La rivalité technologique entre la Chine et les États-Unis s’intensifie avec le cas Nexperia, un fabricant de semi-conducteurs basé aux Pays-Bas. Pékin a dénoncé ce jeudi une décision des autorités néerlandaises, qu’elle attribue à des pressions américaines, de placer l’entreprise sous contrôle renforcé.
Le gouvernement néerlandais justifie cette intervention sans précédent dans le secteur européen des semi-conducteurs en invoquant des préoccupations de sécurité nationale, s’appuyant sur une loi datant de la Guerre froide. Nexperia, qui emploie environ 12 500 personnes sur des sites répartis à travers le monde – de Tokyo à Détroit, en passant par Paris, New Delhi et Singapour – était autrefois une filiale du géant Philips.
« La partie chinoise s’oppose fermement à la tentative de la partie néerlandaise d’élargir abusivement le concept de sécurité nationale et d’intervenir directement dans les affaires internes des entreprises par le biais de mesures administratives », a déclaré He Yongqian, porte-parole du ministère chinois du Commerce. Selon lui, cette initiative « non seulement viole l’esprit des accords contractuels et les principes du marché, mais elle portera également gravement atteinte à l’environnement commercial néerlandais. Cela nuira non seulement aux Pays-Bas eux-mêmes mais aussi à d’autres ».
Pékin accuse Washington d’avoir exercé une influence déterminante sur cette décision. Des documents judiciaires néerlandais cités par la Chine suggèrent que les États-Unis auraient « exigé que les Pays-Bas remplacent le directeur général chinois de Nexperia et modifient sa structure de gouvernance ». Cette accusation intervient après que la maison mère de Nexperia, Wingtech, a été inscrite sur la « liste d’entités » américaine, considérée comme une menace pour la sécurité nationale des États-Unis. Quelques mois plus tard, la Cour d’appel d’Amsterdam a suspendu Zhang Xuezheng, le directeur général de Nexperia, en raison de « raisons valables de douter d’une bonne gestion ».
En représailles, Pékin a interdit à Nexperia d’exporter des marchandises depuis la Chine, soulignant l’ampleur des tensions. « Nous espérons que les Pays-Bas sauront faire preuve d’indépendance et d’autonomie, agiront dans l’optique de préserver les relations économiques et commerciales sino-néerlandaises » et « corrigeront leurs pratiques erronées », a ajouté He Yongqian.
L’affaire Nexperia s’inscrit dans un contexte plus large de reprise des tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, notamment depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier. Pékin a récemment annoncé de nouvelles restrictions sur les exportations de terres rares – des matières premières essentielles pour les industries technologiques, énergétiques et de défense. Washington a répliqué en menaçant d’imposer des droits de douane supplémentaires de 100 % sur les produits chinois à partir du 1er novembre, et les deux pays se sont mutuellement imposé des droits spéciaux sur les navires entrant dans leurs ports.
« Les déclarations du président américain sont un exemple typique d’intimidation unilatérale et de coercition économique », a estimé Lin Jian, un autre porte-parole chinois, dénonçant une stratégie de « containment technologique » menée par Washington. Pour les observateurs, la décision néerlandaise pourrait signaler un changement dans la manière dont l’Europe s’aligne sur la stratégie américaine en matière de sécurité économique, les Pays-Bas allant au-delà des restrictions d’exportation d’équipements lithographiques en intervenant directement dans la gouvernance d’une entreprise chinoise.
À retenir
- Le gouvernement néerlandais place Nexperia, un fabricant de semi-conducteurs chinois, sous contrôle renforcé pour des raisons de sécurité nationale.
- Pékin dénonce une ingérence américaine et une violation des règles du marché.
- L’affaire s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre la Chine et les États-Unis.
Contexte
La rivalité technologique entre les États-Unis et la Chine s’intensifie depuis plusieurs années, avec des restrictions sur les exportations de technologies clés et des accusations mutuelles d’espionnage industriel. Les Pays-Bas jouent un rôle important dans la production d’équipements lithographiques, essentiels à la fabrication de semi-conducteurs, et ont déjà imposé des restrictions à la Chine dans ce domaine.
Ce qui change
La décision néerlandaise pourrait avoir des conséquences importantes pour Nexperia, en limitant sa capacité à opérer et à se développer. Elle pourrait également inciter d’autres pays européens à adopter des mesures similaires, renforçant ainsi le contrôle sur les investissements étrangers dans des secteurs stratégiques. Les relations commerciales sino-néerlandaises pourraient également être affectées.
Prochaines étapes
Il sera important de suivre l’évolution de la situation et de voir si les Pays-Bas maintiendront leur position face aux pressions chinoises. Les prochaines semaines pourraient être cruciales pour déterminer l’impact de cette décision sur le secteur des semi-conducteurs et les relations internationales.
Chiffres clés
- 12 500 : Nombre approximatif d’employés de Nexperia dans le monde.
