Publié le 8 décembre 2025 05:02:00. L’attrait croissant du crime organisé auprès des jeunes inquiète les établissements scolaires, qui constatent des recrutements de plus en plus précoces, parfois dès l’école primaire. Malgré la gravité de la situation, les directeurs d’école hésitent à s’exprimer publiquement par crainte pour l’image de leurs établissements.
- Des élèves, parfois dès le CM2, sont impliqués dans des activités criminelles, allant du trafic de drogue à l’extorsion.
- Les écoles signalent une augmentation des menaces et des pressions exercées sur les élèves par des réseaux criminels.
- La crainte de nuire à leur réputation pousse les établissements à rester discrets sur l’ampleur du problème.
Des enquêtes menées auprès de plusieurs conseils d’administration d’écoles révèlent une réalité alarmante : les réseaux criminels ciblent de plus en plus les jeunes élèves pour les recruter. Cette tendance, en forte progression ces dernières années, suscite une vive inquiétude quant à la vulnérabilité des enfants et des adolescents face à la criminalité.
Leon Meijs, fondateur de l’association WijSchool, qui conseille les écoles sur les influences criminelles, a interrogé des responsables d’établissements scolaires à travers le pays. Sans exception, ils confirment que le recrutement a lieu au sein des écoles, et que le problème s’est aggravé au cours des cinq dernières années. « Il est crucial de comprendre comment ce recrutement se déroule précisément », explique M. Meijs.
Les exemples sont choquants. Des enfants en CM2 sont impliqués dans le trafic de drogue dans les cours de récréation. Un collégien a été sérieusement menacé après s’être retrouvé en difficulté à cause de son commerce illégal de vapoteuses. Des élèves plus âgés font chanter leurs camarades sur les réseaux sociaux, sous la menace de violences graves.
Selon M. Meijs, les écoles hésitent à parler ouvertement de ce problème. « C’est un sujet incroyablement délicat », souligne-t-il. « Si un conseil d’administration parle publiquement de cela, cela signifie que cette criminalité se produit également dans sa cour d’école. » Il ajoute que cela peut avoir des conséquences importantes sur l’image de l’établissement, « alors qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une mauvaise école. La réalité, c’est que cela se produit dans presque toutes les écoles. »
« Je suis certain que certains élèves de CM2 effectuent des livraisons de drogues. »
Directeur d’école primaire (anonyme)
M. Meijs explique que cette réticence est compréhensible, mais qu’elle ne doit pas empêcher d’aborder le problème. « Il est essentiel que les enseignants soient formés pour reconnaître les signes avant-coureurs et qu’ils soient en mesure d’engager un dialogue ouvert avec les élèves, sans jugement. »
Cette réalité est confirmée par Eric van ‘t Zelfde, ancien directeur d’établissement scolaire pendant près de 25 ans. Il décrit le recrutement dans les écoles comme un « problème majeur ». « J’ai vu un jeune élève, mauvais en économie, gérer une entreprise florissante de protoxyde d’azote. J’ai vu des élèves incendier une poubelle sur la cour de l’école et y jeter un pétard. J’ai même vu un élève consommer de la cocaïne dans les toilettes », témoigne-t-il.
M. van ‘t Zelfde insiste sur le rôle des parents. « Les parents qui pensent que cela ne peut pas arriver à leurs enfants doivent essayer d’être plus à l’écoute », préconise-t-il. « Leurs enfants ont déjà tout vu et tout vécu dans la cour de l’école. » Il souligne que les jeunes sont souvent conscients des activités illégales qui se déroulent autour d’eux et qu’ils peuvent être impliqués malgré eux.
Selon M. van ‘t Zelfde, les écoles sont également motivées par des considérations financières. « Chaque école cherche à attirer de nouveaux élèves », explique-t-il. « Il faut se rappeler qu’une école secondaire reçoit environ 9 000 euros par élève et par an. » Cette pression financière peut inciter les établissements à minimiser les problèmes de criminalité pour ne pas nuire à leur réputation.
Pour M. Meijs, il est impératif d’ouvrir un débat sur cette question. « Nous risquons de perdre une partie de nos élèves si nous ne prenons pas conscience de l’ampleur du problème », avertit-il. « Il ne s’agit pas de blâmer les enseignants, qui ont presque toujours de bonnes intentions. Ils veulent aider leurs élèves, mais ils ne savent tout simplement pas comment faire. »
M. van ‘t Zelfde estime que les écoles doivent être plus vigilantes et ne pas hésiter à agir, même si cela implique de contourner certaines règles. Il cite l’exemple d’une jeune fille qu’il a aidée en prenant des décisions courageuses, malgré les contraintes liées à la protection de la vie privée. « Lorsque la sécurité d’un élève est en jeu, il faut toujours faire passer son intérêt en premier », conclut-il.
Les témoignages anonymes cités dans cet article ont été recueillis par Leon Meijs, de la fondation WijSchool, dans le cadre d’une enquête menée à la demande de EenVandaag auprès de plusieurs écoles primaires et secondaires.
