Publié le 25 novembre 2025 à 11h15. La transition énergétique et industrielle de la Thaïlande est confrontée à des défis majeurs, entre des objectifs climatiques jugés irréalistes et une géopolitique mondiale en pleine mutation. Lors d’une conférence à Bangkok, un économiste de premier plan a souligné la nécessité pour le pays de s’adapter et de saisir les opportunités offertes par les énergies renouvelables.
- L’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius d’ici 2100 est désormais considéré comme improbable par de nombreux scientifiques.
- Le monde est divisé en trois blocs économiques principaux : les États-Unis (consommation), la Chine (production) et l’Union européenne (réglementation).
- La Thaïlande a le potentiel de devenir un pôle majeur d’énergie renouvelable, notamment solaire, et d’attirer les investissements étrangers.
Lors du Forum “Générer un avenir plus propre 2025, année 3” à Bangkok, Burin Adulwattana, directeur général et économiste en chef de Kasikorn Research Center Co., Ltd., a dressé un tableau préoccupant de la situation mondiale. Il a mis en évidence les facteurs qui pourraient entraver la transition énergétique et industrielle de la Thaïlande, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et d’objectifs climatiques de plus en plus difficiles à atteindre.
Selon M. Adulwattana, la COP30 a été une déception.
« Beaucoup de choses évoquées ne se sont jamais réellement produites. La plupart des scientifiques pensent aujourd’hui que nous ne pourrons pas contrôler les températures mondiales en dessous de 1,5 degrés Celsius d’ici 2100. »
Burin Adulwattana, directeur général et économiste en chef de Kasikorn Research Center Co., Ltd.
Face à cet échec, chaque pays et chaque industrie doivent se préparer à un monde plus chaud. De plus, les financements promis par les pays riches pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions de carbone n’ont pas encore été versés.
L’économie mondiale est, selon l’analyste, en proie à un “choc des idéologies”, notamment entre les États-Unis et la Chine, ce qui se traduit par une division en trois blocs principaux, chacun représentant environ 30 % de l’économie mondiale :
- Les États-Unis : Pôle de consommation, avec une forte dépense des ménages (représentant 30 % de la consommation mondiale). Malgré une dette de carte de crédit dépassant 1 000 milliards de dollars, les États-Unis restent un producteur et exportateur majeur de pétrole et de gaz, cherchant à minimiser l’attention portée au changement climatique pour ne pas affecter leurs exportations.
- La Chine : Terminal de production, fabriquant environ 30 % des biens mondiaux. Le pays est confronté à une déflation persistante et dépend fortement des importations de pétrole (60 à 70 %). La Chine mise sur les technologies propres (voitures électriques, batteries, panneaux solaires, éoliennes) pour stimuler sa nouvelle économie et développer ses exportations.
- L’Union européenne : Pôle de régulation, se concentrant sur la création de lois et de normes qui affectent environ 30 % du commerce mondial. Ces réglementations visent à protéger contre l’influence étrangère et à soutenir les entreprises européennes.
Ce protectionnisme commercial, illustré par les tentatives américaines de limiter l’importation de voitures chinoises, profite aux constructeurs automobiles japonais et allemands. La Chine doit donc adapter sa stratégie de production, notamment en délocalisant ses activités de batteries et de véhicules à énergies nouvelles vers des pays comme l’Allemagne, l’Espagne, la Hongrie, ainsi que vers l’Asie du Sud-Est (Indonésie, Thaïlande, Vietnam) en raison de l’incertitude politique américaine.
M. Adulwattana a également souligné l’impact de la taxe carbone (CBAM) et d’autres réglementations sur la compétitivité des entreprises.
« La Thaïlande doit se concentrer sur la réforme industrielle. Si nous tardons, ce ne sera peut-être pas à temps. Parce que les pays étrangers ont déjà commencé à appliquer des mesures. »
Burin Adulwattana, directeur général et économiste en chef de Kasikorn Research Center Co., Ltd.
L’adoption généralisée de règles de type CBAM pourrait coûter plusieurs dizaines de milliards de bahts à la Thaïlande.
Cependant, la Thaïlande a une opportunité unique de devenir un pôle d’énergie renouvelable. Le pays bénéficie d’un fort ensoleillement (plus de 8 heures par jour, environ 325 jours par an) et pourrait augmenter la part de l’énergie solaire dans son mix énergétique de 5 à 6 % actuellement à 20-25 %. L’installation de centres de données, attirés par les politiques favorables du gouvernement et la possibilité d’accéder à des parcs solaires, ainsi que le stockage de l’énergie produite grâce à des batteries, pourraient attirer des investissements étrangers.
Pour réussir cette transition, le gouvernement doit non seulement investir dans les infrastructures d’énergie propre, mais aussi moderniser le réseau électrique. Une intégration et une coopération étroite entre le secteur public, le secteur privé et la population seront essentielles pour assurer une croissance durable et conduire le pays vers une société à faibles émissions de carbone.
