Publié le 28 décembre 2025 à 03h43. Des contacts discrets, impliquant d’anciens collaborateurs de Donald Trump, révèlent une tentative de négociation avec l’entourage de Nicolás Maduro pour une sortie de pouvoir qui garantirait l’impunité du régime chaviste, malgré les sanctions américaines en cours.
- Des émissaires proches de Maduro auraient sollicité une grâce générale pour le président vénézuélien, sa famille et son cercle rapproché, en échange d’une transition politique.
- Richard Grenell, ancien ambassadeur américain en Allemagne et proche de Trump, serait impliqué dans ces démarches, bien qu’il n’agisse pas officiellement au nom du gouvernement américain.
- L’Espagne, et plus particulièrement Madrid, a été évoquée comme une destination possible pour l’exil de Maduro, sans que le gouvernement espagnol n’ait confirmé son accord.
Des sources proches du dossier vénézuélien, qui ont requis l’anonymat, affirment que des contacts ont été établis de manière discrète ces derniers mois, suivant une stratégie de prudence typique des affaires sensibles impliquant Washington depuis plus d’une décennie. Ces contacts viseraient à explorer une solution négociée permettant à Nicolás Maduro de quitter le pouvoir tout en préservant, dans une large mesure, la structure du régime en place.
Selon ces sources, le message aurait été transmis par l’intermédiaire de plusieurs intermédiaires jusqu’à Richard Grenell, ancien ambassadeur des États-Unis en Allemagne et ancien responsable ayant eu un accès direct à l’entourage de Donald Trump. Il n’existe cependant aucune preuve que Grenell agisse sur instruction du gouvernement américain ou qu’il représente une position officielle. Son nom est cité en raison de son passé d’interlocuteur informel dans des missions délicates, notamment dans le cadre de négociations pour la libération de prisonniers américains et de contacts directs avec Maduro à Caracas. M. Grenell n’a pas répondu aux sollicitations de nos confrères pour confirmer ces informations.
La Maison Blanche dément officiellement l’existence de canaux de communication ouverts ou de discussions formelles concernant une transition négociée au Venezuela. La position publique de l’administration américaine reste inchangée : Maduro doit céder le pouvoir aux vainqueurs des élections de 2024, à savoir Edmundo González Urrutia et María Corina Machado. Les sources insistent sur le fait que la proposition de sortie en toute sécurité formulée par l’entourage de Maduro relève davantage d’une tentative de marchandage politique que d’une véritable négociation en cours, rappelant que des initiatives similaires ont déjà échoué par le passé.
Les revendications chavistes
Le scénario envisagé, selon trois sources distinctes, comprendrait une grâce totale pour Maduro, sa famille et son entourage proche, dans le but de neutraliser les procédures judiciaires en cours devant les tribunaux fédéraux américains et d’éviter toute future possibilité d’extradition. Il s’agit d’une demande émanant de l’entourage du leader chaviste, et non d’une proposition acceptée ou même discutée au sein des instances officielles américaines. Une telle grâce nécessiterait des décisions politiques et judiciaires formelles qui, à l’heure actuelle, ne semblent pas avoir de chances de succès à Washington.
Des responsables ayant travaillé au sein de l’administration Trump rejettent toute approche impliquant l’impunité des dirigeants chavistes, selon les mêmes sources. Les poursuites pénales contre Maduro et son entourage se poursuivent indépendamment de ces démarches, et les États-Unis maintiennent une récompense de 50 millions de dollars pour toute information permettant de capturer le dirigeant vénézuélien en vue de son extradition et de son jugement. Aucune de ces mesures n’a été modifiée.
La proposition inclurait également le départ de Maduro du pouvoir et son exil à l’étranger. Dans ce contexte, l’Espagne, et plus précisément Madrid, a été évoquée comme une destination possible. Les sources indiquent que cette option a été soulevée au sein du cercle vénézuélien, mais soulignent qu’il n’existe aucune preuve que le gouvernement espagnol ait donné son accord, étudié ou approuvé un tel scénario. Toute mention d’un éventuel acquiescement de Madrid doit être considérée comme une hypothèse manipulée par des tiers. Le ministère espagnol des Affaires étrangères n’a pas répondu aux questions posées par nos confrères à ce sujet.
