Publié le 11 janvier 2026 à 03h00. La crise qui frappe la Nouvelle EPS s’aggrave : depuis le 1er janvier, Colsubsidio ne délivre plus de médicaments à ses utilisateurs, laissant 1,6 million de patients dans l’incertitude, tandis que les hôpitaux suspendent les soins faute de paiements.
- La suspension de la délivrance de médicaments par Colsubsidio touche 1,6 million d’utilisateurs de la Nouvelle EPS.
- De nombreux hôpitaux et cliniques ont suspendu les soins aux patients de la Nouvelle EPS en raison de dettes impayées, atteignant des sommes considérables.
- Le nombre de plaintes et de réclamations contre la Nouvelle EPS a explosé, témoignant d’une crise profonde du système de santé.
La situation de la Nouvelle EPS, placée sous tutelle gouvernementale depuis avril 2024 suite à une intervention de la Surintendance Nationale de la Santé, continue de se détériorer. Loin de résoudre les problèmes de cet assureur maladie, le plus important du pays, les mesures prises jusqu’à présent ont exacerbé les difficultés, entraînant une cascade de conséquences négatives pour les usagers.
Depuis le 1er janvier, les patients de la Nouvelle EPS ne peuvent plus se procurer leurs médicaments via Colsubsidio, un gestionnaire pharmaceutique qui assurait auparavant cette prestation à plus d’un million de personnes. Cette décision fait suite à des mois de tensions liées aux retards de paiement de l’assureur. À cela s’ajoutent les 2,4 millions de patients qui, jusqu’en novembre 2025, recevaient leurs médicaments par l’intermédiaire de Disfarma, un autre gestionnaire pharmaceutique ayant également rompu son contrat avec la Nouvelle EPS pour les mêmes raisons.
Les conséquences de cette situation sont visibles au quotidien : de longues files d’attente se forment devant les bureaux de l’EPS dans différentes villes du pays, où les patients tentent désespérément de savoir comment obtenir leurs médicaments. Le Bureau du Médiateur a d’ailleurs émis une alerte face à l’augmentation inhabituelle du nombre de plaintes et de réclamations.
« Nous avons identifié une augmentation et une accumulation alarmantes de cas dus à la délivrance intempestive de médicaments associée au responsable pharmaceutique Colsubsidio. »
Bureau du Médiateur
La Médiatrice, Iris Marín, a souligné la gravité de la crise :
« La crise se manifeste par l’interruption des services, la suspension des procédures, l’annulation des rendez-vous et de graves échecs dans la livraison des médicaments, mettant en danger la vie et le bien-être des patients. »
Iris Marín, Médiatrice
Les dettes de la Nouvelle EPS ne se limitent pas aux gestionnaires pharmaceutiques. Tout au long de l’année 2025, plusieurs établissements de santé ont suspendu les soins aux patients de l’assureur en raison de sommes dues impayées, atteignant des montants considérables. L’hôpital San Rafael de Tunja et l’hôpital régional de Sogamoso ont ainsi cessé de traiter les patients de la Nouvelle EPS depuis le 1er janvier, en raison de dettes respectives de 137 milliards de pesos et 37 milliards de pesos. Des situations similaires ont été rapportées à la clinique Shaio de Bogota, à l’hôpital régional d’Orinoquia (Yopal), à l’hôpital universitaire San Jorge (Pereira), au Centre de réadaptation Boyacá, à l’hôpital San Rafael (Pasto) et dans au moins cinq autres hôpitaux à travers le pays. Des accords ont parfois été conclus pour éviter une suspension définitive des services, mais dans de nombreux cas, les patients se retrouvent sans accès aux soins.
Selon un rapport récent de l’Association colombienne des hôpitaux et cliniques (ACHC), les EPS placées sous tutelle gouvernementale sont les plus gros débiteurs du système hospitalier. La Nouvelle EPS est particulièrement concernée, avec une dette qui est passée de 5 000 milliards de pesos à 6 690 milliards de pesos entre décembre 2024 et juin 2025, soit une augmentation de 1,7 billion de pesos (33,7 %).
L’ampleur exacte de la crise financière de la Nouvelle EPS reste difficile à évaluer, car l’entité ne publie plus ses états financiers depuis 2024. L’Observatoire Ainsi soyons en bonne santé a toutefois constaté que le déficit du secteur a triplé au cours des trois dernières années, en particulier parmi les EPS intervenues par le gouvernement.
Cette situation se traduit par une explosion du nombre de plaintes et de réclamations. Entre janvier et juin 2025, 179 666 réclamations ont été enregistrées contre la Nouvelle EPS dans le régime contributif, un chiffre sans précédent qui représente le taux de réclamations le plus élevé de tous les EPS du régime contributif. Ce chiffre est en augmentation de 70 % par rapport au premier semestre 2024 (105 163 réclamations) et de 78,8 % par rapport à 2023 (100 473 plaintes).
Dans le régime subventionné, 64 750 plaintes ont été enregistrées au premier semestre 2025, soit une augmentation de 34,4 % par rapport aux 48 154 enregistrées à la même période en 2024.
« Cette situation affecte plus de 11,5 millions de membres dans tout le pays, qui doivent décider s’ils doivent acheter de la nourriture ou des médicaments, sachant que les médicaments coûteux ne sont pas vendus dans les pharmacies en raison de leur valeur et parce qu’historiquement ils ont été fournis par l’État. Il est incohérent que le ministère de la Santé continue de défendre le discours selon lequel l’argent suffit et que le problème réside dans la gestion de l’EPS. »
Denis Silva, porte-parole de Patients Colombie
Néstor Álvarez, président de l’Association des patients à coût élevé, a souligné que
« la crise humanitaire des patients de la Nouvelle EPS s’accentue chaque jour. Maintenant, avec le départ de Colsubsidio, l’incertitude grandit. Bien que certains gestionnaires aient été définis – qui n’ont pas non plus réussi à livrer les médicaments -, le problème ne sera pas résolu si davantage de ressources ne sont pas allouées au système par le Gouvernement. »
Néstor Álvarez, président de l’Association des patients à coût élevé
Il a également dénoncé de graves violations du droit fondamental à la santé, ainsi qu’un silence assourdissant des autorités compétentes.
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