Publié le 30 décembre 2025 à 22h38. L’année 2025 a été marquée par une succession de crises en Asie-Pacifique, des cyberarnaques massives aux catastrophes naturelles en passant par les tensions géopolitiques, mais aussi par des signes de résilience économique et l’ascension du pouvoir d’influence chinois.
- Les cyberarnaques, notamment celles opérant depuis le « Scambodia », ont causé des milliards de dollars de pertes et entraîné l’exploitation de centaines de milliers de personnes.
- Une série de catastrophes naturelles, aggravées par des facteurs humains, ont fait plus de 5 400 morts et affecté des millions de personnes à travers l’Asie.
- Malgré les défis, les économies asiatiques ont affiché une croissance d’environ 5 %, et le pouvoir d’influence chinois s’est renforcé grâce à l’essor de ses technologies et de sa culture populaire.
L’année 2025 restera gravée dans les mémoires comme une période particulièrement sombre pour de nombreuses personnes en Asie-Pacifique. Des fraudes en ligne sophistiquées aux désastres naturels dévastateurs, en passant par les troubles sociaux et les tensions politiques, les défis ont été nombreux et souvent interconnectés. Les opérations de cybercriminalité, regroupées sous le nom de « Scambodia », ont prospéré au Myanmar, au Laos et au Cambodge, escroquant des victimes du monde entier. Ces réseaux criminels, qui recourent à des pratiques particulièrement cruelles surnommées la « boucherie de porcs » – consistant à manipuler et à exploiter leurs victimes jusqu’à épuisement de leurs ressources – ont attiré l’attention des autorités américaines.
La procureure américaine du district de Columbia, Jeanine Pirro, a déclaré :
« Les centres d’escroquerie créent un transfert de richesse générationnel de la rue principale de l’Amérique vers les poches du crime organisé chinois. »
Jeanine Pirro, procureure américaine du district de Columbia
Malgré les efforts pour démanteler ces réseaux et libérer les personnes réduites en esclavage, leur impunité persiste en raison de la faiblesse des gouvernements et de la corruption endémique.
Parallèlement, l’Asie a été frappée par une série de catastrophes naturelles particulièrement meurtrières. Le tremblement de terre du 28 mars au Myanmar a fait plus de 3 600 morts et déplacé près de 200 000 personnes, causant même des dégâts à Bangkok, en Thaïlande. Des inondations, des glissements de terrain et des typhons ont également ravagé le Sri Lanka, la Thaïlande, l’Indonésie, le Vietnam, la Malaisie et les Philippines, affectant des millions de personnes et causant plus de 1 800 décès. L’incendie du complexe d’appartements Wang Fuk Court à Tai Po, Hong Kong, a quant à lui fait au moins 160 morts, en raison de systèmes d’alarme incendie défectueux et de matériaux de construction non conformes.
Au milieu de ces difficultés, la génération Z a exprimé son mécontentement face à la corruption, au népotisme et aux inégalités économiques, organisant des manifestations au Népal, en Indonésie, aux Philippines, aux Maldives et au Timor-Leste. Si ces mouvements ont parfois conduit à des changements politiques, comme la chute du gouvernement népalais, leur impact reste globalement mitigé. La capacité de cette génération à maintenir son élan et à transformer ses revendications en un mouvement durable pour le changement reste à voir.
Sur le plan économique, les pays asiatiques ont fait preuve de résilience face aux tarifs douaniers imposés par l’administration Trump, adoptant des stratégies flexibles et adaptatives, comparables à la capacité du bambou à plier sans rompre. Cette approche a permis de réduire, bien qu’ils restent élevés, les droits de douane américains et de réorganiser les configurations commerciales. L’accord de coopération entre l’Inde, le Canada et l’Australie dans les domaines de la technologie et de l’innovation en est un exemple concret. Grâce à ces efforts, la région a maintenu une croissance d’environ 5 %, restant ainsi la région à la croissance la plus rapide au monde, selon la Banque asiatique de développement.
Enfin, 2025 a marqué une année particulièrement réussie pour le pouvoir d’influence chinois. Le lancement du modèle d’IA à faible coût DeepSeek a surpris le monde, autrefois dominé par les technologies américaines. De plus, Labubu, la « créature elfique » de Pop Mart, est devenue un phénomène mondial, apparaissant même dans le célèbre défilé de Thanksgiving de Macy’s à New York. Des véhicules électriques BYD aux films d’animation à succès comme Ne Zha 2 (ayant rapporté environ 1,9 milliard de dollars), en passant par les baskets Li-Ning et l’expansion rapide de Luckin Coffee, le « made in China » a conquis de nouveaux marchés et renforcé son image de marque. L’année 2025 confirme ainsi l’ascension de la Chine comme une puissance d’influence majeure sur la scène internationale.
Curtis S. Chin est un ancien ambassadeur des États-Unis auprès de la Banque asiatique de développement, directeur général du cabinet de conseil RiverPeak Group et président des boursiers asiatiques au Milken Institute. Jose B Collazo est un analyste spécialisé dans l’Indo-Pacifique. Les opinions exprimées ici sont celles des auteurs.
