Publié le 7 décembre 2023 16:32:00. Une épidémie de grippe, provoquée par un variant particulièrement virulent (H3N2 sous-clade K), se propage plus tôt que prévu en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, mettant les systèmes de santé sous tension.
- La circulation du variant H3N2 sous-clade K a démarré plusieurs semaines avant la période habituelle, entraînant une augmentation rapide des infections.
- Des pays comme l’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni, l’Espagne, les États-Unis, le Canada et le Japon font état d’une pression hospitalière croissante.
- Les autorités sanitaires insistent sur l’importance de la vaccination, même si l’efficacité du vaccin actuel pourrait être réduite face à ce nouveau variant.
L’épidémie de grippe actuelle suscite l’inquiétude des autorités sanitaires à travers le monde. Contrairement aux saisons précédentes, le variant H3N2 sous-clade K se propage avec une rapidité inhabituelle, touchant plusieurs continents simultanément : Europe, Amérique du Nord et Asie. Cette propagation précoce, constatée entre trois et six semaines plus tôt que prévu selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), met à rude épreuve les capacités de réponse des systèmes de santé.
Plusieurs pays signalent déjà une augmentation significative du nombre de consultations et d’hospitalisations. En Espagne, l’Institut de Santé Carlos III (ISCIII) a enregistré un taux de grippe de 112,2 cas pour 100 000 habitants, un chiffre près de dix fois supérieur à celui de la même période l’année précédente. L’Allemagne et le Royaume-Uni font également état de chiffres records et ont renforcé leurs infrastructures hospitalières. Aux États-Unis, les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) confirment que le variant K devient dominant et préviennent que l’épidémie pourrait se prolonger jusqu’au printemps.
La situation est d’autant plus préoccupante que cette vague de grippe coïncide avec la circulation simultanée du virus respiratoire syncytial (VRS) et du SARS-CoV-2, ce qui aggrave la saturation des hôpitaux et complique le diagnostic différentiel. Le variant H3N2 sous-clade K présente des mutations dans sa capside externe, lui permettant d’échapper partiellement à l’immunité naturelle et à celle conférée par les vaccins actuels. Selon Andrew Pekos, de l’Université Johns Hopkins, ces changements génétiques multiplient la transmissibilité du virus, en particulier dans les environnements fermés et mal ventilés.
Les populations les plus vulnérables sont les enfants de moins de cinq ans et les personnes âgées, avec des pics d’incidence observés dans les garderies, les écoles et les résidences pour personnes âgées. Les symptômes courants incluent une forte fièvre, un malaise généralisé, des douleurs musculaires, une toux sèche et une fatigue intense. Les médecins soulignent qu’il est parfois difficile de distinguer la grippe du COVID-19 et d’autres infections respiratoires, et recommandent donc de réaliser des tests combinés pour un diagnostic précis.
Bien qu’il n’y ait pour l’instant aucune preuve que la sous-clade K provoque des maladies plus graves que les variantes saisonnières précédentes, sa progression rapide suscite des inquiétudes quant au risque de complications et à l’effondrement potentiel des systèmes de santé.
Face à cette situation, plusieurs pays mettent en œuvre des protocoles d’urgence : renforcement du personnel médical, création de zones d’isolement pour les patients présentant des symptômes respiratoires, port du masque obligatoire dans les hôpitaux et lancement de campagnes de sensibilisation à la prévention. Au Japon et au Royaume-Uni, les autorités recommandent le port du masque dans les centres de santé et l’isolement à domicile en cas de symptômes grippaux, en particulier pour les enfants et les personnes âgées.
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) souligne que, même si la majorité des cas sont bénins, l’impact systémique de cette épidémie pourrait compromettre la prise en charge d’autres pathologies si la pression sur les hôpitaux persiste.
Les autorités sanitaires insistent sur l’importance de la vaccination, même si la protection offerte par le vaccin actuel contre la sous-clade K pourrait être réduite. Elles recommandent la vaccination en particulier aux personnes de plus de 60 ans, aux personnes souffrant de maladies chroniques, aux professionnels de la santé et aux femmes enceintes.
En complément de la vaccination, il est essentiel de respecter les gestes barrières : se faire vacciner dès que possible si l’on appartient à un groupe à risque, porter un masque dans les lieux clos et fréquentés, aérer régulièrement les pièces, se laver fréquemment les mains et éviter tout contact avec les personnes vulnérables en cas de symptômes grippaux. En cas de fièvre persistante, de difficultés respiratoires ou de signes d’aggravation, il est impératif de consulter un médecin sans tarder. Les antibiotiques sont inefficaces contre le virus de la grippe et leur utilisation inappropriée contribue à la résistance bactérienne.
« Même lorsque les souches du virus de la grippe en circulation évoluent et développent certaines différences par rapport aux souches vaccinales, le vaccin contre la grippe peut offrir une protection significative contre la maladie, l’hospitalisation et la mort », a déclaré Marc-Alain Widdowson, chef de l’unité Menaces pandémiques, maladies transmissibles et résistance aux antimicrobiens à l’OMS/Europe, dans un communiqué de presse. “Il reste essentiel de se faire vacciner, en particulier pour les personnes présentant un risque plus élevé d’infection grave”, a-t-il ajouté.
