L’intelligence artificielle s’invite dans les régimes post-fêtes : de plus en plus de personnes utilisent ChatGPT pour élaborer des plans alimentaires personnalisés et perdre du poids, mais les spécialistes mettent en garde contre une approche trop simpliste et déconnectée des causes profondes des problèmes de poids.
Après les excès des fêtes de fin d’année, la tentation d’un nouveau régime est forte. Selon une enquête YouGov, les Européens ont pris en moyenne 1,4 kg pendant les vacances. Un repas de Noël peut facilement dépasser les 6 000 calories, soit trois fois l’apport quotidien recommandé, note la British Dietetic Association. Face à ce constat, l’IA se positionne comme un allié potentiel.
Sophie, une Neuchâteloise de 32 ans, témoigne avoir perdu les kilos qu’elle jugeait superflus grâce à un régime suivi avec l’aide de ChatGPT. « En août, j’ai formulé une requête détaillée précisant mon profil et mes objectifs. Je souhaitais perdre cinq kilos en trois mois. J’ai réussi à maintenir cette discipline, contrairement à mes tentatives précédentes », explique-t-elle.
Cette pratique, qui peut sembler surprenante, n’est pas isolée. Une enquête publiée en mars 2025 par la Harvard Business Review révélait que certaines personnes utilisaient déjà l’IA générative pour améliorer leurs habitudes alimentaires et maigrir. Depuis ce printemps, le régime assisté par intelligence artificielle semble gagner en popularité.
« Plusieurs de mes patients m’ont confié utiliser ChatGPT pour trouver des idées de recettes saines et composer des menus adaptés à leurs objectifs », confirme Mélanie Berrut, diététicienne à la Maison Santé Chablais à Collombey. Didier, un Vaudois de 43 ans, utilise également ChatGPT pour l’aider à maîtriser ses « péchés mignons » – burgers et chips – et à mieux gérer les portions de ses repas. « L’IA a calculé mes besoins caloriques quotidiens et m’a proposé des menus hebdomadaires avec une légère restriction calorique pour perdre trois kilos. Les recettes sont plutôt agréables et j’ai déjà constaté une perte de poids. »
Les spécialistes du domaine se sont intéressés à cette tendance. « Nous avons testé les propositions de ChatGPT et les conclusions sont plutôt encourageantes. L’IA donne des conseils globalement corrects, bien qu’ils soient souvent généraux », explique Sylvie Borloz, diététicienne cheffe adjointe au CHUV. « On n’atteint pas un niveau de personnalisation élevé, mais c’est un bon point de départ pour ceux qui ont peu de connaissances en nutrition. »
Cependant, les diététiciens soulignent les limites de cette approche. « Cette quasi-dépendance à l’IA peut être contre-productive, car elle risque de négliger l’autonomie du patient dans sa vie quotidienne », prévient Mélanie Berrut. Ils mettent également en garde contre le risque de se fixer des objectifs de perte de poids trop ambitieux ou inappropriés. Des tests montrent que l’IA propose parfois des régimes sans évaluer leur pertinence sur le plan de la santé.
« Une démarche assistée par l’IA peut effectivement entraîner une perte de poids à court terme, mais elle manque d’une analyse approfondie des causes sous-jacentes – psychologiques, médicales ou environnementales – qui motivent les comportements alimentaires menant au surpoids », diagnostique Mélanie Berrut. Sans cette compréhension, le risque de reprise de poids, le fameux effet yoyo, est élevé.
« Il faut environ trois mois pour changer une seule mauvaise habitude », souligne la diététicienne. « Les premières satisfactions peuvent être suivies de désillusions, car on n’a pas réussi à modifier des aspects fondamentaux de son mode de vie sur le long terme », ajoute Sylvie Borloz. Une approche trop restrictive peut même conduire à des troubles du comportement alimentaire, au diabète ou à des maladies cardiovasculaires. En cas de surpoids lié à une pathologie, les recommandations de l’IA peuvent être dangereuses.
Pour élaborer un régime avec ChatGPT, les spécialistes recommandent d’éviter toute radicalité, de continuer à manger de tout sans supprimer des groupes d’aliments, et de se faire plaisir. Il est également essentiel d’être réaliste et de s’assurer que le régime proposé correspond à son mode de vie. L’auto-analyse est cruciale : il faut interroger ses sensations de faim et de satiété, et réfléchir à l’influence de ses émotions sur son alimentation.
Il est important de détailler au maximum sa requête (sexe, âge, taille, poids, pathologies, allergies, niveau d’activité physique…) pour obtenir des recommandations pertinentes. Enfin, il faut garder un esprit critique : « Il faut être conscient que les réponses de ChatGPT ne proviennent pas d’un expert, mais d’un condensé d’informations trouvées sur internet », prévient Sylvie Borloz. « Ces agents conversationnels peuvent se contredire, se tromper ou même inventer des informations. Il faut rester vigilant et remettre en question les propositions qui semblent aberrantes. »


