Publié le 10 décembre 2025 à 13h34. Une enquête européenne révèle qu’environ 200 naissances pourraient être liées au sperme d’un donneur porteur d’une mutation génétique augmentant considérablement le risque de cancer, soulevant des questions sur les protocoles de dépistage et le nombre maximal d’utilisations autorisées pour un seul donneur.
- Près de 200 bébés nés grâce au sperme d’un donneur présentent un risque accru de développer un cancer en raison d’une mutation du gène TP53.
- L’enquête, menée par 14 médias publics dont la BBC, a révélé que le donneur ignorait être porteur de cette mutation.
- La banque de sperme européenne impliquée a admis que les règles concernant le nombre de familles pouvant bénéficier du sperme d’un même donneur ont pu être enfreintes dans certains pays.
L’affaire, révélée par un consortium de journalistes d’investigation européens, met en lumière une faille potentielle dans les systèmes de contrôle de la procréation médicalement assistée (PMA). Le donneur, dont l’identité n’a pas été divulguée, a commencé à faire des dons en 2005, alors qu’il était étudiant, et son sperme a été utilisé pendant environ 17 ans dans 67 cliniques de fertilité réparties dans 14 pays. La mutation du gène TP53, associée au syndrome de Li-Fraumeni, augmente considérablement le risque de développer divers types de cancers, parfois dès l’enfance.
Selon les experts, la mutation pourrait être présente dans jusqu’à 20 % de ses spermatozoïdes. La banque de sperme européenne, basée au Danemark, a déclaré que le donneur et les membres de sa famille ne présentent actuellement aucun signe de maladie et que la mutation du gène TP53 n’est pas systématiquement détectée par les tests de dépistage génétique préventifs. Elle a également affirmé avoir immédiatement retiré le donneur de son programme dès que le problème a été identifié.
Les familles concernées ont été informées, mais le nombre exact d’enfants ayant hérité de la mutation reste incertain, car les données n’ont pas été recueillies dans tous les pays. Le syndrome de Li-Fraumeni, comme l’explique Claire Turnbull, oncologue génétique à l’Institute of Cancer Research de Londres, est un diagnostic particulièrement difficile à accepter :
« Le syndrome de Li Fraumeni est un diagnostic terrible. C’est très difficile à accepter pour une famille, c’est dur de vivre avec la probabilité de développer un cancer. »
Claire Turnbull, oncologue génétique à l’Institute of Cancer Research de Londres
Les personnes atteintes de ce syndrome doivent subir régulièrement des examens d’imagerie par résonance magnétique et des échographies pour détecter d’éventuelles tumeurs. Les femmes, en particulier, peuvent envisager une mastectomie préventive pour réduire leur risque.
Des médecins ayant examiné des enfants atteints de tumeurs et conçus avec du sperme provenant de ce donneur ont signalé 23 cas de mutation sur 67 enfants testés, dont 10 ont déjà reçu un diagnostic de cancer. Certains bébés sont malheureusement décédés, et les experts estiment qu’une minorité seulement de ceux qui ont hérité de la mutation échapperont au cancer au cours de leur vie.
L’absence de réglementation internationale concernant le nombre maximal d’utilisations du sperme d’un même donneur est également pointée du doigt. Allan Pacey, ancien directeur de la Sheffield Sperm Bank et actuel vice-doyen de la Faculté de biologie, de médecine et de santé de l’Université de Manchester, souligne que :
« Les pays sont devenus dépendants des banques internationales de sperme qui vendent également à d’autres pays et c’est là que commence le problème, car il n’existe aucune loi internationale réglementant la fréquence à laquelle un échantillon peut être utilisé. »
Allan Pacey, vice-doyen de la Faculté de biologie, de médecine et de santé de l’Université de Manchester
Il ajoute que le dépistage ne peut jamais être totalement infaillible : « Il n’est pas possible de tout filtrer, nous n’acceptons que 1 à 2 % des hommes qui postulent comme donneurs de sperme dans le système de sélection actuel, donc si nous le rendions encore plus rigoureux, nous n’en aurions plus aucun. »
La Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie a suggéré de limiter le nombre de familles pouvant bénéficier du sperme d’un même donneur à 50, mais les experts soulignent que cela ne réduirait pas nécessairement le risque d’hériter de maladies génétiques rares. Ils rappellent toutefois qu’une clinique agréée effectue généralement des tests de dépistage plus approfondis que ceux auxquels sont soumis les futurs pères dans le cadre d’une conception naturelle.