Le cas d’ Hugo Armando Carvajal, alias « El Pollo », ancien chef du renseignement militaire vénézuélien, est souvent cité comme précédent. Carvajal s’est enfui en novembre 2021 après avoir été provisoirement libéré par la Cour nationale en attendant la résolution de son extradition vers New York. Il est resté introuvable pendant près de deux ans avant d’être de nouveau arrêté à Madrid en septembre 2023. Après avoir épuisé toutes les voies de recours judiciaires, il a été extradé en juillet 2024 et collabore actuellement avec la justice américaine.
Par le passé, la Maison Blanche avait envisagé de permettre à Maduro de se réfugier dans des pays tels que la Turquie ou le Qatar. En 2019, Trump avait même offert des garanties pour faciliter son départ, dans le cadre d’une initiative qui a finalement échoué. Aujourd’hui, l’entourage du régime chaviste envisage à nouveau Madrid comme une option, en partie en raison de la présence d’anciens hauts responsables chavistes et du rôle joué par l’ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero. Selon les sources, tout scénario de ce type serait conditionné à la neutralisation préalable du risque d’extradition par une grâce totale, une condition qui ne bénéficie actuellement d’aucun soutien à Washington.
Gouvernement de transition
Le plan dont nos confrères ont eu connaissance prévoit également la formation d’un gouvernement de transition à Caracas, composé de personnalités issues du chavisme, mais présentées comme plus pragmatiques. Dans ce contexte, le nom du général à la retraite Miguel Rodríguez Torres, ancien ministre de l’Intérieur et ancien chef des services de renseignement, est évoqué. Il réside actuellement en Espagne depuis sa libération en janvier 2023. Son inclusion répondrait, selon les sources, à des considérations politiques attribuées aux frères Rodríguez, Jorge et Delcy.
Rodríguez Torres a été libéré le 21 janvier 2023, après près de cinq ans de détention, et s’est immédiatement rendu à Madrid. Sa libération est intervenue deux jours après une rencontre entre Maduro et l’ancien président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero. Rodríguez Torres a publiquement remercié Zapatero pour une médiation qui, selon lui, a duré près de trois ans. Le régime vénézuélien a justifié sa libération par des raisons humanitaires et sanitaires, sans détailler les termes de l’accord ni reconnaître une contrepartie politique.
Les sources consultées par nos confrères indiquent que Zapatero a été de nouveau contacté dans le cadre de ces démarches et qu’il a eu des entretiens politiques pour promouvoir le profil de Rodríguez Torres comme figure possible d’une transition contrôlée. L’ancien président n’a pas fait de déclaration publique sur ces efforts récents et n’a pas confirmé ces informations à nos confrères. La référence à son rôle est étayée par des témoignages de tiers et par des antécédents connus de sa médiation dans le dossier vénézuélien.
Depuis son arrivée en Espagne, Rodríguez Torres se présente comme un exilé politique. Zapatero a défendu par le passé qu’il maintenait la capacité de dialoguer avec des secteurs du chavisme et des forces armées, un argument utilisé par ceux qui considèrent qu’un remplacement du pouvoir conçu de l’intérieur est essentiel. Cette évaluation fait l’objet de débats et ne bénéficie pas d’un soutien unanime ni d’une reconnaissance internationale.
L’histoire de Rodríguez Torres ajoute de la complexité au scénario. Il a dirigé les services de renseignement entre 2010 et 2014 et a supervisé la réponse du gouvernement aux manifestations de 2014, qui ont fait 43 morts, selon les chiffres documentés par les organisations internationales. En 2018, il a été arrêté par le régime lui-même, accusé de complot, et a passé près de cinq ans en prison.
Parallèlement, le ministère espagnol des Affaires étrangères a été informé de ces démarches, selon les sources, mais maintient une position de prudence. Il n’existe aucune confirmation officielle des efforts en cours ou des engagements pris par le gouvernement espagnol. Toute décision de cette envergure aurait des implications diplomatiques et politiques qui, jusqu’à présent, n’ont pas été annoncées ni débattues publiquement.
