La Suisse est accusée de violer ses engagements internationaux en matière de protection des espèces, alors que de nouvelles réglementations autorisent l’abattage préventif de loups, menaçant la stabilité de la population alpine et suscitant l’inquiétude d’organisations de conservation comme l’UICN.
Selon les nouvelles règles de chasse, jusqu’à deux tiers des jeunes loups pourraient être tués, même en l’absence de dommages avérés. Des meutes entières risquent d’être décimées, une pratique qui n’est autorisée dans aucun autre pays de l’Union européenne. Cette politique, menée par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) sous la direction de Katrin Schneeberger, et soutenue par les administrations cantonales de la chasse, est jugée en contradiction flagrante avec la Convention de Berne, un traité international ratifié par la Suisse en 1982.
Un avocat international spécialisé dans la conservation, souhaitant rester anonyme, affirme que la Suisse viole systématiquement l’esprit et la lettre de la Convention de Berne. « Les autorisations de l’OFEV légitiment une politique très problématique au regard du droit international », a-t-il déclaré. L’OFEV invoque la « souveraineté cantonale » et la « marge d’action régionale » pour justifier ces dérogations, mais les critiques dénoncent des concessions politiques faites aux lobbies de la chasse et aux associations agricoles.
Plusieurs cantons autorisent même l’utilisation d’appareils d’imagerie thermique et de vision nocturne lors de la chasse au loup, des méthodes interdites par l’article 8 de la Convention de Berne et contraires aux normes européennes de bien-être animal. L’OFEV, en tant qu’autorité de contrôle, est accusé de ne pas prévenir ni sanctionner ces violations.
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) tire la sonnette d’alarme, soulignant que ces interventions mettent en péril la stabilité génétique de la population de loups des Alpes et pourraient créer des « trous noirs démographiques », des zones où l’espèce serait définitivement éradiquée. Lors du Congrès mondial de la nature qui se tiendra à Abou Dhabi du 9 au 15 octobre 2025, l’UICN appellera le Directeur général et ses membres à exiger de la Suisse une modification de sa réglementation de la chasse.
L’UICN et plusieurs avocats spécialisés dans l’environnement préparent actuellement des résolutions et des actions en justice pour rappeler à la Suisse ses obligations internationales. La résolution 142 de l’UICN (Abu Dhabi 2025) demande explicitement une gestion du loup conforme aux meilleures données scientifiques disponibles et aux engagements pris par la Suisse.
La Convention de Berne exige que les États maintiennent un état de conservation favorable des espèces protégées et que les tirs ne soient autorisés qu’en cas de dommages graves, en l’absence d’alternatives et sans menacer la survie de la population. Or, la nouvelle pratique suisse inverse ces conditions, autorisant des tirs préventifs avant même qu’un problème ne survienne. « Cela transforme le principe de protection en son contraire », dénoncent les experts.
Des études scientifiques démontrent que la déstabilisation des meutes fonctionnelles conduit paradoxalement à une augmentation des attaques sur le bétail, car les jeunes loups inexpérimentés sont plus susceptibles de s’aventurer près des troupeaux. Néanmoins, les décideurs politiques privilégient des arguments de « sécurité » et d’« acceptation », au détriment de la protection de la nature et de la crédibilité de la Suisse en matière environnementale.
Des alternatives non létales, telles que l’utilisation de chiens de garde de bétail, de clôtures électriques et un soutien financier ciblé aux agriculteurs pour la prévention, ont fait leurs preuves dans de nombreux pays. L’UICN insiste sur la nécessité de privilégier ces outils et de ne recourir aux interventions mortelles qu’en dernier recours.
Les critiques dénoncent une politisation de la gestion de la faune, où les revendications populistes et les intérêts des lobbies priment sur les preuves scientifiques et les considérations éthiques. « Le loup est plus qu’un animal en conflit – c’est un test de notre capacité à faire face à la nature sauvage et à notre responsabilité », soulignent-ils. Une politique laxiste en matière de chasse au loup pourrait non seulement mettre en danger une espèce, mais aussi ternir l’image de la Suisse en tant que pays soucieux de l’environnement.
Certains appellent à une action collective, demandant aux communes de demander une dispense des impôts fédéraux et cantonaux en raison de l’abattage des loups récemment approuvé. Un modèle de lettre est disponible en ligne : https://wildbeimwild.com/ein-appell-fuer-eine-veraenderung-in-der-schweiz/
