notamment la possibilité offerte aux participantes et participants de s’exprimer librement et la transférabilité de l’intervention à d’autres services. La réflexion suscitée par la recherche pourrait également ouvrir la voie à de nouvelles approches.
Outre la formation des professionnels de la santé, le développement du travail d’équipe multidisciplinaire et la création d’un environnement de travail favorable sont essentiels pour intégrer la prise en charge de la VD dans la pratique des obstétriciens et gynécologues. La prise en charge des femmes victimes de violence doit dépasser une approche individualiste et réductionniste. Référence 17, Référence 27. Il est également important de créer des espaces d’écoute pour les professionnels, afin de reconnaître et de prendre en charge la souffrance liée à la prise en charge de sujets sensibles.
Notre étude souligne l’urgence d’une formation systématique des internes à la prise en charge de la violence conjugale en consultation prénatale. Ces résultats confirment que le développement des compétences des professionnels de la santé est un élément essentiel de la réponse sanitaire à la violence envers les femmes. Référence 13. Il est toutefois important de souligner que la formation ne suffit pas à elle seule. Une approche systémique globale est nécessaire, prenant en compte les services, l’information, les infrastructures, le financement et la gouvernance. Référence 13.
D’autres mesures devraient inclure la désignation de « champions » chargés de soutenir et d’encadrer les professionnels de la santé dans leur approche de la VD. Référence 37.
Il est également essentiel d’améliorer la connaissance des professionnels de la santé en matière de réseaux d’assistance sociale et de mécanismes de coordination entre les services de santé et ces réseaux, afin de faciliter la prise en charge des femmes exposées à des situations de violence.
