Publié le 12 décembre 2025 à 05h19. Une analyse génomique d’envergure révèle que les troubles psychiatriques, bien que variés en apparence, partagent des racines biologiques communes, ouvrant la voie à une meilleure compréhension et à des traitements plus ciblés.
- Une étude publiée dans Nature identifie cinq facteurs génétiques majeurs qui expliquent une part importante de la vulnérabilité aux troubles psychiatriques.
- Les chercheurs ont analysé les données génétiques de 14 troubles différents, révélant des chevauchements significatifs et des différences subtiles dans leur base génétique.
- Cette recherche pourrait conduire à une classification plus précise des troubles mentaux et à des approches thérapeutiques personnalisées.
Les troubles psychiatriques touchent une proportion importante de la population, avec environ la moitié des individus répondant aux critères d’au moins un diagnostic au cours de leur vie. La complexité de ces affections réside souvent dans leur comorbidité – la coexistence de plusieurs troubles chez un même individu – et dans la difficulté de définir des limites claires entre les catégories diagnostiques. Traditionnellement, les diagnostics reposent sur l’observation des symptômes, ce qui masque souvent les mécanismes biologiques sous-jacents.
Les progrès récents en génomique psychiatrique ont permis d’identifier des centaines de variations génétiques associées à ces troubles. Ces découvertes suggèrent que de nombreux troubles partagent des fondements biologiques communs, mais aussi que des facteurs génétiques spécifiques contribuent à leur développement individuel.
Cette nouvelle étude, menée par le groupe de travail sur les troubles croisés du Psychiatric Genomics Consortium (CDG3), a analysé les données génétiques de 14 troubles psychiatriques différents, incluant l’anorexie mentale, le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), les troubles du spectre autistique, le trouble bipolaire, la dépression majeure, le trouble obsessionnel compulsif (TOC), la schizophrénie, le syndrome de Gilles de la Tourette, ainsi que des troubles liés à la consommation d’alcool, de cannabis et d’opioïdes, l’anxiété, le trouble de stress post-traumatique (TSPT) et la dépendance à la nicotine.
Les chercheurs ont identifié cinq facteurs génétiques latents qui expliquent environ les deux tiers de la variance génétique observée pour chaque trouble. Ces facteurs correspondent à des groupes de gènes qui semblent jouer un rôle similaire dans différents troubles. Ils ont également découvert 238 locus pléiotropes – des régions du génome qui influencent plusieurs troubles à la fois. L’analyse a révélé que certains troubles, comme le syndrome de Gilles de la Tourette, conservent une part importante de variance génétique spécifique à la maladie.
L’étude a également mis en évidence des centaines de régions du génome qui différencient des paires de troubles, en particulier celles appartenant à des facteurs génétiques distincts. Les troubles regroupés au sein d’un même facteur présentent peu de différences génétiques entre eux, ce qui confirme leur forte similarité biologique.
Ces résultats offrent une nouvelle perspective sur la classification et le traitement des troubles psychiatriques, en suggérant qu’une approche plus axée sur les mécanismes biologiques pourrait être plus efficace. Les chercheurs ont notamment identifié des voies cellulaires distinctes qui semblent être impliquées dans différents facteurs génétiques, comme l’activité des neurones excitateurs dans la schizophrénie et le trouble bipolaire, et les processus liés aux oligodendrocytes dans les troubles d’intériorisation.
Les points forts de cette étude résident dans sa taille d’échantillon sans précédent, la diversité des méthodes d’analyse utilisées et l’intégration d’informations à différentes échelles – génomique, régionale et fonctionnelle. Cependant, les chercheurs soulignent certaines limites, notamment la représentation inégale des différentes populations dans les données analysées, ce qui a nécessité de limiter la plupart des analyses aux personnes d’ascendance européenne. Ils mentionnent également la variabilité de la taille des échantillons pour chaque trouble et la possibilité de biais liés à la classification diagnostique.
Malgré ces limites, cette recherche représente une avancée significative dans la compréhension des bases génétiques des troubles psychiatriques et ouvre la voie à de nouvelles pistes pour le développement de traitements plus efficaces et personnalisés.
Référence du journal :
- Grotzinger, A.D., Werme, J., Peyrot, W.J., Frei, O., De Leeuw, C., Bicks, L.K., Guo, Q., Margolis, MP, Coombes, B.J., Batzler, A., Pazdernik, V., Biernacka, J.M., Andreassen, OA, Anttila, V., Børglum, A.D., Breen, G., Cai, N., Demontis, D., Edenberg, H.J., . . . Smoller, JW (2025). Cartographie du paysage génétique de 14 troubles psychiatriques. Nature, 1-15. https://www.nature.com/articles/s41586-025-09820-3
